Mélenchon est compliqué

Jean-Luc Mélenchon est compliqué. Il possède indéniablement une bonne carrure politique et une culture qui va bien, lui permettant de retomber sur ses deux jambes dans toutes les situations. Il a réussi à fédérer des militants venus d’univers différents et, quelques fois même, d’idéologies peu compatibles.

Un positionnement difficile à tenir

Or, ça mouline dans la semoule l’histoire ; entre cadres du parti mécontents, responsables qui s’éloignent et déclarations étranges, qui se contredisent dans le même texte ; il est compliqué de comprendre le positionnement de Jean-Luc Mélenchon. Ou, du moins, il est difficile de savoir s’il milite ou s’il se place. Fort de ses meetings réussis, il a cru longtemps qu’il suffisait de rassembler 100 000 personnes pour être audible, sans se rendre compte que de s’opposer impliquait d’avoir des bases fortes pour proposer. A lire et entendre ses dernières déclarations, on peut en douter.

D’autant que les résultats du gouvernement PS, PRG et EELV, au bout de neuf mois seulement, tend à contredire les épanchements mélenchoniens dans les médias. Lui qui les critique dès qu’il le peut, s’en sert pourtant parfaitement.

Faîtes ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais

Le Kiosque aux Canards, par respect pour les militants du Front de Gauche, avait évité de pointer les incompréhensions qu’il ressentait à mesure que la campagne des présidentielles arrivait à son terme. Entre les violences verbales faciles sur un jeune journaliste et les envolées lyriques proches de l’auto-paluchage ; on passait d’un ténor politique à du populisme pathétique.

Après l’élection de François Hollande ; le délire s’est accentué. Toutes les mesures, lois, décrets ont été sources de conflit pour ce parti qui, lors du vote du dernier traité européen n’avait pas eu de mots assez durs pour se plaindre du PS qui votait avec l’UMP ; le Front de Gauche fait exactement pareil, au Sénat, en s’opposant à la majorité, rejoignant les votes de droite et du centre.

L’affaire Aurore Martin ; le début d’un questionnement

L’affaire de la militante basque est un cas d’école pour comprendre comment le Front de Gauche, et son leader, fonctionnent. Alors qu’ils appuient humainement Aurore Martin - ce qui est tout à leur honneur -, Jean-Luc Mélenchon et son parti en profite pour taper sur un ministre de l’intérieur qui ne fait que respecter la loi, et surtout, les directives européennes avec lesquelles Mélenchon étaient en phase quand il était ministre du gouvernement qui les a adoptées.

Ainsi, on pouvait lire sur le blog du responsable Front de Gauche “... Mais d’où vient qu’un mandat d’arrêt européen permette la déportation d’une citoyenne française qui n’est sous le coup d’aucun acte illégal dans son pays ni d’aucune activité que son pays condamne ?“ La réponse à cette question, Jean-Luc Mélenchon la connaît parfaitement, puisqu’il valida, à l’époque, le Conseil de Tampere, où cette possibilité d’extradition fut discuté et mise au vote. S’opposer pour juste s’opposer est bien souvent assez limite, comme le démontre cette amnésie mal à propos.

L’intervention au Mali ; je m’oppose, sans m’opposer, tout en m’opposant

Jean-Luc Mélenchon écrit tout sur son blog. Ce qui est vraiment pratique. Par contre, il devrait prendre la peine de se relire. Ainsi, sur son billet s’opposant à l’intervention française au Mali, on peut lire le summum du rétropédalage - en pédalo peut être ? - Morceaux choisis :

« La légalité internationale de l’intervention d’abord n’est pas aussi assurée que le gouvernement veut bien le dire. » Il a parfaitement raison. C'est grandiose. Si je vois une petite dame agressée dans la rue et que je frappe l'agresseur, mon action est illégale.

« Pour finir, mon communiqué condamnait une décision prise par le seul Chef de l’Etat sans consultation préalable du Parlement et sans réunion du Gouvernement. » Dans la fin du paragraphe, il explique que le Parlement devrait être informé (pas consulté) au minimum 3 jours après.

Je vais donc tenter de résumer son billet ainsi : « Vous comprendrez que j'ai fait un communiqué avec mes premières impressions parce qu'il fallait le faire et que j'ai bien réfléchi. » suivi de « Je ne suis évidement pas pour la prise de Bamako par les terroristes et l'intervention en urgence était indispensable et il était impossible de consulter le parlement avant. Par contre, il faudra faire attention à ne pas s'enliser là-bas et à ne pas refaire les conneries qu'on a faites ailleurs. ».

« Stopper une colonne de pick up est une chose. Reconquérir le nord du pays une tout autre affaire. » Il s'agissait bien de stopper une colonne de pick up (remplis de terroristes armés jusqu'aux dents qui voulaient conquérir le pays). « Le reconquérir contre qui ? Les islamistes ou les Touaregs ? Et pour rendre le terrain repris à qui ? Les putschistes au pouvoir ? Des élus ? Donc nous allons organiser les élections ? La définition des buts de guerre est un commencement indispensable » Les réponses sont dans la résolution 2085 de l'ONU.

