Les chiffres du chômage moins pires que prévu

Pôle emploi a ainsi enregistré 43.900 inscriptions de personnes sans aucune activité (chômeurs de catégorie A) en janvier, soit une hausse de 1,4% par rapport à décembre. Si l'on prend également les chiffres de chômeurs exerçant une faible activité (catégorie A, B et C), la hausse est de 1,3% sur un mois, soit 60.800 personnes inscrites en plus en janvier. Au total, la France compte ainsi 3 169 300 demandeurs d'emploi de catégorie A, soit une hausse de 10,7% sur un an, et 4.680.200 chômeurs toutes catégories confondues (+ 9,8%).

En décembre, les chiffres avaient semblé se stabiliser, puisque le nombre de chômeurs n'avait augmenté que de 300 (+0,2%) par rapport à novembre. La tendance semble donc bel et bien repartir à la hausse en janvier, même si cette hausse de 22.800 du nombre d'inscrit reste en dessous de la moyenne mensuelle de 2012 (+ 30.000 environ).

La France a également échappé, même si elle l'a frôle, le chiffre record, de janvier 1997, de 3.205.000 de catégorie A.

Les chiffres du chômage : mode d’emploi

Chaque fin de mois, ils ressurgissent dans les médias. Les chiffres du chômage sont probablement une des statistiques les plus regardées dans l'opinion publique et par les décideurs politiques. Pourtant, ils restent mal connus et sont parfois accusés de ne pas recouvrir la réalité. D'un "record" du nombre de demandeurs d'emploi à l'autre, on a parfois du mal à s'y retrouver. Petit tour d'horizon des grandes questions que vous vous êtes peut-être déjà posées sur la question.

Quelle est la différence entre le nombre de demandeurs d'emploi et le taux de chômage ?

Le nombre de demandeurs d'emploi est calculé par Pôle emploi et la Dares, le service statistique du ministère du travail, et sont publiés dans les derniers jours du mois, pour le mois précédent. Le 26 février sont ainsi connus les chiffres du nombre d'inscrits à Pôle emploi pour janvier.

Ils ne prennent en compte que les chômeurs effectivement inscrits, pas ceux qui pour une raison ou une autre ont renoncé à passer par Pôle emploi pour chercher un emploi.

Le second est calculé par l'Insee. Il est publié tous les trimestres. Le 7 mars, sera ainsi connu le taux de chômage du quatrième trimestre 2012. Ce taux de chômage est calculé au sens du Bureau international du travail (BIT). C'est un mode de calcul relativement restreint, mais il est le seul qui permette d'établir des comparaisons internationales. Le taux de chômage est calculé à travers l'enquête Emploi de l'Insee, menée régulièrement sur un échantillon de la population. Il est nettement moins exhaustif que le nombre de demandeurs d'emploi et est plus long à calculer, mais il est plus précis car il prend en compte les chômeurs qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi.

Pourquoi y a-t-il plusieurs chiffres, en fonction des catégories A, B, C...

Tout dépend de la source et de la définition que l'on prend. En décembre, la Dares compte 3 389 400 demandeurs d'emploi, Dom compris, en catégorie A.

La catégorie A regroupe les chômeurs qui n'ont pas travaillé une seule heure dans le mois. En comptant ceux qui ont travaillé moins de 78 heures dans le mois (catégorie B) et ceux qui ont travaillé plus de 78 heures (catégorie C), on arrive à 4 917 500 personnes. Un chiffre jamais atteint jusqu'ici. Les chiffres catégorie A et ABC sont ceux les plus utilisés, avec parfois des tendances contradictoires, ce qui peut expliquer le différences de chiffres entre medias.

Mais on peut aussi ajouter les personnes inscrites à Pôle emploi, mais qui ne sont pas tenues de faire des actes positifs de recherche d'emploi parce qu'elles sont en formation ou, de manière plus surprenante, en contrat de sécurisation professionnelle (catégorie D, 265 400 personnes en métropole). Ou les personnes en contrats aidés ou créateurs d'entreprise (catégorie E, 355 800 personnes).

