Un nouveau billet d'humeur de Manou Bouzid, notre correspondante en Tunisie.

Depuis quelques jours, la Tunisie assiste à une curieuse danse des députés qui se la jouent indisciplinés, et pas n’importe lesquels ; ceux qui nous avaient habitué à lécher le sol sacré que foulent les dinosaures de Nahda qui veulent nous faire revenir à l’ère préhistorique !

Les députés islamistes sont fous, ou pragmatiques ?

Ils répondent à la vice-présidente de l’ANC, lui font des reproches, et accumulent les déclarations à l’encontre des intérêts de leur groupe parlementaire.

Mais que leur arrive t’il ?

Est-ce qu’ils seraient pris tout d’un coup d’une fibre patriotique, ou auraient ils trouvé une conscience au fin fond d’une boutique de farces et attrapes ?Que nenni ! L’explication est beaucoup plus simple et surtout beaucoup plus pragmatique.

La constitution est bientôt prête...

Les députés doivent faire durer cette assemblée constituHonte jusqu’en Octobre afin de clôturer les deux ans d’exercices pour pouvoir bénéficier de la retraite des députés. Et c’est une manne inattendue pour une grande partie du groupe parlementaire majoritaire, qui n’est composée que de femmes aux foyers, d’anciens petits fonctionnaires, de retraités, voire des professions libérales libérées de tout, y compris d’une retraite confortable.

Alors comme la récréation sera bientôt terminée ; ils se lâchent ! C’est ainsi que l’on assiste à des retournements de vestes tout aussi imprévues que risibles et pour certaines, carrément écœurantes :

Il y a d’abord bobonne qui n’a rien à foutre du devenir de la Tunisie et qui n’a qu’une hâte : retrouver sa maison, ses feuilletons turcs à l’eau de rose, le tout assortit d’une rente inespérée, elle qui, au fond, n’a fait que dormir et obéir aux ordres des dinosaures pendant deux ans.

Son homologue masculin est dans le même état d’esprit qu’elle. Le café et la partie de chkoba (jeu de carte typiquement tunisien) avec ses copains du quartier commence à lui manquer. Mais il reste peu à tenir ; juste quelques mois, voir quelques semaines et il résistera. D’ailleurs, à l’assemblée, il ne fait jamais de vague et,à part sa famille et les voisins, personne ne sait qu’il est député, et son nom est inconnu du grand public.

Et puis il y a ceux qui pensent à l’après. Ils se sont habitués aux privilèges et à la lumière des projecteurs et voudraient bien que cela continus encore un peu. On y trouve, pèle-mêle, les députés des partis périphériques de Nahda, donc les partis qui ont vendu leur âme au diable pour que leur secrétaire général respectif accède aux nominations suprêmes et les suivent aveuglement. Pensant qu’eux aussi pourraient grignoter un peu de caviar dans l’assiette que les grands voudront bien leur jeter quand ils seront rassasiés. Mais ils ne sont jamais rassasiés...

Le vent est en train de tourner contre les islamistes

Et comme il semble tourner de plus en plus vite, certains commencent à prendre leur distance tandis que d’autres, ne faisant pas partis de ce groupe parlementaire, se disent que Nahda sera toujours dans le paysage gouvernementale, alors ; autant leur flatter la croupe. Comme deux précautions valent mieux qu’une, on assiste à un florilège d’adjectifs flattant cette constitution rejetée de la plupart des tunisiens. Ces flatteries vennant d’une source inattendue : des députés de « l’opposition » - pas tous, heureusement - ; les Chebbi and co !

Que les députés nahdaouistes flattent leur constitution, ça se comprend. Que le Président de l’assemblée constituHonte la trouve la meilleur du monde, on l’accepte aussi car on a perdu tout espoir pour lui. Mais des députés de l’opposition ?

Le parlement tunisien aux frontières de réel

On assiste à un mauvais remake de X-Files : Aux frontières du réel, mais sans Mulder et sans Scully... S’ils pensent que c’est ainsi qu’ils accèderont au pouvoir ; ils se trompent : le peuple ne sera pas enclin à oublier de sitôt ce coup de poignard dans le dos.

Les tunisiens n’ont toujours pas avalé la pilule bleue de Ben Jaâfar, président de l’ANC et anciennement opposant et anciennement laïc et de Moncef Marzouki, président provisoire de la République, anciennement opposant, anciennement défenseur des droits de l’homme et anciennement laïc. Indigestion toujours en cours, ils ne vont pas se rajouter une infection intestinale en plus.

Mesdames, messieurs ; la politique est un métier, il faut savoir tricher, voler, mentir, duper mais sans en avoir l’air et vous n’êtes que des amateurs. Retournez à vos occupations d’avant la révolution, et revenez dans 20 ans si vous êtes encore vivants !

Tunisie : L’ANC se lâche !
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