Motion de censure UMP : mémoire et idées courtes

Copé, l’auto proclamé président de l’opposition UMPiste, lui qui a fait perdre son parti à toutes les élections depuis 2007, lui qui a soutenu les deux derniers gouvernements qui nous ont foutu dans une merde sans nom, se permettait aujourd’hui de déposer une motion de censure, en passant au dessus du groupe UMP et de son président.

Ainsi ; pas d’idées, pas de mémoire, pas de proposition... Juste des mouvements de bras tandis que le gouvernement bosse, avec ses 45 propositions de campagne déjà actées et mises en place en dix mois.

Un bilan UMPiste ? Non ! Hors de question pour eux...

D’ailleurs, durant la campagne, ils ont tenté une seule fois de détailler leur bilan. Pas deux, pas trois ; une seule fois. Paradoxal, ou inquiétant plutôt, pour un parti gestionnaire du pays durant dix ans. Alors Copé à bon dos de tenter de faire croire aux citoyens qu’il suffit de 10 mois pour palier aux merdiers de dix ans.

Leur vérité sur leurs bilans ? Pathétique de connerie et de chiffres faux. “Rappelez-vous” disait Copé tout à l’heure à l’Assemblée nationale ? Et bien souviens-toi aussi :

Les heures supplémentaires vantées.

Le document rappellait ainsi le volet économique du quinquennat, avec la réforme des retraites "pour sauver notre système de retraites et réduire les déficits", arguait le document. Les déficits n'étaient jusqu'ici pas tellement évoqués comme raison pour cette réforme. Il mettait aussi en avant "l'exonération des heures supplémentaires pour revaloriser le travail", même si le gain moyen par salarié de cette mesure était estimé à moins de 500 euros annuels pour ceux qui en bénéficient.

Universités et service minimum, réformes emblématiques. Le tract mentionnait aussi l'autonomie des universités, une réforme considérée comme réussie, même si des critiques subsistaient, et le service minimum dans les transports et dans l'Education nationale, autre mesure considérée comme populaire, même si en pratique sa portée est restée limitée.

Revalorisation du minimum vieillesse.

Le tract évoquait aussi des questions sociales, mais de manière ciblée, en mentionnant la "revalorisation de 25 % de l'Allocation adulte handicapé et du minimum vieillesse". L'AAH sera effectivement à 25 % de plus qu'en 2007 en septembre 2012. Quant au minimum vieillesse, il est passé de 621,27 euros par mois en 2007 pour une personne seule à 742,27 euros par mois en avril 2011, soit une hausse de 19,39 %. Une dernière revalorisation devait avoir lieu au printemps pour atteindre 25 %.

Les "plans cancer" et "Alzheimer".

Le document mentionnait les plans "cancer" et "Alzheimer". Le premier a été initié par Jacques Chirac et non par son successeur, qui l'a poursuivi. D'un montant prévisionnel de 1,95 milliard d'euros, il avait à l'époque reçu 531 millions d'euros en 2009 et 2010. D'un montant de 1,6 milliard, prélevé sur les franchises médicales, le plan Alzheimer, lui, a été lancé en février 2008.

Un bilan répressif sur la justice et l'immigration.

Le tract de l'UMP s'attardait sur le sécuritaire, et mentionnait à la fois "l'instauration des peines plancher" pour les récidivistes en 2008, ou la "reconduite à la frontière de 30 000 immigrés clandestins par an". Un chiffre quelque peu exagéré : le ministre de l'intérieur n'a atteint les 30 000 expulsions (32 912 précisément) qu'en 2011, et encore ce nombre est-il contesté par des experts. Autre réforme mise à dessein en avant par le document du parti présidentiel, "l'interdiction du port de la burqa dans l'espace public", même si elle n'a conduit qu'à de très rares interpellations.

Des chiffres trompeurs

Le dos du tract de l'UMP évoquait une série de chiffres, dont certains sont quelque peu incomplets, voire partiaux. Le parti présidentiel parlait ainsi de "150 000 personnes sorties de la pauvreté grâce au revenu de solidarité active", mais oubliait de préciser que, selon l'Insee, le nombre global de personnes vivant sous le seuil de pauvreté fixé à 50 % du revenu médian en France était passé de 4,28 à 4,5 millions.

Le parti mentionnait aussi "600 000 logements sociaux construits depuis 2007", un chiffre qui paraît là aussi exagéré. Selon l'Union pour l'habitat (PDF), on comptait en 2007 environ 65 000 logements mis en chantier. En 2008, le chiffre est de 68 000, puis de 80 000 l'année suivante. Enfin, en 2010, on atteint 97 000 logements environ.

Au total, donc, 350 000 et non 600 000 logements. Et si le secrétaire d'Etat au logement, Benoist Apparu, parlait de "record absolu" depuis trente ans avec 131 509 logements en 2010, il s'agissait de logements financés et non construits, ce qui est différent.

Il suffit d'ailleurs de consulter les statistiques du ministère du logement pour constater que le nombre de logements sociaux disponibles est passé de 4 243 918 en 2007 à 4 424 827 en 2010, dernière année évoquée, soit 180 909 de plus.

L'UMP évoque aussi "200 000 enfants handicapés".

Un chiffre trompeur, alors que les associations dénonçaient les manques dans la scolarisation des enfants handicapés, comme d'ailleurs le rapport du sénateur UMP Paul Blanc. Nicolas Sarkozy, en juin 2011, faisait référence à "200 000 enfants handicapés inscrits", soit "50 000 de plus qu'en 2005". Il y a donc bien 200 000 enfants handicapés scolarisés en France au total, mais le tract laisse à penser qu'il s'agit du nombre scolarisé depuis 2007, ce qui est inexact.

D'autres chiffres sont quelque peu partiaux : la "baisse de 17,5 % de la délinquance générale depuis 2002" est contestée par tous les spécialistes car il s'agit d'un agrégat de délits qui vont du crime avec préméditation aux délits routiers les plus bénins ; le chiffre de "24 milliards économisés d'ici à 2018 grâce à la réforme des retraites" n'est qu'une projection, les économies dépendant en partie de la conjoncture (croissance, emploi, inflation) et l'Assemblée parlant, elle, de 18 milliards économisés ; quant à "l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS)", mise en place en 2005, elle concerne 582 886 personnes en 2010,selon les chiffres (PDF) de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), contre 468 871 en 2007, soit une progression de 25 % et non de 50 %...

Copé et sa créativité

Voilà donc le seul bilan que les UMPistes ont eu le courage de présenter aux français en dix ans de pouvoir et, aujourd'hui, ils nous donnent des leçons de conduite ?

Copé et sa motion de censure, au bout de dix mois seulement, devrait relire son bilan de dix ans... Et le présenter aux françaises et aux français, en lieu et place de ses grands effets de manches. "Il faut être créatif" nous assène t'il ! Que, lui et ses amis ne l'ont-il pas été durant dix ans ?

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