Berlusconi, 1 an sans bunga bunga !

En vingt ans, Berlusconi a réussi à faire voter trente-six lois lui permettant d’obtenir soit une immunité, soit une prescription de ses délits – juges achetés, falsification de bilans, corruption, ententes illicites, etc. Depuis hier, 1er août 2013, « il Cavaliere » est condamné pour la première fois.

Enfin condamné !

Cette condamnation pour fraude fiscale à un an de prison est plus un symbole qu'une réelle sanction. Les soixante-seize ans de l'ancien dirigeant italien, lui évitent la prison ferme, celle-ci sera commuée soit en travaux d'intérêts général ou en privation de liberté domiciliaire. Bon pour les travaux d'intérêts, cela serait cocasse du style : Berlusconi sur une moto crotte, Berlusconi à Lampédusa nettoyant le centre de rétention, Berlusconi nettoyant les plages en Sardaigne. Mais ne rêvons pas, il sera simplement assigné à résidence.

Cette condamnation n'est que le premier acte, le second se jouera au mois d'octobre prochain.

Dans la balance de la justice italienne, son siège de sénateur et une interdiction d'exercer une activité publique. C'est cette condamnation qui montrera si l'Italie a réellement changé et est désireuse de tirer un trait sur l'ère Berlusconi.

Loge P2, business, magouilles et politique

L’ascension irrésistible de Silvio Berlusconi dans la politique italienne remonte à 1994. Mais il avait adhéré dès 1978 à la loge P2, dissidente de la maçonnerie. Celle-ci a été déclarée illégale et dissoute par une loi spéciale en 1982, car elle était « un point d’ancrage en Italie des services secrets américains, dont l’intention était de tenir sous contrôle la vie politique italienne. Notamment en vue de promouvoir certaines réformes constitutionnelles, voire d’organiser un coup d’État. » Et puis ce fut l'ascension irrésistible de celui qui allait devenir « il Cavaliere », adulé ou haï par les italiens, Berlusconi est un paradoxe politique. Ce que l'on doit surtout retenir de ces vingt années d'une Italie berlusconnienne ce sont les affaires.

Bref flash-back politico-judiciaire.

  • 1994 : corruption de policiers. Accusé d’avoir versé des pots-de-vin à la police financière, il est condamné en première instance en 1997 à 33 mois de prison. Acquittement en appel en mai 2000 en partie pour prescription, décision confirmée en Cassation en octobre 2001.
  • 1995  : faux en bilan. Accusé d’avoir financé avec une caisse noire l’achat du joueur de football Gianluigi Lentini pour son club, le Milan AC, il bénéficie de la prescription en novembre 2002, grâce à une loi dépénalisant la falsification de bilan, votée par sa majorité au Parlement.
  • 1995  : accusé de fraude fiscale dans l’acquisition d’une luxueuse villa, à Macherio, près de Milan, il bénéficie de la prescription.
  • 1995  : accusé de faux en bilan au moment de l’acquisition de la société cinématographique Medusa, Silvio Berlusconi est condamné à 16 mois de prison en première instance en décembre 1997. Il est acquitté en appel en février 2000, décision confirmée en cassation en octobre 2001.
  • 1995  : accusé de financement illégal du Parti socialiste italien (PSI) à travers une société offshore, la All Iberian, il est condamné en première instance à 28 mois de prison en juillet 1998. Acquitté pour prescription en appel en octobre 1999, confirmé en cassation en 2000.
  • 1996  : accusé de faux en bilan dans un autre volet de l’affaire All Iberian, il est acquitté en septembre 2005.
  • 1998 : accusé de corruption de juges pour empêcher l’achat de la société de produits agroalimentaires publique SME en 1985 par l’industriel Carlo De Benedetti. Silvio Berlusconi est définitivement acquitté par la Cour de cassation en octobre 2007.
  • 26 octobre 2012  : accusé de fraude fiscale dans l’affaire Mediaset, nom de son empire audiovisuel, il est condamné à quatre ans de prison pour fraude fiscale, peine immédiatement ramenée de facto à un an grâce à une amnistie conforme à une loi de 2006. Il est également condamné à cinq ans d’interdiction d’exercer toute fonction publique.
  • 9 mai 2013  : la Cour d’Appel confirme intégralement la peine prononcée dans l’affaire Mediaset.
  • 24 juin 2013  : condamné à sept ans de prison et à une interdiction à vie d’exercer une fonction publique dans l’affaire du Rubygate, où il était accusé d’avoir financé les services sexuels d’une jeune fille mineure, Ruby, lors de soirées organisées dans sa villa. Les peines seront effectives une fois toutes les voies de recours épuisées.
  • 1er Août 2013 : Condamnation à une année de prison qu'il passera en résidence surveillée en attendant l'arrêté du jugement sur son incapacité à exercer une fonction publique en octobre prochain.

« Basta Berlusconi » ?

Si on en est là aujourd'hui c'est un peu grâce à la Crise. Silvio Berlusconi a du quitté le pouvoir en novembre 2011. En effet, miné par les affaires et sa mauvaise gestion de la crise financière qui toucha l'Italie, l'ancien homme fort de l'Italie a été poussé vers la sortie. Sans la Crise et son éviction il y a deux ans aurait-il été condamné ?

Autre paradoxe, même après cette première condamnation, une majorité des Italiens, malheureusement, croit encore en Berlusconi. C’est une situation extrêmement curieuse, parce qu’aucun homme politique italien n’a jamais eu une image aussi négative dans les journaux au cours des vingt dernières années. Pourtant, les Italiens continuent mystérieusement de lui donner leur confiance.

Alors « Basta Berlusconi » ? Non pas pour le moment car même si Berlusconi a été effectivement condamné hier, sa réputation n’en a guère souffert : le populisme de droite semble avoir encore de beaux jours devant lui de l’autre côté des Alpes.

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