Le Kiosque aux Canards vous propose de visionner "The Gatekeepers" en entier.

Six anciens directeurs des services de renseignements israéliens témoignent dans The Gatekeepers, diffusé sur Arte. Le documentaire montre une politique israélienne nationaliste, sécuritaire et paranoïaque, ce que la presse locale n'a guère apprécié.

Sorti en juillet 2012, le documentaire de Dror Moreh Shomrei Hasaf (diffusé à l’étranger sous le titre anglais The Gatekeepers) a d’abord été accueilli dans une indifférence relative.

Indifférence relative car, si l’on excepte les pages cinéma des grands titres nationaux, l’écrasante majorité des réactions politiques et éditoriales ont été publiées dans le quotidien libéral et de centre gauche Ha’Aretz. Cette indifférence relative n’a été que peu démentie après l’octroi du Cinema for Peace Award à Berlin le 9 février et après la nomination du documentaire à l’oscar 2013 du meilleur documentaire.

Il faut dire que, de la vision de ce long "interrogatoire" de six anciens directeurs du Shabak [Service général de sécurité ou Shin Beth] par le réalisateur Dror Moreh, il ressort que les choix politiques et stratégiques opérés depuis 1967 par tous les gouvernements israéliens (à l’exception de celui dirigé pendant deux ans par Yitzhak Rabin) participent d’une vision du monde trop nationaliste, sécuritaire et paranoïaque.

Les conclusions que tirent ces six anciens "durs" du renseignement intérieur israélien convergent toutes : Israël a négocié trop peu, trop tard et de manière trop procédurale par rapport à la hauteur des enjeux : la paix par la sécurité mais aussi par la réconciliation. La poursuite de l’occupation des territoires palestiniens non seulement corrompt et déshumanise la société juive israélienne, mais elle menace de destruction l’Etat hébreu.

Cette vision pessimiste n’étant partagée que par la presse de gauche et de centre gauche, il n’est pas étonnant que les seules réactions dans la presse de droite et d’ultradroite aient oscillé entre l’indifférence contrainte et l’hostilité totale.

Portraits de ces six "Gatekeepers" qui ont accepté de témoigner dans le film de Dror Moreh.

Avraham Shalom : Directeur du Shin Beth de 1980 à 1986.

Le mandat agité de Shalom est marqué à la fois par le terrorisme palestinien et par celui du mouvement clandestin Gush Emunim, un groupe composé de colons radicaux de Cisjordanie, auteurs de multiples attentats. Quand il finit par les arrêter, il découvre un projet visant à détruire le Dôme du Rocher, acte qui aurait soulevé la fureur de tout le monde arabe. En 1984, il ordonne l’exécution sommaire de deux terroristes capturés vivants après le détournement du bus 300. Leur photo publiée à la une d’un journal, menottes aux poignets, entraîne une enquête officielle. Mais Shalom restera muet, même après sa démission forcée en 1986.

Yaakov Peri : Directeur du Shin Beth de 1988 à 1994

Chef du Shin Bet, Yaakov Peri doit faire face à la première Intifada qui le surprend. Il a pourtant passé plusieurs années dans le secteur arabe durant ses études puis en poste, jouant un rôle important dans la mise en place d’un réseau d’informateurs et de collaborateurs dans les premières années de l’occupation israélienne. Ce confident du Premier ministre Itzhak Rabin met aussi en place les changements nécessaires à la nouvelle réalité politique, dans la perspective des accords d’Oslo.

Carmi Gillon : Directeur du Shin Beth de 1994 à 1996

Fils d’une famille de magistrats, Carmi Gillon est l’un des moins préparés à diriger le Shin Bet. Son bref mandat est marqué par le plus grand échec de l’agence : l’assassinat le 4 novembre 1995 du Premier ministre Itzhak Rabin par un extrémiste juif, dont il endosse la responsabilité. Mais sa démission est refusée par le Premier ministre par intérim, Shimon Peres. En janvier 1996, le Shin Bet assassine celui qu’on surnomme « l’ingénieur », Yahya Ayyash, tête pensante de certaines des attaques palestiniennes les plus sanglantes contre des civils israéliens. Il démissionne le lendemain. .

Ami Ayalon : Directeur du Shin Beth de 1996 à 2000

Après l’assassinat de Rabin, Ami Ayalon a pour mission de restaurer la réputation du Shin Bet. Direct, voire parfois acerbe, avec ses subordonnés comme avec ses supérieurs, il a été choisi pour son image de dur et son passé au sein de l’élite des commandos navals israéliens. Durant les cinq ans de son mandat, il mène une guerre incessante contre la terreur sous trois Premiers ministres très différents : Shimon Peres, Benjamin Netanyahou et Ehud Barak. Considéré comme le dirigeant le plus à gauche qu’ait jamais eu le Shin Bet, c’est contre le Premier ministre Ehud Barak qu’il lance ses flèches les plus cruelles. .

Avi Dichter : Directeur du Shin Beth de 2000 à 2005

Peu de temps après sa nomination par Ehud Barak à la tête du Shin Bet, Isarël est aux prises avec la seconde Intifada. Avi Dichter remporte des succès et connaît son apogée quand Ariel Sharon, pragmatique comme lui, devient Premier ministre. Parmi ses méthodes, sa politique d’assassinats ciblés, dont le nombre augmente sous son mandat, est controversée. Dans le même temps, Dichter étend le rôle des collectes de renseignements pour anticiper les attaques, et sera aussi l’un des initiateurs du Mur de séparation. .

Yuval Diskin : Directeur du Shin Beth de 2005 à 2011

Jeune garçon lors de la guerre des Six Jours, en 1967, Yuval Diskin se souvient encore de sa peur de ce qui serait arrivé si Israël avait perdu. Nommé coordinateur de la région de Naplouse pour le Shin Bet en 1978, il découvre, dans les camps de réfugiés, les réalités du conflit israélo-palestinien. Durant l’opération Paix en Galilée, il sert à Beyrouth et à Sidon. De 1993 à 1997, il participe à l’établissement de liens clandestins avec les dirigeants des services de sécurité palestiniens et avec ceux des services de renseignement jordaniens et égyptiens. Avant de combattre l’aile militaire du Hamas lancée dans des attaques suicides, Yuval Diskin contribue, avec ses homologues de Tsahal, à élaborer une doctrine antiterroriste visant à repousser les assauts kamikazes. À sa retraite, en 2011, il attire l’attention des médias en critiquant vivement la politique du gouvernement actuel envers les Palestiniens.

The Gatekeepers : film choc
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