Interview du chef de l’État en six points

François Hollande a renoué avec le traditionnel entretien du 14 Juillet depuis l'Elysée. Depuis les jardins du Palais présidentiel, le chef de l'Etat a répondu pendant 35 minutes aux questions de Claire Chazal (TF1) et de Laurent Delahousse (France 2).

Au programme : pas d'annonces majeures, mais un point sur la situation économique et internationale du pays.

Voici les 6 points à retenir de son intervention du 14 Juillet

Les économies et les impôts

"La reprise elle est là", s'est exclamé François Hollande, à qui l'on demandait si la prévision de contraction de 0,2% de l'économie pour 2013 de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) l'inquiétait. "Il y a une production industrielle qui repart", a-t-il argué, affirmant que la France était le pays d'Europe où la production industrielle est le plus rapidement repartie".

Le chef de l'Etat a rappelé que "la politique, ce n'est pas de la magie, c'est une volonté, une cohérence." Il a dit vouloir "favoriser l'investissement", notamment avec le plan d'investissements d'avenir présenté par le Premier ministre. "Quelle France voulons-nous dessiner pour les 10 ans qui viennent ?", a-t-il interrogé, citant la transition énergétique, les nouvelles technologies, les infrastructures et la recherche.

Interrogé sur le risque de tuer la reprise dans l'oeuf par des hausses de prélèvements fiscaux, il s'est engagé à augmenter les impôts "dans l'idéal, le moins possible". "Oui, nous allons faire, nous avons fait des économies, et je ne ferai des augmentations d'impôts que si elles sont absolument indispensables, dans l'idéal le moins possible", a-t-il déclaré.

En mars, avril et mai, la production industrielle cumulée a augmenté de 1% par rapport aux trois mois précédents et de 0,6% dans le seul secteur manufacturier, c'est-à-dire sans prendre en compte l'énergie et le secteur minier. Sur le seul mois de mai, la production a diminué de 0,4% par rapport au mois précédent, après avoir augmenté de 2,2% en avril. L'industrie française suit une évolution semblable à celle de son homologue allemande, dont la production a reculé de 1% en mai après un bond de 2% en avril.

Le chômage et les retraites

François Hollande a réaffirmé son "engagement" d'inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année, ajoutant qu'il "se battait" pour l'emploi, alors que le nombre de demandeurs d'emploi est de 3,26 millions. "C'est une volonté, c'est une stratégie, c'est une cohérence", a-t-il poursuivi énumérant les dispositifs mis en place en faveur de l'emploi.

Il y aura "100.000 emplois jeunes d'ici la fin de l'année, et 70.000 contrats de génération au début de l'année prochaine", a indiqué le président, évoquant aussi la formation de chômeurs pour pourvoir, d'ici la fin de l'année, 35.000 emplois qui ne trouvent pas preneurs. Interrogé sur le coût des emplois aidés, François Hollande a déclaré "préférer qu'un jeune ou un moins jeune soit dans l'activité plutôt qu'au chômage". "Le principe, c'est le travail", a-t-il expliqué. Toutefois, a dit le chef de l'Etat, "la création d'emploi viendra des entreprises".

François Hollande a réaffirmé que la réforme des retraites passerait par "un allongement de la durée de cotisation" pour une retraite à taux plein. Le chef de l'Etat a ajouté qu'il veut "définir maintenant les modalités d'une réforme durable" pour les retraites, tout en disant "ne pas prétendre le faire pour toujours". Mais, a-t-il prévenu, il faudra aussi "des mesures immédiates" en raison de "l'ardoise" de 20 milliards d'euros prévue en 2020. Il a rappelé sa méthode, "le dialogue", citant le précédent de l'accord sur la réforme du marché du travail. Le gouvernement a entamé une concertation avec les syndicats et le patronat sur les retraites avant un projet de loi en septembre.

François Hollande a souligné que "la réforme est nécessaire". "C'est notre responsabilité", a-t-il dit en expliquant qu'on ne pouvait pas ne pas "tenir compte" de l'allongement de l'espérance de vie. "Deuxièmement, il y a un déficit de 20 milliards. On ne va pas l'effacer d'un seul coup mais nous devons prévoir des financements et des économies qui permettront de l'effacer. Et il y a la justice à introduire", a-t-il ajouté, évoquant "des métiers plus pénibles que d'autres", des petites retraites ou encore la situation de certaines femmes. Il a confirmé l'allongement progressif de la durée de cotisation, de 41,5 ans pour la génération 1955. "Tout le monde fera un effort, chacun peut le comprendre", a-t-il prévenu. "Ce ne sera pas d'un seul coup [...] Chacun sera appelé à faire un effort selon les ressources dont il peut disposer".

La guerre au Mali

François Hollande a affirmé qu'"une victoire qui a été remportée" par les forces françaises et africaines au Mali. "C'est une victoire pour l'Afrique, une victoire contre le terrorisme", a-t-il dit, en soulignant "la fierté que nous devons avoir". "La France, avec les Africains qui se sont mobilisés, l'Europe qui nous a soutenus, les Nations-Unies qui nous ont donné le cadre, [...] oui, c'est une victoire", a-t-il déclaré.

