Le Ministre de l'Intérieur a tenu le haut du pavé pendant la brève trêve gouvernementale. Écoutant François Hollande, qui demandait à ses ministres d'être présents même pendant cette quinzaine de repos estival, Manuel Valls a pêché par orgueil. Pas une journée sans que l'ultra-droite du PS ne fasse parler d'elle. L’omniprésence de l'ancien maire d’Évry agace à gauche et chez les verts. Quant au président de la République, motus et bouche cousue.

Qui est Manuel Valls ?

Ambitieuse question. Le Ministre de l'Intérieur est difficile à cerner dans ses objectifs. Une chose est sûre il apparaît déjà, pour beaucoup, comme un élément gênant pour l'unité de la gauche : « Valls serait au Parti Socialiste, ce que Sarkozy a été pour l'UMP ». Déjà en 2009, Martine Aubry, alors Première Secrétaire du PS, le recadrait suite à des propos droitisants : « Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti socialiste » On a l'impression que depuis 2009, Manuel Valls ne s'est pas réellement amélioré, bien au contraire.

Même les sondages le donnent gagnant de 5 points face à un duel contre Sarkozy au second tour des présidentielles 2017. Un indicateur que sa politique sécuritaire et sa gestion ministérielle rassemble au-delà de la droite de la gauche. Serait-il prêt à trahir François Hollande, comme en son temps Sarkozy vis à vis de Jacques Chirac ? On peut le présumer. Son activité débordante de ses dernières semaines est significative de son éloignement des valeurs essentielles de la gauche républicaine, surenchérissant dans Libération du 22 août 2013 : « moi je trouve que je n'en fais pas assez ». Le ministre est atteint de schizophrénie politique.

Désavouer un ministre d’État, une première dans un gouvernement

La prise de position du Ministre de l'Intérieur vis à vis du projet de loi sur la réforme pénale, dossier en charge de la Garde des sceaux, Christiane Taubira, sous la forme d'une lettre délétère au président, est une première dans l'histoire de la Vème République. Mettant en porte à faux, la Ministre de la Justice sur ce dossier de société qu'elle porte à bout de bras, contre vents et marées depuis des mois, Manuel Valls jette le discrédit sur l'action efficace de Christiane Taubira depuis mai 2012. Il outrepasse ses fonctions de Ministre de l'Intérieur. Il est plus dans la réaction que dans l'action gouvernementale efficace, nous rappelant au passage quelqu'un. Il faudra que le président de la république tranche sur ce dossier. Delphine Batho a eu moins de chance que Valls.

Les étrangers et Valls

Comme chacun le sait, le patron de la police française, est né à l'étranger, en Espagne, et a été naturalisé à l'âge de 20 ans. Sa vision de l'immigration et du droit d'asile, sans parler du regroupement familial, semble paradoxale à la lumière de sa propre histoire familiale. La droitisation de son idéologie, doit-y-être pour quelque chose, ou est-ce son ambition politique personnelle ? Déjà lors d'un reportage réalisé pour l'émission « Politiquement parlant » de la chaîne 8 de la TNT, Manuel Valls, sur un marché à la brocante à Évry lâche une petite phrase gênante. « Belle image de la ville d’Évry... », avant de demander au réalisateur de la séquence , « ... tu me mets quelques Blancs, quelques white, quelques blancos. ». La vraie nature de Manuel Valls peut-elle être résumée à cette maladroite intervention vite corrigée quelques jours plus tard sur Europe 1 : « Il ne faut pas avoir peur des mots mais dire les choses telles qu’elles correspondent à la réalité », ajoutant qu'il « se bat contre la ségrégation territoriale, sociale, ethnique » depuis vingt ans. Son action depuis mai 2012, sa position vis à vis des Roms, citoyens européens, son intervention sur le port du voile à l'université et « ses propos maladroits », nous renvoient une position ambiguë de Valls face aux étrangers en général.

Valls quelles ambitions ?

Loin de rassembler dans son propre camp et les alliés politiques de celui-ci, Manuel Valls donne la mesure d'un ministre qui mise sur une déroute de la majorité présidentielle aux prochaines échéances électorales. Se démarquant des valeurs essentielles du socialisme à la française, il espère certainement tirer son épingle du jeu à un moment ou un autre entre 2014 et 2017. Visera-t-il, lors d'un changement de gouvernement, qui sera inévitable, la place de l'actuel Premier Ministre ou l'objectif auquel on pense le matin en se rasant ?

 

Quelques soient ses ambitions, Manuel Valls a les dents longues, au risque de faire imploser son propre parti : il est pour le PS son meilleur ennemi.  

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