Le Canard aime “Zero Dark Thirty” de Kathryn Bigelow

Kathryn Bigelow a tout compris à la réalisation. Elle avait explosé son ex, James Cameron,aux Oscars en gagnant tout avec son “démineur” face à ”Avatar”. Elle récidive aujourd’hui avec “Zero Dark Thirty”, l’histoire de la traque du terroriste Ben Laden et de sa fin annoncée, dans un film intelligent, bien conçu et merveilleusement filmé et dirigé.

 

Kathryn Bigelow : son “démineur” avait battu au poteau l’ “Avatar” de James Cameron, son ex, aux Oscars 

Kathryn Bigelow choisie bien ses thèmes. Son “Démineur” posait son style ; réfléchie, pointue, presque froid mais qui va à l’essentiel ; elle ne juge jamais un contexte, un but, une cause, mais elle décrit. Et elle le fait dans une actualité.  

D’ailleurs, elle a de quoi être convaincu du bien fondé de sa technique et de ses choix ; l’année ou “Avatar” de son ex, James Cameron, était sélectionné aux Oscar, c’est elle qui obtient sixOscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur (une première dans l'histoire de la manifestation pour une femme). La victoire d’un minimalisme, d’une maîtrise de la condition humaine, qu’elle juge certaines fois “absurde”, dans ses actes de tous les jours face à une débauche d’effets spéciaux et à un tartinage de bons sentiments made in USA.

Le Canard avait adoré “Démineur” dans sa vision atypique d’un homme qui aimait la guerre, par défaut, pris dans l’engrenage de l’adrénaline.

“Zero Dark Thirty” 

On ne peut aborder le film sans parler de son scénariste, qui fut aussi celui de “démineur” ; Mark Boal. C’est avant tout un journaliste d’investigation, devenu ensuite producteur - dans le cadre des deux films où il est intervenu comme scénariste -, sa carrière de journaliste est foisonnante de conflits armés qu’ils développa dans ses articles de l’époque ; il scénarise à présent ces mêmes conflits, avec une justesse incroyable. Sept récompenses lui sont déjà attribuées pour “Zero Dark Thirty” alors que le film est sorti en 2012 sur le continent américain. 

Le titre se traduit littéralement par “Minuit trente” ; l’heure à laquelle le leader d’Al Qaida a été abattu. Le film se partage en deux partie. La première est dédiée à la traque du terroriste depuis le 11 septembre, la seconde est l’intervention du commando d’élite. Dans les deux cas, sa manière de poser le sujet est dénuée de tout jugement, de toute prise de parti ; elle raconte, elle met en scène la logique humaine dans une situation de crise. Tel qu’elle l’avait fait dans “Démineur”. 

Une polémique sur la torture

Et une étrange polémique. Puisqu’au contraire, Kathryn Bigelow montre dans ce film que la résolution de la traque de Ben Laden ne fut pas le résultat de séances de torture, mais au contraire d’investigations. Et de coups de bol. D’ailleurs, c’est entre autre ce point sensible qui a obligé la réalisatrice à chercher des financements indépendants ; aucun Major ne voulait financer son film. 

Mais la torture est un thème assez sensible, aux USA, puisque dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » proclamée après lesattentats du 11 septembre 2001, le président Bush a signé undécret présidentiel, le 13 novembre 2001 intitulé « Detention, Treatment and Trial of Certain Non-Citizens in the War Against Terrorism » qui autorise le recours à des commissions militaires pour juger des personnes suspectées de participation à des actions terroristes ou de soutien à de telles actions. Ce décret exclut donc les tribunaux civils du traitement de pareils cas.

Kathryn Bigelow a réussi son pari : “L’histoire de la traque de Ben Laden appelait un traitement non conventionnel : on ne pouvait pas raconter ces événements-là en inventant une intrigue secondaire, ou à travers un personnage féminin qui serait défini par ses relations amoureuses. L’héroïne de Zero Dark Thirty n’existe qu’à travers son travail”

La bande annonce HD "Démineur""

La bande annonce HD "Zero Dark Thirty""

“Zero Dark Thirty” de Kathryn Bigelow

“Zero Dark Thirty” de Kathryn Bigelow

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