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Un nouveau billet d'humeur de Manou Bouzid, notre correspondante en Tunisie.

A vouloir se prendre pour « Le grand Empereur Ottoman » Recep Tayyip Erdoğan n’est, en fait, qu’Iznogoud qui voulait être khalife à la place du khalife.

La situation stratégique de la Turquie lui a donné des ailes.

La Turquie de Kemal Atatürk est bien loin

Surfant sur la vague des grands, il s’est présenté comme l’un des plus farouches adversaires de Bachar al-Assad, mais à force de surfer sur des vagues inconnues, il se retrouve sur un véritable tsunami où même un champion de surf ne se risquerait pas.

Du fond de sa tombe, Kemal Atatürk doit se tirer ce qu’il lui reste de cheveux, lui qui a fondé une vraie république, avec un État laïc, une scolarisation obligatoire pour tous les enfants, filles et garçons, en prenant pour exemple la république de Jules Ferry. Il a totalement changé la Turquie en la faisant rentrer de plein pied dans le modernisme. Pour un pays qui a été le gardien des lieux saint de l’Islam (la Mecque) ce fut une véritable révolution !

Et voilà qu’aujourd’hui, un petit moineau comme Erdoğan se prend un Aigle !

Une islamisation rampante

Le peuple turc en avait gros sur la patate, mais depuis l’attentat attribué à Bachar al-Assad , il commençait à avoir une indigestion de pommes de terre.

Voulant Islamiser insidieusement ce pays totalement laïc, Le moineau Erdoğan projette des réformes subtiles afin d’emmener le pays là où il veut, en commençant par une loi pour restreindre la vente d’alcool, puis en continuant avec des condamnations à de lourdes peines pour blasphèmes.

Un peuple, surpris, qui ne bouge pas

Pour ceux qui ne connaissent pas Istanbul, c’est une mégapole aussi magnifique que moderne et qui n’a rien à envié à l’Europe occidentale. Elle est, en fait, la plus grande mégapole au monde, et ses magnifiques monuments lui ont valu d’être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Son aura était telle que l’expression «c’est Byzance ici» pour décrire un endroit hors du commun est souvent employée encore aujourd’hui (Byzance étant l’ancien nom d’Istanbul).

Tout y est, infrastructure ultra moderne, technologie de pointe, propreté, civisme, ... Là bas l’islam est présent partout mais sans être pesant, bien au contraire ; chacun y est libre d’exercer ou pas son culte.

Mais les actes d’ Erdoğan mis bout à bout commence à exacerber les turcs.

Un peuple qui commence à l’avoir mauvaise

La goute d’eau qui fait déborder le vase est la programmation de la destruction du Parc de Gesy, véritable bouffée d’oxygène pour les habitants d’Istanbul, pour y construire un complexe commercial, comme si Istanbul en manquait.

Mais le secret dessein d’ Erdoğan ne serait il pas de détruire cette espace qui auparavant était le lieu privilégié de toutes les manifestations contestataire comme la place Tahir au Caire ?

En s’acharnant sur Bachar al-Assad, le premier ministre turc prévoyait il un mouvement de contestation venant de son propre peuple ?

Peut être, en tout cas il ne s’attendait pas à que ce peuple qu’il a sous estimé, peuple éduqué par Kemal Atatürk, allait laisser l’État arracher 600 arbres pour construire des boutiques dont tout le monde se fout bien.

Cette insurrection a commencé par quelques écologistes, suivit des habitués du parc pour s’étendre ensuite aux autres grandes villes de Turquie ; de nouveaux manifestants n’hésitant pas à traverser le Bosphore pour prêter main forte à ceux déjà en place.

Le moineau fait preuve d’un mauvais jugement

Au lieu d’essayer de calmer les premiers manifestants en négociant, il fait preuve d’une répression disproportionnée par rapport à l’acte commis par ces défenseurs de l’espace vert. Et le mouvement de contestation, au lieu de s’arrêter au parc Gesy, se propage à travers tout le pays, et c’est un million de personnes qui sont descendues dans la rue à Ankara, cette fois ci pour manifester contre le gouvernement en place et surtout contre Erdoğan !

L’AKP, le parti au pouvoir élu démocratiquement, commence à ne plus être franchement représentatif de la société turque ni très apprécié et, aujourd’hui plus que jamais, il va à l’encontre de ce peuple dont les ambitions seraient plutôt de rentrer dans l’UE, que de régresser et de ressembler à ces pays du printemps arabe qui n’ont vu du printemps que des journées plutôt automnales.

Les stambouliotes ne réclamaient rien en fait excepter la sauvegarde de leur ville, de leur espace, de leur façon de vivre, et de leur qualité de vie. Dans les motivations de ces manifestants, il n’y avait pas de revendications sociales, ni politiques ; les stambouliotes voulaient simplement garder leur style de vie !

Mais l’ambition démesurée du premier ministre, encouragé par l’Occident qui voyait en lui un allié contre la Syrie, commence à mettre à mal la confiance de son peuple, car la donne est en train de changer ; Bachar al-Assad ne part pas, mieux il gagne du terrain et il semblerait que les cow-boys du monde devront composer avec lui !

Erdoğan a misé sur le mauvais cheval ; il commence à devenir inutile et même encombrant et alors que les cow-boys commencent à le lâcher, son peuple, sortit dans la rue pour sauver un parc, se retourne contre lui et l’accuse de dérive autoritaire et de vouloir islamiser le pays.

Son arrogance est en train de lui couter cher et pour avoir voulut abattre quelques arbres, il risque de se faire abattre.

Vidéo : La place Taksim ravagée par les manifestations

Le 22 mai 2013 :
La place Taksim ressemble à un champ de bataille ce dimanche matin, au lendemain d'une manifestation monstre au coeur d'Istanbul .Durée: 00:52
Retrouvez toutes nos vidéos ici : Les Vidéos du Kiosque

Serait-ce le printemps turc ?
Tag(s) : #international, #Turquie, #Erdogan, #Bachar al-Assad, #Parc de Gesy, #manifestations

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