Dans mes articles, j'ai l'habitude de prendre chaque fin de mois les chiffres des catégories A et ABC pour faire mon article, systématiquement Dom compris. Mais comme les chiffres détaillés n'existent pas avec les Dom, j'emploie ceux métropole uniquement pour le reste des données.

Combien y a-t-il de chômeurs au total ?

En tout, en comptant les différentes catégories, 5 248 800 personnes étaient ainsi inscrites en métropole à Pôle emploi en décembre (les chiffres Dom compris ne sont malheureusement pas disponibles).

L'Insee estime de son côté le taux de chômage Dom compris à 10,3 % au troisième trimestre 2012. Mais, là encore, l'Insee ne donne pas les chiffres absolus Dom compris. En métropole, 2,8 millions de personnes étaient au chômage en sens du BIT. Un chômeur au sens du BIT  "est une personne en âge de travailler (c’est-à-dire ayant 15 ans ou plus) qui n’a pas travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine donnée, est disponible pour travailler dans les deux semaines et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent (ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois)", précise l'Insee. Une définition proche de celle de la catégorie A de Pôle emploi, les chiffres sont d'ailleurs presque les mêmes.

Mais l'Insee calcule aussi le nombre de personnes qui ne travaillent pas, maissouhaitent travailler, sans être forcément disponibles dans les deux semaines (3,6 millions de personnes). Et les personnes en situation de sous-emploi, soit parce qu'elles sont au chômage partiel, soit parce qu'elles sont en temps partiel et cherchent à travailler davantage (1,3 million de personnes).

Quels sont les records historiques de chômage ?

Les statistiques de la Dares ne remontent que jusqu'en 1996, avec une exception (1991) pour les chiffres ABC. Ceux de l'Insee remontent jusqu'en 1996 pour les chiffres Dom compris, et jusqu'en 1975 pour les chiffres métropole uniquement.

Le record absolu de chômeurs en catégorie A date de janvier 1997, avec 3 205 300 personnes inscrites. Pour les catégories ABC, le chiffre record a été battu en mars 2011 et ne cesse d'augmenter depuis.

Pour le taux de chômage, le dernier chiffre le plus élevé date de 1997 avec 11,2 %, Dom compris. Pour la France métropolitaine, c'est 10,8 %, un record atteint en 1994 et 1997.

A l'opposé, les chiffres les plus bas ont été atteints en février 2008 pour la catégorie A (1 984 100 personnes) et en janvier 1991 pour les catégorie ABC (2 843 000 personnes). Pour le taux de chômage, le chiffre le plus bas a été atteint en février 2008 pour les chiffres Dom compris (7,5%), et au premier trimestre 1975 pour la métropole (3 %), à l'époque où la France connaissait encore le plein emploi.

Les chiffres du chômage sont-ils fiables ?

La polémique est récurrente. En 2007, en pleine campagne présidentielle, l'Insee avait d'ailleurs brutalement interrompu la publication de ses chiffres, qui rentraient en contradiction avec ceux de la Dares. Depuis, il a été décidé que les chiffres des deux institutions seraient fabriquées de manière séparée. Ceux de l'Insee sont publiés tous les trois mois, ceux de la Dares tous les mois.

De fait, les chiffres de l'Insee sont les plus fiables et ceux dont la fabrication se fait de manière la plus indépendante. La Dares est en effet placée sous tutelle directe ministère du travail, tout comme Pôle emploi dont les registres servent à constituer les chiffres de la Dares. Par ailleurs, comme il s'agit de données administratives, ils sont fortement dépendants de la politique de Pôle emploi. Certains mois, le nombre d'entrées en formation, de radiation ou de cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation connaissent par exemple des variations anormales, qui ont un impact sur les chiffres totaux. La plupart du temps, ces variations restent inexpliquées, Pôle emploi et la Dares se renvoyant la responsabilité de ces anomalies.

Reste que les chiffres de la Dares sont ceux les plus exhaustifs, notamment pour connaître le chômage de longue durée. Et ils sont aussi ceux publiés le plus rapidement.

Les chiffres du chômage moins pires que prévu
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