Picasso et le communisme.

Il y a 40 ans diparition de Picasso, il y a près de 70 ans l'adhésion au PCF

Alors que l'on commémore, à juste titre, la disparition de cet artiste génial que fut Pablo Picasso, il semble que l'on oublie un peu d'évoquer son ralliement au Parti Communiste après la Seconde Guerre Mondiale.

Un engagement tardif

Picasso n'a jamais été un communiste convaincu. Son engagement est conduit à l'époque par la situation en Espagne qui vit depuis près de dix années sous le joug de Franco. Picasso adhère, le 5 octobre 1944, au Parti communiste français (PCF) et publie un article dans l'Humanité le 29-30 octobre 1944 intitulé « Pourquoi j'ai adhéré au parti communiste » dans lequel il explique que son engagement personnel date de la période de la Guerre d'Espagne, renforcé par la lutte des résistants communistes français durant la guerre qui vient de s'achever, et qu'il ne lui suffit plus de lutter avec ses peintures « révolutionnaires » mais de « tout [lui]-même » adhérant à l'idéal communiste de progrès et de bonheur de l'homme. C'est jacques Duclos qui le reçoit dans son bureau pour lui remettre en main propre sa carte de membre du PCF, Thorez étant toujours à Moscou avec sa famille et proches.

Fac-similé l'Humanité le 29-30 octobre 1944

Pourquoi je suis communiste par Picasso

Mon adhésion au parti communiste est la suite logique de toute ma vie, de toute mon oeuvre. Car, je suis fier de le dire, je n'ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction ; j'ai voulu, par le dessin et la couleur, puisque c'étaient là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance des hommes et du monde afin que cette connaissance nous libère tous chaque jour davantage ; j'ai essayé de dire, à ma façon, ce que je considérais comme le plus vrai, le plus juste, le meilleur, et c'était naturellement toujours le plus beau, les plus grands artistes le savent bien. « Oui, j'ai conscience d'avoir toujours lutté par ma 'peinture en véritable révolutionnaire. Mais j'ai compris maintenant que cela même ne suffit pas; ces années d'oppression terrible m'ont démontré que je devais non seulement combattre par mon art, mais de tout moi-même... « Et alors je suis allé vers le parti communiste sans la moindre hésitation, car au fond j'étais avec lui depuis toujours. Aragon, Eluard, Cassou, Fougeron, tous mes amis le savent bien; si je n'avais pas encore adhéré officiellement, c'était par e innocence » en quelque sorte, parce que je croyais que mon oeuvre, mon adhésion de cœur étaient suffisantes, mais c'était déjà mon parti. N'est-ce pas lui qui travaille-le plus à connaître et à construire le monde, à rendre les hommes d'aujourd'hui et de demain plus lucides, plus libres, plus heureux? N'est-ce pas les communistes qui ont été les plus courageux aussi bien en France qu'en U.R.S.S. ou dans mon Espagne ? Comment aurais-je pu hésiter ? La peur de m'engager ? Mais je ne me suis jamais senti aussi libre au contraire, plus complet ! Et puis, j'avais tellement hâte de retrouver une patrie : j'ai toujours été un exilé, maintenant je ne le suis plus ; en attendant que l'Espagne puisse enfin m'accueillir, le parti communiste français m'a ouvert les bras, j'y ai trouvé tous ceux que j'estime le plus, les plus grands savants, les plus grands poètes et tous ces visages d'insurgés parisiens si beaux, que j'ai vus pendant les journées d'août. Je suis de nouveau parmi mes frères, »

L'Artiste et la ligne artistique du Parti

S'il se sent proche des idéaux du parti, il n'en sera jamais un membre actif, gardant sa totale liberté d'expression et prenant positions principalement à travers ses tableaux dénonçant notamment la Guerre de Corée en 1951 et prônant la Paix contre la Guerre dans de nombreuses œuvres. Picasso désirait-il, à 63 ans, adhérer à la ligne du parti en matière de création ? Pour lui le problème ne se posait même pas. Son adhésion n'entraîna aucune transformation dans sa manière de peindre. Il ne se sentait aucunement concerné par le réalisme socialiste recommandé aux artistes du PCF selon les directives adoptées au 1er Congrès des écrivains soviétiques organisé à Moscou du 17 au 31 août 1934. Durant ce congrès, les interventions de Maxime Gorki et d'Andreï Jdanov déterminèrent les nouveaux canons d'une esthétique qui devait transformer les écrivains et les artistes en « ingénieurs des âmes ». Les principes fondamentaux de cette doctrine appliquée à la peinture imposent un rapport particulier à la réalité et à la façon de la figurer. Selon Jdanov, « le réalisme socialiste exige de l'artiste une représentation véridique, historiquement concrète, de la réalité dans son développement révolutionnaire. En outre il doit contribuer à la transformation idéologique... » En 1945, la théorie de Jdanov conditionnait déjà l'ensemble de la production de nombreux artistes communistes français. La célébrité internationale de Picasso le protège de cette vision jdanovienne, adoptée sans réserve par le PCF. Pourquoi ? Parce que Picasso n'est pas considéré comme « un peintre communiste » mais comme « un peintre de la paix ». Et ceci, grâce à Aragon qui a découvert dans les cartons du peintre, le dessin qui représentera la fameuse Colombe pour laquelle lui sera attribué le prix international de la paix.

1953, le désavoeu artistique du Parti , 1956 l'invasion de la Hongrie

Le peintre suivra plusieurs congrès du PCF, participera au Mouvement de la paix et effectuera quelques commandes pour le Parti. Mais ses toiles ne correspondent pas à l'esthétique réaliste prônée par Moscou. Une grave crise éclate le 5 mars 1953, lorsque Picasso réalise, pour Les Lettres françaises, le portrait de Staline qui vient de mourir. Le résultat, jugé irrespectueux, scandalise les hautes instances communistes. C'est le début du divorce.

Le 18 mars, L’Humanité publiait le communiqué suivant : "Le Secrétariat du Parti communiste français désapprouve catégoriquement la publication dans Les Lettres françaises du 12 mars du portrait du grand Staline par le camarade Picasso. Sans mettre en doute les sentiments du grand artiste Picasso dont chacun connaît l’attachement à la classe ouvrière, le Secrétariat du Parti communiste français regrette que le camarade Aragon, membre du Comité central et directeur des Lettres françaises, qui, par ailleurs, lutte courageusement pour le développement de l’art réaliste, ait permis cette publication. Le Secrétariat du Parti communiste français remercie et félicite les nombreux camarades qui ont immédiatement fait connaître au Comité central leur désapprobation. Une copie des lettres reçues sera immédiatement adressée aux camarades Aragon et Picasso. Le Secrétariat du Parti communiste français demande au camarade Aragon d’assurer la publication des passages essentiels de ces lettres qui apporteront une contribution à une critique positive"

En 1956, Picasso signe une pétition pour protester contre l'invasion de la Hongrie par l'URSS. L'artiste prend alors ses distances, mais il conservera sa carte du PCF jusqu'à la fin de sa vie en 1973.

10 tableaux de Pablo Picasso
( né le 25 octobre 1881, décédé le 8 avril 1973 )

Picasso et le communisme.
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