Un sculpteur nommé Degas

Drôle de destin que celui des sculptures d’Edgar Degas.

De son vivant, le peintre impressionniste n’exposa qu’une seule oeuvre en trois dimensions, la cire de la très célèbre Petite danseuse de 14 ans (vers 1879-1881). Il considérait les bêtes et personnages qu’il modelait comme des « exercices pour [se] mettre en train », dans le but de « donner à [ses] peintures, à [ses] dessins, plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie ». Plus de 70 de ses sculptures en bronze sont actuellement réunies à Paris dans une galerie boulevard Haussmann, celle de Serge Goldenberg, installée à la place de la galerie Ariel de feu Jean Pollak.

Tout l’été y sont exposées nombre de danseuses dans diverses postures et de chevaux, forts appréciés des collectionneurs du Moyen-Orient. La plupart des pièces ont un côté brut, parfois inachevé. Sur certaines, une main manque ; parfois, le bout de la patte d’un cheval s’achève par un déroutant appendice en métal. « C’est une oeuvre non aboutie, reconnaît Serge Goldenberg. Mais nous avions le choix entre finir artistiquement ces pièces, ou considérer qu’il fallait rester fidèle à l’original, ce que nous avons fait ».

A l'origine

Pour comprendre l’origine des pièces proposées à la galerie, il faut revenir sur l’incroyable histoire des sculptures de l’artiste (1834-1917). A la mort de Degas, en 1917, son marchand Paul Durand-Ruel établit un inventaire de succession. Il découvre 150 sculptures en cire, méconnues, en mauvais état : 74 sont alors retenues et restaurées le cas échéant pour être fondues en bronze par Adrien Hébrard, avec l’accord des héritiers. L’édition n’ira pas à son terme, la fonderie Hébrard faisant faillite à la suite de la crise de 1929. Toutefois, le fondeur d’Hébrard, Albino Palazzolo, apporte alors les cires au fondeur Valsuani, avec le cachet Hébrard, et continue les tirages. On pense qu’il agit à la demande de la fille d’Hébrard, Nelly, qui avait racheté une partie des droits aux autres héritiers. Ces fontes Hébrard sont clairement notées dans le catalogue raisonné établi par la spécialiste Anne Pingeot, qui référence 1 380 bronzes. Ce sont elles que l’on retrouve sur le marché, notamment en ventes publiques.

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En 1976, on découvre à la faveur d’une exposition à Londres de la galerie Lefevre qu’Hébrard avait réalisé des bronzes modèles, cédés en leur temps par Nelly Hébrard. Dans les années 1950, celle-ci vend également les cires, qui sont aujourd’hui conservés à la National Gallery of Art à Washington. Coup de théâtre en 1998. On redécouvre dans les ateliers de Araindor-Valsuani des plâtres, qui ont permis les éditions présentées aujourd’hui à la galerie Goldenberg, l’oeuvre de l’artiste étant tombée dans le domaine public en 1987. Verra-t-on un jour ces bronzes aux enchères ? « Aux yeux des collectionneurs et du marché, ils n’ont pas la même valeur que les bronzes des années 1920, estime le spécialiste d’une maison de ventes parisienne. Le marché est au courant et je ne pense pas que cela puisse perturber la cote. Valsuani, dans les années 1970-80, avait voulu éditer les sculptures de Gauguin. On ne peut pas dire qu’elles ont un énorme succès en ventes publiques ».

Une polémique sur les plâtres ?

Reste une polémique sur l’origine des plâtres. « Une hypothèse est que ces plâtres ont été réalisées du vivant de Degas par son ami, le sculpteur Albert Bartholomé (1848- 1928), et qu’ils furent conservés dans son atelier par sa veuve avant d’être récupérés par Palazzolo. Par ailleurs, certains pensent que ce sont des faux. Ce n’est pas la position du comité Degas », conf ie Bruno Pasquier, président de ce comité. Cr é é en 2011,   l’instigation de la société Great Events Editions, société basée aux États-Unis et diffusant les sculptures de Degas, le comité Degas est constitué d’héritiers du droit moral. Ceux-ci n’ont pas de lien familial direct avec l’artiste mais sont détenteurs de ce droit moral, cédés par la nièce carmélite de Degas   une autre carmélite, grand-tante de Bruno Pasquier. La piste « Bartholomé » est aussi la thèse du spécialiste Gregory Hedberg, consultant   la galerie new-yorkaise Hirschl and Adler, qui doit publier un livre sur les sculptures de Degas cette année.

Crédit photos Galerie Goldenberg - Photographe Anna Gorvits © 2013 Tous droits réservés

Degas sculpteur, jusqu’au 31 août, galerie G, 140, boulevard Haussmann, 75008 Paris, tél. 09 67 24 13 09

Un sculpteur nommé Degas
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