Patrick Buisson, entre entrisme et piège

Avant toutes choses, jolies lectrices et fiers lecteurs ; Le Kiosque aux Canards reconnait que le billet d'aujourd'hui est un peu long. Mais, Patrick Buisson, ancien conseiller de l’ex président de la république, est revenu dans l’actualité dernièrement avec le “piège” qu’il a tendu - c’est du moins ce qu’ont l’air de penser Nicolas Sarkozy et ses “proches” - dans la fameuse interview de la semaine passée de Valeurs Actuelles - lien en bas d’article -.

Patrick Buisson ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et spin doctor de l’UMP

«To spin, en anglais, signifie « faire tourner ». Spin fait donc allusion à l’« effet », comme celui que l’on donne à une balle de tennis ou à la façon de faire tourner une toupie». En imprimant une torsion aux faits ou aux informations pour les présenter sous un angle favorable, les spin doctors dirigent donc l’opinion en lui fournissant slogans, révélations et images susceptibles de l’influencer, en mettant en scène les événements qui la réorientent dans le sens souhaité. En ce sens, leurs techniques d'influence, proches du marketing commercial, renouvellent les techniques de propagande classiques.

C’est dans ces conditions que Patrick Buisson est devenu le conseiller spécial du président Sarkozy. Même si son poulain est, en fait, tout ce qu’il hait en politique ; un gaulliste, d’une droite ayant abandonné l’Algérie aux algériens, héritier du “traitre” de Gaulle que sa famille politique nomme “le colonel”, n’acceptant pas sa promotion au grade de général qu’elle considère comme “provisoire”.

Buisson est à l’opposé d’un Henri Guaino ; le scribe étiqueté “Gaulliste social” et ancien chargé de mission auprès de Philippe Seguin. Mais ce dualisme politique de Sarkozy explique, en parti, sa victoire ; un grand écart idéologique afin de dragouiller la droite sociale aussi bien que les beaufs fachos. Et ça a fonctionné. Jusqu’à un certain point puisqu’il était impossible que ce grand écart trouve une réalité dans l’action. Et ce fut bien le problème : Sarkozy a bien causé - aidé de ses conseillers - mais n’a pas pu agir ; 40% seulement de ses propositions ont été réalisé, dans la réalité du pouvoir.

Buisson est un “vrai de vrai”, qui a copié les techniques trotskistes de l’entrisme

Surprenant ? Non ; l’extrême-droite a assimilé les techniques d’AGitProp - 'acronyme de отдел агитации и пропаганды (otdel agitatsii i propagandy), c'est-à-dire Département pour l'agitation et la propagande - du Marxisme-léninisme depuis la guerre d’Indochine. Nombre des officiers traditionnellement cathos d’extrême-droite ont, à cette époque, analysé la défaite française dans ce manque de politisation des conflits : pour se battre, désormais, il faut une détermination politique et/ou morale. Ils ont, pour la première fois, appliqué leur nouvelle “trouvaille” lors de la guerre d’Algérie, allant même jusqu’à, ensuite, conseiller l’armée américaine et certaines dictatures sud-américaines. L’extrême droite s’appropriait ainsi les techniques révolutionnaires. C’est ce que Patrick Buisson fait en conseillant Sarkozy et, aujourd’hui l’UMP et Copé : de l’entrisme politique et révolutionnaire. Et vu où en est l’UMP aujourd’hui ; ça fonctionne.

Patrick Buisson : nationaliste d’extrême-droite

Son père lui avait ouvert - partiellement - le chemin ; ingénieur d’EDF il avait fait ses classes politiques à l’Action française, le mouvement monarchiste de Maurras avant de s’engager auprès du général de Gaulle au sein de son parti, le RPF. Patrick Buisson fait ses études d’histoire et de lettres, rédigeant son mémoire de maîtrise sur le mouvement de l’Algérie française. Qui peut encore croire qu’aujourd’hui il est réellement retourné sa veste en intégrant l’idéologie UMPiste ?

Il se tourne ensuite vers le journalisme ; Minutes, puis Le Crapouillot ; il termine en dirigeant Valeurs actuelles pendant six ans avant d’intégrer LCI. toutefois, en 1984, il publie avec Pascal Gauchon, ex-rédacteur en chef de Défense de l'Occident et ancien secrétaire général du Parti des forces nouvelles, le livre OAS, Histoire de la résistance française en Algérie, préfacé par Pierre Sergent, l'un des dirigeants de l'organisation. La même année, il publie un Album Le Pen, album photographique sur Jean-Marie Le Pen, co-écrit avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national et contributeur du journal Militant, ainsi que Le Guide de l'opposition, dans lequel il recense les partis et clubs de droite et d'extrême droite des villes de France.

Puis, il décide de faire du pognon ; après quinze ans de presse écrite, il s'oriente vers le conseil aux hommes politiques. Il devient conseiller de Jimmy Goldsmith et de Philippe de Villiers dont il dirige la campagne pour les élections européennes de 1994 et la campagne présidentielle de 1995, en axant les discours vers l'aile droite du RPR par l'affirmation du souverainisme. À la tête de sa société Publifact, il vend ses services à Alain Madelin et François Bayrou. Le gérant de cette société au chiffre d'affaires de 1,357 million d'euros (en 2008, résultat net : 0,602 million d'euros) est Jean-Pierre Buisson.

