Hadopi 2013. La lutte est perdue.

Un rapport sur cette loi tant décriée est sorti du chapeau, il y a quelques jours, et comme d'habitude, lorsqu'il s'agit du numérique, nos politiques sont prolixes même s'ils ne bénéficient pas des dernières mises à jour.

Alors que la loi Hadopi ne s'intéresse qu'aux téléchargements illégaux en peer to peer et que la majorité des téléchargements "en libre accès" que je préfère au terme "illégal", s'effectuent par d'autres canaux comme le DDL et le streaming, la commission jette pêle-mêle des solutions, toutes plus ou moins, « rigolotes » si elles n'émanaient pas de la réflexion d'un groupe que l'on pourrait penser constitué de personnes censées et au fait de l'univers numérique.

A défaut de s'entourer d'intervenants extérieurs, pirates repentis, ingénieurs, spécialistes des réseaux, les idées les plus farfelues sont sorties du chapeau Hadopi.

Pour n'en citer que quelques unes au top 10 des fantasmes technocratiques, la possibilité d'installer « ad hoc » aux systèmes d'exploitations des ordinateurs, tablettes et smartphones un filtre Hadopi nous bloquant l'accès à certains sites ou protocoles d'échange sur la toile. Je me demande si Apple avec OS X ou Microsoft sont intéressés par la version franco-française de leur systèmes, empêchant ainsi la compatibilité de leurs systèmes d'un pays à un autre. Pour ceux qui auront la chance de pouvoir utiliser une version américaine du système, pas de filtres anti téléchargements, donc non égalitaire d'un point de vue constitutionnel.

Autre perle : les plates-formes « délocalisées et incontrôlables qui déversent des contenus culturels sur le réseau sans jamais participer à leur financement. »

Comment une commission française peut-elle intervenir aux niveau international pour faire fermer des serveurs situés dans une république bananière, qui à l'instar des paradis fiscaux peuvent être considérés comme des « paradis numériques » ? Peut-être en bloquant leur accès lorsque l'internaute français s'y connecte à partir du territoire national ? Mais là, on en arrive à une situation à la chinoise où le droit à la libre information du citoyen est baffoué par l'institution républicaine.

La pédagogie, une solution?

François Hollande souhaitait simplement retirer les coupures Internet pour favoriser le volet pédagogique et les amendes. Simple et démocratique, mais en ces temps de crise, il est tentant de se procurer un film ou un album via l'Internet et les plateformes de téléchargements illicites, que de débourser entre 4 et 10 euros pour un film ou album. Donc, la pédagogie c'est un peu comme le civisme, chacun l'interprètera à sa façon et dans le "sens de son propre poil".

La lutte est belle et bien perdue d'avance.

Pour terminer, un mode de fonctionnement, qui a le mérite de na pas être 100% illégal car restant dans le strict cadre privé ou familial : le partage communautaire.

Le développement du Cloud , ouvre les portes du paradis à ce type d'échange de films, de musiques entre membres d'un même réseau privé. C'est très simple. Chaque membre se crée un espace gratuit sur le Cloud de son choix qui va lui autoriser jusqu'à 50 Gigaoctets ou plus de stockage partageable, soit environ une quarantaine de films et des centaines de musiques. Régulièrement celui ici achète un ou deux films, en téléchargement légal, par exemple, ou copie un DVD acheté en boutique et dépose son contenu sous forme d'un fichier compressé et encrypté sur son cloud. Il informe son réseau communautaire via mail d'une nouvelle offre sur son Cloud et donne le lien de téléchargement direct avec le mot de passe aux membres. Et paf ! C'est téléchargé.

Chaque membre du réseau effectuant la même démarche régulièrement sur son Cloud , les membres du réseau auront en quelques semaines une filmothèque et discothèque en libre accès, régulièrement mises au goût du jour offrant une multitude de titres. Et là, on reste dans un flou législatif. En effet qui peut m'empêcher de prêter ma copie de sauvegarde d'un film à un ami que j'invite à regarder. N'ai-je pas payé les droits inhérents à cette oeuvre en faisant l'acquisition légale, par un acte d'achat du film ou de l'album de mon groupe préféré ?

Pour conclure

Donc, avec des méthodes d'échange comme celle citée ci-dessus, on a du mal à croire en la pertinence de l'Hadopi ou de toute autre mesure visant à interdire ou même à réduire les téléchargements illicites ou la diffusion d'oeuvres "entre amis".

Si nos législateurs veulent sérieusement s'occuper du numérique, ils devraient se pencher plutot sur le comment financer l'accès pour tous au très haut débit à un coût raisonnable.

Hadopi 2013. La lutte est perdue.
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