Le Front de Gauche et Mélenchon ne survivent que pour s’opposer

Et ça, les responsables sur le départ l’ont fort bien compris. Il en est ainsi pour Marc Dolez, co-fondateur du Front de Gauche, qui ne décolère pas depuis l’après présidentielles. "l'acquis de la belle campagne présidentielle a été dilapidé dès les législatives, avec la catastrophique campagne d'Hénin-Baumont". Jean-Luc Mélenchon  avait été éliminé au premier tour face à Marine Le Pen. "La stratégie Front contre Front nous a cornérisés à l'extrême gauche", développe le député du Nord. 

"Je déplore aussi l'expression médiatique de Jean-Luc Mélenchon. Il critique le plus souvent le président de la République et le gouvernement plutôt que de s'attaquer à la droite. Nos propositions sont rendues souvent inaudibles à cause de l'outrance du verbe", accuse-t-il. "Beaucoup de ses propos brouillent notre message, je ne crois pas à la thèse de deux gauches irréconciliables ni au mythe du recours", ajoute Marc Dolez, à propos d'une majorité alternative à gauche, thèse défendue par Jean-Luc Mélenchon, également ex-PS. Tout est dit.

Le débat Cahuzac/Mélenchon a montré les limites de ce dernier

On s’y attendait. La gauche qui gueule a ... gueulée. Ça a commencé par le fameux tweet du compte de Mélechon qui l’a ouvert contre le gus qui gère son compte tweet ; son “tous avec la vrai gauche” est tombé à l’eau. D’autant que la fameuse “vrai gauche”, c’est celle qui bosse en ce moment et qui, en dehors des bla-bla, des guignoleries et des attaques raz les burnes, se bat pour que le pouvoir d’achat augmente, que la dette baisse et que le déficit de la France soit géré dans le bon sens... Or il se trouve que c’est le cas

Et, Cahuzac ne s’est pas gêné pour le rappeler, égrainant les chiffres et les exemples pratiques quand son “adversaire” égrainait les « le malheureux », « mon pauvre ami » voire « Cahuzandréou », rappelant, in fine, à Mélenchon, que si ce dernier avait voté Maastricht, ce n’était pas son cas.

Comme l’a reconnu alors Mélenchon, son tweet, ou plutôt “le” tweet écrit sur son compte, était l’une des ces conneries pour lesquelles le peuple rigole ; qui peut se prévaloir, aujourd’hui, d’être le seul détenteur de l’étiquette “de gôche”, alors que cette même gauche fut de tout temps multiple et variée ? C’est vraiment la méconnaissance crasse d’une histoire aussi complexe que déterminante pour expliquer pourquoi un rocadien comme Cahuzac n’a jamais cru en la lutte des classes - telle que défini par, au xixe siècle , les historienslibéraux français de la Restauration, François Guizot, l'initiateur,Augustin Thierry, Adolphe Thiers et François-Auguste Mignet, auxquels Karl Marx l'a emprunté et l’a modifié en fonction de ses besoins politiques. Faire de la politique, c’est avant tout savoir de quoi on cause.

Alors oui, Cahuzac a une fois encore raison quand il dit que “Les plus belles envolées ne pourront jamais masquer une appartenance à la gauche”

La maîtrise de l’action face à celle de la communication

“Comme nous, nous avions prévu une constituante”... Toujours des “bidules”, des “machins” qui devraient être mis en place, si et seulement si le FdG arriverait au pouvoir. Sauf que les français attendent des résultats immédiat et certainement pas un gloubiboulga de mesures dont les éventuels résultats ne se verront qu’au bout d’un sacré moment. Et Cahuzac a la part belle sur ce coup là, puisque les résultats de son gouvernement sont, déjà, au bout de sept mois, en train d’apparaître ; baisse de la dette et recul du déficit. Alors, on peut se la raconter comme on veut ; contre des résultats, les mouvements de manche ne sont rien. Et c’est bien là le soucis : Mélenchon s’est laissé entraîner dans un débat technique. Bien trop technique pour lui.

Alors, Mélenchon peut continuer à tenter d’exister en balançant des lieux communs dans son interview d’aujourd’hui publiée par Le Parisien - voir en bas d’article - ou dans sa prestation télévisuelle dans Dimanche Pus, sur Canal + : Mélenchon, le "révolutionnaire" de plateau télé, politicien professionnel qui a voté l'institutionnalisation de la privatisation de la monnaie avec enthousiasme (Maastricht), fait avaler des anacondas à des fans sous syndrome de Stockhölm.

Mélenchon censure cette question sur son blog :

Vous dites défendre une "VIe République", une "insurrection citoyenne", mais avez, sans argument, refusé d'utiliser la seule arme à votre disposition, mettre une condition au vote Hollande "I am not dangerous" (for the 1%) : un référendum avant les élections législatives sur le scrutin proportionnel intégral aux élections législatives, qui aurait donné du pouvoir aux progressistes, pourquoi ?

Mélenchon, en ex trotskyste, toujours du côté du manche, ne veut pas du pouvoir.

Imposture absolue.

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