"J'ai été salué en Afrique, non pas pour ce que j'avais fait, mais pour ce que j'avais décidé. Ceux qui ont agi, ce sont les soldats français. Nous avons vaincu le terrorisme au Mali, nous ne l'avons pas vaincu partout", a-t-il souligné, estimant que la France devait soutenir les pays qui font appel à elle mais qu'elle ne ferait "pas la guerre partout". La France compte encore 3.200 soldats au Mali, six mois après le début de l'opération Serval.

"Les otages du Mali, nous faisons tout pour les ramener", a également déclaré le président en évoquant le chiffre de "six", "sept" otages. "Nous avons hélas des informations les plus mauvaises sur Philippe Verdon [...] Hélas, tout indique qu'il serait mort il y a déjà plusieurs semaines", a relevé François Hollande.

En ce qui concerne les deux journalistes enlevés en Syrie, le chef de l'Etat a dit que le gouvernement "faisait tout pour savoir d'abord où ils sont, pour connaître exactement les intentions de leurs ravisseurs". Dimanche, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a indiqué que les deux Français sont vivants.

Le gaz de schiste

François Hollande a exclu pendant sa présidence toute exploration du gaz de schiste : "Tant que je suis président, il n'y aura pas d'exploration de gaz de schiste. C'est quoi le gaz de schiste ? C'est un eldorado, là, qu'il suffirait de creuser", a ironisé le chef de l'Etat.

Une loi de 2011 "interdit l'exploration du gaz de schise sur la méthode de la fracturation hydraulique", qui présente des "risques" pour les nappes phréatiques "selon les techniques d'aujourd'hui", a-t-il souligné. "On en voit un certain nombre de conséquences aux Etats-Unis", a ajouté François Hollande.

Le chef de l'Etat en a profité pour rappeler que "dans le gouvernement, il n'y a pas de statut particulier". Une phrase à l'attention ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, qui a exprimé récemment une position personnelle et distincte de celle du gouvernement sur le gaz de schiste.

Nicolas Sarkozy, Delphine Batho et les écolo

François Hollande a affirmé ne pas craindre un retour de Nicolas Sarkozy, estimant que son prédécesseur pouvait "parfaitement être de nouveau candidat" en 2017 mais qu'il n'avait "pas de commentaires" à faire "sur la situation à droite". "J'ai suffisamment de préoccupations pour le service de l'Etat sans regarder vers 2017", a-t-il ajouté.

Concernant le limogeage de Delphine Batho, le chef de l'Etat explique que l'ancienne ministre de l'Ecologie a transgressé "la règle". "J'avais fixé une règle : [...] Si un ministre conteste le budget, il ne pourra pas rester au gouvernement. Delphine Batho [...] s'est exprimée sur le budget en disant qu'il n'était pas bon. Pas seulement le sien, mais d'une manière générale. Alors j'en ai tiré toutes les conclusions avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Cela ne m'a pas fait plaisir, mais c'est la règle", a-t-il poursuivi.

Interrogé sur la prise de distance du parti Europe Ecologie-Les Verts, qui pourrait présenter ses propres listes distinctes aux élections municipales de 2014, François Hollande dit respecter les débats mais défend la nécessité "d'être soudés".

La déraillement de Brétigny

Enfin, François Hollande a affirmé ne pas privilégier l'hypothèse d'un acte de malveillance pour expliquer le déraillement du train Paris-Limoges vendredi dans la gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne), qui a fait six morts. "On ne doit rien écarter mais ce n'est pas l'hypothèse que, aujourd'hui, je privilégie. Je pense que nous sommes devant une défaillance matérielle", a-t-il déclaré. La SNCF a évoqué comme principale piste pour expliquer cette catastrophe ferroviaire la défaillance d'une pièce d'acier de dix kilogrammes dans le système d'aiguillage.

"Pour ce que je sais d'ores et déjà, c'est une défaillance matérielle: est-ce qu'elle a été provoquée par un défaut d'entretien ou vétusté ? Cela nous obligera à tirer des conclusions", a déclaré le chef de l'Etat, qui s'était rendu sur les lieux trois heures après l'accident. Il a rappelé que trois enquêtes étaient en cours : une du ministère des Transports, une de la SNCF et de RFF, et une de la justice. "Nous devons faire beaucoup plus pour l'entretien des lignes classiques, des lignes existantes", a dit le président, rappelant qu'il avait "emprunté pendant des années" cette ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse dans des "wagons pas toujours les plus modernes".

"La première conclusion que nous tirerons est de faire que, dans les investissements qui seront importants ces prochaines années, nous mettions la priorité sur les lignes classique, les intercités", a-t-il assuré. Le Premier ministre Jean-marc Ayrault a annoncé "la rénovation d'un certain nombre de ces lignes, en gardant les lignes TGV quand elles sont nécessaires mais pas partout !", a souligné le président.

Interview du chef de l’État en six points
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