Décoré par le président de la République au titre de chevalier de la Légion d'honneur, le 24 septembre 2007, il dirige la chaîne Histoire (détenue à 100 % par le groupe TF1) depuis octobre 2007. Selon Le Monde, c'est sa proximité avec le président de la République qui aurait permis à la chaîne Histoire de recevoir, entre 2008 et 2009, 270 000 euros de la part du ministère de la Culture.

Le 21 janvier 2012, il est promu, dans la salle ducale du palais du Vatican, commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.

Faire passer la droite nationale avant la droite parlementaire ; mission réussie

L'homme de l'ombre continue donc de distiller ses conseils. En douce, et avec un art maîtrisé de la manipulation. Ceux qui le sollicitent ne peuvent plus le vilipender. A moins d'aimer voir surgir dans la presse le compte rendu de leur entrevue qui mettrait à mal leur image d'angelots clamant la veille leur opposition au diablotin Buisson... NKM s'y est brûlée. Quand l'ex-porte-parole de campagne de Sarkozy a conspué l'infréquentable, ce dernier sait lui faire passer l'envie de réitérer l'expérience en dévoilant au Nouvel Obs l'existence d'un déjeuner au cours duquel la députée-maire de Longjumeau aurait quémandé ses conseils. La blanche colombe a dû admettre la rencontre.

Jean-François Copé, de son côté, reconnaît mollement recevoir ponctuellement le sondeur-politologue. Certains ont même cru déceler dans l'expression «racisme antiblanc» la patte buissonienne. Ce que le maire de Meaux récuse. «Patrick conseille à JFC d'aller plus loin, de briser les tabous, détaille un membre de son équipe. Il a également été le premier à convaincre son bras droit, Jérôme Lavrilleux, de la nécessité de s'inscrire dans les pas de Sarkozy.» Habilement, Buisson a fait de Copé un rouage. Dissimulé sous les atours du sondeur conseiller, il injecte ses idées dans les fissures d'une droite qui ne sait plus à quelle valeur se vouer.

Mais si Jacques Pilhan était un communicant, Patrick Buisson est un idéologue. Son seul but : rasseoir sur le trône le roi déchu, porteur sublime, aux yeux de Buisson, de l'option droitière qu'il promeut. Peu importe l'échec de 2012, Sarkozy aussi semble vouloir espérer. Les deux hommes se parlent régulièrement, se voient souvent. «Patrick veut sa revanche, souffle un camarade. Ce qui l'intéresse, c'est imaginer, anticiper et préparer les conditions du retour de Sarkozy.» La meilleure preuve ? Le discours de sortie de l'Elysée «dont chaque mot a été pesé par Buisson pour qu'il n'y ait rien de définitif...» Mais attention ! «Ce sont les idées qui mènent le monde (et la politique)», dixit Buisson-Gramsci. Pas les hommes. «Il cherche à faire valoir ses idées, son projet, et n'en a rien à foutre du type qui les porte», résume plus crûment l'un de ses détracteurs.

Ainsi ; aucun “gagnants” UMPistes ne peut y arriver sans les conseils “éclairés” d’un spin doctor complètement en dehors de leur famille d’idée, mais qui a réussi, en cinq ans, à transformer l’UMP en une succursale des idées nationalistes. L’entrisme d’extrême-droite a ainsi parfaitement fonctionné, rendant même le discours du FN totalement dans la norme acceptable de l’électeur de droite. Plus personne ne sait, au sein de l’UMP, pourquoi il faudrait diaboliser un parti qui, en fait, se retrouve de plus en plus dans les idées affichées par la blonde Marine. Et, plus l’UMP se vautre dans son bordel actuel ; plus les militants partent vers le Front national, s’estimant dédouanés de tous complexes idéologiques. Buisson a réussi sa mission ; rendre l’extrême-droite aussi crédible que la droite parlementaire.

L’UMP est elle en manque d’idées ? En manque de leader ? En manque de défis ?

Ce sont les principales questions à se poser, en fait. Pourquoi un parti aussi démocrate, aussi traditionnellement raisonnable quant au positionnement de ses valeurs ; issus de la résistance à un envahisseur fasciste, réussit il à se faire voler son âme ? L’UMP a t’elle explosé en vol après la main mise d’un leader qui a fait un gloubiboulga de valeurs, de projets, de promesses jamais appliquées, d’espoirs trop grands et de réalités trop banales ? Le Kiosque aux Canards n’est pas en phase avec ses idées, mais reconnait que de grands leaders ont, un jour, permis à ce parti lorsqu’il se nommait RPR d’apporter des idées dans la confusion du monde. Un Chirac envoyant Villepin à l’ONU pour déclarer qu’une guerre n’est que défaite ; un Seguin préférant la défaite à l’abandon de ses valeurs, un Jacques Chaban-Delmas combattant pour la liberté devant l’occupant.

Depuis Sarkozy ; le parvenu des idées, ce parti est une coquille vide. Et les évènements actuels ne font que confirmer la mort d’un idéal porté par de grands hommes, que les tous petits dirigeants d’aujourd’hui rendent honteux de leurs héritiers.

Patrick Buisson, entre entrisme et piège
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