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Charles Dreyfus, petit-fils d’Alfred Dreyfus (1859-1935), a fait don à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, du manuscrit des Souvenirs de son aïeul.
Écrits en 1931, les 122 feuillets biographiques offrent un nouvel éclairage (voir le PDF en fin d'article) sur son procès de 1894 et les longues années de réhabilitation qui suivirent. La famille offre régulièrement depuis 1940 aux collections nationales les archives et la correspondance de l’officier français, qui se trouvent aujourd’hui au musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris, au musée de Bretagne à Rennes ou sont conservées au département des Manuscrits de la BnF.

Condamné, déporté

Le 13 avril 1895 il est transféré à l'île du Diable, rocher ayant servi de lieux de détention pour les lépreux. Il y restera jusqu'au 9 juin 1899.
Dès son arrivée il tient un journal : « Je commence aujourd'hui le journal de ma triste et épouvantable vie. C'est, en effet à partir d'aujourd'hui seulement que j'ai du papier à ma disposition, papier numéroté et parafé d'ailleurs, afin que je ne puisse en distraire. Je suis responsable de son emploi. Qu'en ferai-je d'ailleurs ? A quoi pourrait-il me servir ? A qui le donnerais-je ? Qu'ai-je de secret à confier au papier ? Autant de questions, autant d'énigmes ! J'avais jusqu'à présent le culte de la raison, je croyais à la logique des choses et des événements, je croyais enfin à la justice humaine ! Tout ce qui était bizarre, extravagant, avait de la peine à rentrer dans ma cervelle. Hélas ! Quel effondrement de toutes mes croyances, de toute ma saine raison. Quels horribles mois je viens de passer, combien de tristes mois m'attendent encore ? »
Alfred Dreyfus à l'île du Diable.
Dessin de F. Méaulle. Le Petit Journal illustré, n° 306,
27 septembre 1896

Dures conditions de détention.
Les conditions de détention étaient dures et cruelles. Il est enfermé dans une case, surveillé en permanence par ses gardiens. Toute conversation lui est interdite : « Je dus vivre jusqu'à mon départ en 1899 dans le silence le plus absolu. Je me demande encore aujourd'hui comment mon cerveau a pu y résister », écrira-t-il dans Cinq années de ma vie. Une partie de son courrier est supprimée : « Toujours pas de nouvelles de ma femme, de mes enfants. Je sais que, depuis le 29 mars, c'est-à-dire depuis près de trois semaines, il y a des lettres pour moi à Cayenne, j'ai fait télégraphier en France pour avoir des nouvelles des miens - pas de réponse ! » Le temps est interminable : « Les journées, les nuits s'écoulent terribles, monotones, d'une longueur qui n'en finit pas. Le jour, j'attends avec impatience la nuit, espérant goûter quelque repos dans le sommeil ; la nuit j'attends avec non moins d'impatience le jour, espérant calmer mes nerfs avec un peu d'activité. »

L'affaire Dreyfus : chronologie générale

  • 1859 : naissance d'Alfred Dreyfus à Mulhouse
  • 1870 : occupation de l'Alsace-Lorraine
  • 1894 : arrestation et condamnation d'Alfred Dreyfus
  • 1895 : dégradation du capitaine Dreyfus à l'École militaire à Paris et déportation à l'île du Diable
  • 1898 : publication dans l'Aurore de « J'accuse !... » d'Émile Zola
  • 1899 : procès de Rennes
  • 1903 : relance de la révision par Jean Jaurès
  • 1906 : réhabilitation d'Alfred Dreyfus
  • 1914-1918 : première guerre mondiale ; mobilisation d'Alfred Dreyfus
  • 1935 : mort d'Alfred Dreyfus à Paris 

Dans une lettre du 6 juillet 1896, arrêtée par ordre, il fait état de ses souffrances et de son épuisement : «L'état de faiblesse physique et cérébrale dans lequel je suis, l'abandon de mes nerfs, ne font que s'accentuer par les secousses répétées et sans relâche. Voilà plus de vingt mois que je supporte la situation la plus épouvantable qu'on puisse imaginer pour un homme qui ne place l'honneur de personne au monde au-dessus du sien, attendant toujours des lendemains l'éclaircissement de cet horrible drame. [...] »

 

L'affaire Dreyfus est une tragédie dont le héros est resté inconnu. Alfred Dreyfus demeure neutre d'aspect aux heures les plus atroces de son destin. Il ressemble à un cheval de corrida sans cri et sans regard dont les entrailles pendent. Il ne sait pas crier. Il ne veut pas crier.

,
François Mauriac

 

En septembre 1896 le régime de détention fut brutalement aggravé sur l'ordre du ministre des colonies, André Lebon. Il était mis fin aux promenades. Puis il fut mis aux fers. La case où il était enfermé fut fermée par une haute palissade. Dans ses mémoires, Alfred Dreyfus écrit : « Je fus enfermé nuit et jour dans ma case, sans même une minute de promenade. Cette réclusion absolue fut maintenue durant le temps que nécessita l'arrivée des bois et la construction de la palissade, c'est-à-dire environ deux mois et demi. La chaleur fut grande, cette année-là, particulièrement torride ; elle était si grande dans la case que les surveillants de garde firent plainte sur plainte, déclarant qu'ils sentaient leur crâne éclater ; on dut, sur leurs réclamations, arroser chaque jour l'intérieur du tambour accolé à ma case, dans lequel ils se tenaient. Quant à moi, je fondais littéralement. »

 

A partir de l'automne 1896 la presse cherche à connaître les conditions de détention de Dreyfus. Ainsi Jean Hess relate dans le Matin :« Voici comment les heures du déporté sont partagées entre la petite prison couverte et la cour palissadée, qui est une prison un peu plus vaste, mais sans toit. À 6 heures du matin, le gardien ouvre la grille de la porte-fenêtre sur la cour. Dreyfus peut aller prendre l'air et regarder le ciel. A 10 heures, il doit rentrer dans sa cellule. Il est enfermé jusqu'à 11 heures : le temps du déjeuner. De 11 heures à 5 heures, la porte de la cour est ouverte de nouveau. A 5 heures, rentrée dans la prison, toute portes cadenassées, jusqu'au lendemain matin à 6 heures. Et la même journée recommence, toujours semblable... sauf quand doit arriver le paquebot postal qui passe près de l'île. Ces jours-là, Dreyfus ne peut aller dans sa cour. Pourquoi ? Seul M. Deniel [Oscar Deniel, commandant supérieur des îles du Salut] le sait. »
Ce sont ces moments et des retours sur le procès que nous livrent ce manuscrit. Ne pas oubliee, de par le monde il existe toujours des Alfred Dreyfus.
 
© INA Durée : 03:05

Document INA: Dreyfus

6 octobre 1894 : La Section de statistique (service de renseignements de l'armée soupçonne le capitaine Alfred Dreyfus d'être l'auteur d'un bordereau manuscrit non signé adressé à l'attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne en France Maximilian von Schwartzkoppen et relatif à l'envoi de documents secrets. Le bordereau avait été intercepté le mois précédent à l'ambassade d'Allemagne, par une femme de ménage dans le bureau de l'attaché militaire, ce qui prouvait qu'un traître livrait des informations militaires. L'Affaire commençait...

Le manuscrit numérisé par la BNF

 

Les « Souvenirs » de Dreyfus entrent à la BnF
Tag(s) : #culture, #Actualités, #histoire, #dreyfus, #antisémitisme, #France, #XIXeme, #BNF

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