Un Venezuela économiquement dévasté

Hugo Chavez est mort le 5 mars 2013. Au delà de l’aspect humain du dirigeant politique, il faut bien reconnaitre que ses résultats furent largement minorés par le gaspillage des ressources pétrolières et sa politique clientélisme, sans d’ailleurs assurer un développement du pays.

Quant on sait que sur les 6,5 millions d’habitants ayant un emploi déclaré, 2 millions sont salariés de l’État, cela donne une idée de la fameuse politique sociale qui aurait permis eu peuple de sortir de la misère... Politique qui sera à payer par les prochaines générations.

Chavez et le Venezuela ; du populisme sans résultat

Si on peut observer un minimum de réduction des inégalités, son bilan économique et social est désastreux. A la tête du pays ayant les principales ressources pétrolière de la planète avec 295 milliards de barils, les disparités de revenus entre la nouvelle bourgeoisie issues de la révolution bolivarienne, les “boligarques” et les classes pauvres et moyennes sont phénoménales. Un clientélisme de la rente pétrolière par le biais de PDVSA - Petróleos de Venezuela SA (abrégé en PDVSA) est la compagnie pétrolière appartenant à l’État - qui a surtout permis de générer des pots de vin en direction des Etats amis et de la tire-lire personnelle du président, forte de plusieurs milliards de dollars.

D’ailleurs, si la compagnie pétrolière d’Etat devait assurer des financements sociaux, la majorité des chantiers datant d’une quinzaine d’années sont aujourd’hui stoppés ou tout simplement inexistant ; sur les 13 centres hospitaliers du programme, deux sont visibles.

Une industrie dans les limbes

La corruption bureaucratique généralisée et la concurrence des importations ont fait fermer la moitié des industries du pays depuis l’arrivée de Chavez ; les terres agricoles, données aux paysans en début de mandat sont aujourd’hui délaissées et en friche. Il n’existe que très peu de raffinerie, ce qui implique que les carburants sont importés.

Hormis dans Caracas, les coupures d'eau et d'électricité dépassent souvent plusieurs heures par jour et les pénuries alimentaires visibles dans les magasins d'Etat à prix subventionnés, les Mercal. Les entrepreneurs locaux investissent le minimum, de peur d'être expropriés. L'inflation, à 35 % en 2011, est l'une des plus élevées du monde.

Quant aux fameuses « missions » chargées de fournir services d'éducation et de santé dans les « barrios » populaires, elles sont considérées désormais comme fort peu efficaces.

D’autant que la production de pétrole - 96 % des exportations - est tombée en dix ans de 3,1 millions de barils/jour à 2,4 millions.

La réalité du “non paiement” de la dette nationale

A plusieurs reprises, Hugo Chavez a remis en question la légitimité du remboursement de la dette extérieure et a appelé à éliminer le Fonds monétaire international (FMI), qui, rappelons-le, avait reconnu le gouvernement de facto issu du coup d’Etat d’avril 2002.

Ce discours, aussi radical soit-il pour un chef d’Etat, contraste cependant avec la pratique de l’administration Chávez. Dès son entrée en fonction, le gouvernement s’est empressé de rassurer les milieux financiers en affirmant qu’il allait honorer les dettes de l’Etat.

L’administration Chávez rembourse fidèlement ses créanciers et accroît, à l’instar des autres pays endettés du sous-continent, le transfert net de devises vers le Nord. Au début de son mandat, le président avait même déconcerté certains de ses partisans en nommant à la tête du ministère des Finances Maritza Izaguirre, artifice de la politique ultra-libérale de l’administration Caldera (1994-1998) et très appréciée des milieux financiers internationaux. Même si son discours pourrait le laisser penser, Chávez n’a pas rompu avec les institutions financières internationales.

La Banque mondiale participe au Venezuela à des programmes d’assistance médicale et à la réforme de l’Etat. Mais le gouvernement ‘bolivarien’ n’a jamais signé d’accord avec le FMI s’octroyant ainsi une autonomie - toute relative - dans la conduite de politiques économiques et sociales.

Comme le rappelle Claudio Katz, « Sur le plan financier, le modèle néolibéral a été installé dans la région à travers le paiement de la dette externe et l’audit consécutif qu’exerce le FMI sur la politique économique de chaque pays. Cette ingérence du Fonds est beaucoup plus pesante que les paiements d’intérêts, parce qu’elle implique une subordination systématique de la croissance, de l’investissement public et des revenus populaires à la priorité d’encaissement (remboursement) des créanciers. » Cette attitude gouvernementale n’est donc pas juste anecdotique.

Alors, avant de donner en exemple le Venezuela d’Hugo Chavez, il serait bon d’y aller regarder d’un peu plus près que les discours populistes de certains.

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