Le nouveau roman tant attendu de Yoko Ogawa, le Petit Joueur d' Échec, vient de paraître.

Ce récit conte l'histoire d'un gamin de sept ans solitaire et sensible. Il rencontre un homme obèse installé avec son chat Pion dans un autobus extraordinaire. De leur amitié va naître le partage d’une passion : celle des échecs. Exceptionnellement doué, le petit devient un joueur tout à fait singulier car il joue à l’aveugle, installé sous la table...

Un conte onirique

Un petit garçon né avec les lèvres scellées mais depuis libérées, vit aujourd’hui avec un léger duvet sur la bouche, une hypersensibilité à tous déplacements d’air. Élevé par ses grands-parents, il passe de longs moments à rêver sur la terrasse d’un grand magasin, là où serait morte l’éléphante Indira. Mascotte d’un lancement promotionnel, ce bel animal serait devenu trop immense pour quitter les lieux. Enfermée sur ce toit, Indira n’aurait plus eu qu’à attendre la mort.

Aujourd’hui l’éléphante demeure dans l’imaginaire de l’enfant, tout comme la petite Miira, son amie imaginaire avec qui il parle le soir.

Un matin, en arrivant avec sa classe à la piscine, le garçon découvre le corps d’un homme noyé dans le bleu du bassin. Et c’est en cherchant à savoir qui était ce malheureux nageur que le gamin rencontre un vieil homme obèse installé avec son chat Pion dans un autobus aménagé, lieu aussi improbable que magique. L’homme l’invite à goûter et lui prépare des desserts sucrés à volonté.

De ces rendez-vous gourmands naissent une amitié et un véritable apprentissage. L’homme va faire du petit un champion d’échecs et plus encore, il va lui enseigner la stratégie du jeu en aveugle. Une singularité que le gamin pratique d’emblée alors qu’il se glisse sous la table pour caresser le chat Pion tout en continuant la partie. Jouer, apprendre à jouer en percevant, comme le vent sur le duvet blond de ses lèvres, le frissonnement du jeu de l’autre, son cheminement. Puis y adjoindre la beauté : la création d’un diagramme de jeu, tel un poème muet...

Des thèmes de prédilection

Le Petit Joueur d'Échec est un livre d’une grande douceur qui rappelle La Formule préférée du professeur ou La Marche de Mina dans lequel une enfant s’attachait à un hippopotame. Ces récits content de grandes amitiés. L'univers romanesque de Yoko Ogawa est caractérisé par une obsession du classement, de la volonté de garder la trace des souvenirs ou du passé.

Dans la Formule Préférée du Professeur, une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter - le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur... Une histoire subtile à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d'une mémoire égarée et fugitive.

Dans la Marche de Mina, Tomoko, onze ans, s’apprête à passer une année seule chez son oncle et sa tante. Ces gens, qu’elle ne fréquentait pas jusqu’alors, vivent près de Kobe dans une très belle demeure. Leur fille Mina, une enfant de douze ans étonnamment mûre pour son âge, passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d’allumettes illustrées et se promène à dos d’hippopotame quand sa santé fragile le lui permet.

Mais ce n’est pas la seule particularité de cette famille. Pour Tomoko, le plus étrange se situe peut-être au niveau de leurs origines car la grand-mère Rosa se souvient de son Allemagne natale et parle de cette Europe lointaine que Tomoko ne connaît pas.

A travers la passion de Mina pour la littérature, les récits de Rosa, la retransmission à la télévision des Jeux Olympiques de Munich ; c’est une toute nouvelle ouverture sur le monde qui lentement s’offre à Tomoko et le début d’une longue amitié d’enfance au cœur des années soixante-dix, du Japon jusqu’à Francfort, où Mina deviendra plus tard agent littéraire.

Ecrit en 2006, ce livre est tout en sensibilité. Roman de la maturité, Yoko Ogawa explore les liens issus de l’enfance avec générosité et fantaisie. Abordant pour la première fois le thème de l’étrangeté des origines, la romancière met en scène les années soixante-dix vues du Japon pour finalement placer cette histoire, comme ce fut le cas dans La Formule Préférée du Professeur, sur la partition de la tendresse.

Yoko Ogawa, écrivain hors du commun

Auteur atypique, Yoko Ogawa est publiée en France aux éditions Actes Sud.

À treize ans, elle est révélée à la littérature avec le Journal d'Anne Franck. Elle y a découvert que des mots ordinaires, quotidiens, portaient en eux une force de libération inouïe. "Avec ce livre, j'ai rencontré les mots. Et la cruauté, celle de l'Holocauste, d'Hiroshima." C'est d'ailleurs dans la Marche de Mina que Yoko Ogawa va aborder le thème de l'Holocauste.

Yoko Ogawa écrit au calme, loin de Tokyo. Elle aime Paul Auster, dont le roman Moon Palace l'a inspiré dans l'écriture de son roman Hôtel Iris. Elle est également attachée aux auteurs Yasunari Kawabata et Haruki Murakami "parce qu'ils partent de rien pour sculpter des histoires".

À cinquante et un ans, Yoko Ogawa est l'une des plus grandes romancières contemporaines. Elle se consacre corps et âme à ses romans. "Je donne tout. J'écris tout. Le livre terminé, il n'y a rien, plus rien." Elle a obtenu de nombreux prix littéraires dont le prestigieux Akutagawa pour la Grossesse.

Pour aller plus loin

Les livres de Yoko Ogawa, traduits dans le monde entier, ont fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques et théâtrales. Une adaptation cinématographique de sa nouvelle L'Annulaire est sortie en France en juin 2005, un film de Diane Bertrand avec Olga Kurylenko et Marc Barbé. Au Japon, La Formule préférée du professeur a été récompensé du Prix Yomiuri et y est également sorti en film (2005), en bande dessinée (2006) et en cd audio (2006).

Le Petit Joueur d'Échec de Yoko Ogawa
Retour à l'accueil