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Nos chers médias semblent oublier que l'Irlande du Nord n'en a pas fini avec son douloureux passé. De nouveaux heurts ont éclaté dans la nuit du 9 août dernière à Belfast, en Irlande du Nord, blessant plusieurs policiers. Les violences s'inscrivent en marge d'une marche symbolique des républicains contrée par les protestants. 

9 août 1971 • 9 août 2013

Vingt-six policiers ont été blessés lors d'une nouvelle nuit de violences vendredi soir à Belfast. Ces heurts se sont produits en marge d'une marche républicaine qui commémorait la date du 9 août 1971 (voir vidéo), signant le début des internements sans procès en Irlande du Nord. Les violences ont éclaté lorsque des centaines de protestants ont voulu bloquer le cortège de républicains, marchant contre une des mesures les plus décriées du conflit nord-irlandais. La police a utilisé des canons à eau et des armes anti-émeute pour tenter de disperser les manifestants.

Cette Irlande dont personne ne parle ou en parle en faux.

Touristique mais toujours sauvage, ardemment folklorique parce que profondément attachée à son histoire, l'Irlande est marquée par une ferveur religieuse profonde qui est aussi à la source de déchirements: cette Irlande-là personne n'en parle.
En France, les médias bien-pensants répètent cette rengaine à longueur de temps : « violences inter-confessionnelles interminables entre catholiques et protestants ». Cette version des faits est parfaitement rebutante, c’est un coup de propagande.
Bernadette McAliskey, lors d’une conférence faite en Suède en 1989, a visé très juste. Elle expliquait que dans les pays d’Europe de l’Ouest comme la France, cette histoire de guerre entre catholiques et protestants rappelait de très mauvais souvenirs et ouvrait de vilaines plaies, celles des guerres de religion qui ont eu lieu après la Réforme. La conséquence est que la plupart des gens se bouchent les oreilles dès qu’il s’agit du conflit en Irlande, territoire absurde, aberration médiévale. Cette interprétation déformée embrouille l’esprit du péquin moyen et gêne le mouvement de solidarité et la réelle compréhension de la situation en Irlande du Nord.

Il faudrait expliquer, concernant l'Irlande du Nord, et les derniers événements du 9 août 2013, précédés par ceux du mois de juillet, que la contradiction se situe entre le peuple irlandais d’une part et l’État britannique d’autre part, qu’il s’agit « d’une lutte démocratique », pas « ethno-confessionnelle ». Nos médias usent de la contre-information au sujet de l’Irlande. Pourtant notre anglophobie de l'extrême-droite à l'extrême gauche ne devrait-elle pas aller dans le sens des justes revendications des républicains irlandais ?

La démocratie, le vrai combat

L’essence du républicanisme irlandais, c’est la démocratie. La démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et dans les intérêts du peuple. Pour les républicains, le peuple d’Irlande devrait être en position de déterminer son avenir démocratiquement , c’est « l’auto-détermination », sans obstruction extérieure.

L’interférence britannique est une barrière érigée contre la démocratie. Le problème consiste en ce que le peuple d’Irlande ne peut pas déterminer son avenir démocratiquement puisque c’est l’État britannique qui détermine les paramètres de l’exercice de l’auto-détermination : le statut constitutionnel du Nord ne pourra être changé qu’à condition qu’une majorité là-bas y consente.

On veut faire de l'Irlande du Nord, un pays de paix

Le ON c'est le gouvernement britannique et l'Union Européenne et selon le Times, journal britannique conservateur : « L’optimisme et le réalisme qui règnent dans l’Irlande du Nord d’aujourd’hui dissolvent les anciens préjugés et ravive la confiance des entrepreneurs, éléments-clés de la croissance et de la prospérité. Belfast et Londonderry ont été transfigurés par la paix : les centres commerciaux renaissent à la place des chantiers navals à l’abandon, les restaurants et les cafés alimentent un état d’esprit général plus décontracté, les fresques murales de Derry attirent des touristes qui ne se sentent plus en danger. »

Toutefois, ce qui se cache sous ses apparences souriantes abrite une autre vérité. Les emplois disparaissent à un rythme plus rapide que leur création, ainsi va la « floraison » économique du Nord. De même, si les gens au sommet de l’échelle sociale ont pu tirer leur épingle du jeu dans la période de paix, le fossé entre riches et pauvres s’est étiré au point d’être plus large que la moyenne au Royaume-Uni.

Malgré toutes les réformes, les catholiques souffrent encore d’un taux de chômage et de pauvreté plus élevé que les protestants. Les catholiques forment 48,1% de la tranche d’âge en état de travailler, mais représentent 55,7% du nombre total des sans-emploi. Quant aux protestants, ils forment 51,9% de tranche d’âge en état de travailler, mais ne représentent que 44,3% du nombre total des sans-emploi dans cette même tranche d’âge.
D’après les enquêtes officielles de l’Exécutif Nord Irlandais pour le Logement (NIHE), les demandeurs de logements sociaux catholiques passent une fois et demi plus de temps sur les listes d’attente que leurs homologues protestants. Le gouvernement britannique est en train de communautariser ['sectarianising'] la question. Il a méprisé les différences entre les deux communautés sur le marché du travail, il n’a pas investi là où les besoins étaient les plus impérieux, il a dépensé de l’argent dans des projets comme « Shared Future » et  « Taskforce » qui concernent les quartiers populaires protestants. En ce qui concerne la guérison des divisions et l’établissement de la paix, un nombre croissant d’observateurs signale le fait que les divisions sont en train de s’approfondir. Ceci confirme que l'Irlande du Nord est une société où il y a plus de ségrégation, de polarisation et de sectarisme qu’au début du processus de paix.

Derrière la façade la réalité

De nouvelles boutiques, de nouveaux hôtels, des cinémas et des théâtres ont bourgeonné. Les rues vibrent d’activité, et le soir venu, surtout à Belfast, les restaurants et les hôtels sont souvent pleins. Mais derrière la façade d’un « Ulster en floraison » promue par le gouvernement, le vieux schéma familier de la violence inter-communautaire et de l’intimidation qui provoquent le type d'événements de vendredi soir s’affirme de nouveau.

Et l'Europe, ne reconnaît même pas le particularisme culturel des irlandais du Nord comme cela existe en Catalogne par exemple.

Irlande du Nord : la violence sous silence
Tag(s) : #Irlande du Nord, #Royaume-Uni, #Belfast, #IRA, #Républicains, #catholiques, #Protestants, #Eire, #international, #Société

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