Giulio Andreotti est décédé

Président du Conseil des ministres à trois reprises, ayant dirigé sept gouvernements, Andreotti mena une brillante carrière politique : ministre de l'Intérieur à deux reprises, trois fois ministre de la Défense, ministre des Affaires étrangères durant sept ans, il fut enfin nommé sénateur à vie en 1991, par le président Francesco Cossiga.

Pressenti, à de nombreuses reprises, pour assumer la charge de président de la République, il échoua, cependant, à se faire élire président du Sénat, en 2006.

Durant sa carrière, Andreotti gagna le surnom de Divo Giulio, une référence par le latin Divus Iulius au dirigeant de la Rome antique Jules César.

Un “vieux” politique

Andreotti naquit à Rome, dans une famille modeste originaire de Segni. Il fit ses études de droit à Rome, durant lesquelles il fut l'un des membres de la Federazione Universitaria Cattolica Italiana (FUCI, Fédération universitaire catholique), la seule association universitaire catholique autorisée par le gouvernement fasciste de Benito Mussolini. Plusieurs de ses membres allaient être des dirigeants de la future Democrazia Cristiana (DC, Démocratie Chrétienne). En juillet 1939, alors qu’Aldo Moro présida la FUCI, Andreotti devint le directeur de son organe de presse, Azione Fucina. En 1942, quand Moro s'enrôla dans l’armée italienne, Andreotti lui succéda à la présidence de la FUCI, et ce jusqu’en 1944.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Andreotti écrivit des articles et des chroniques pour la Rivista del Lavoro, une publication propagandiste fasciste, tout en assumant la charge de rédacteur du journal clandestin Il Popolo. En juin 1944, après la Libération de Rome, il devint l'un des membres du Conseil national de la Démocratie chrétienne. Après la fin de la guerre, il fut nommé responsable de l’organisation de la jeunesse du parti.

En 1945 il fut nommé membre de la Consulte nationale, l'embryon du futur parlement. En 1946, Andreotti fut élu député à l’Assemblée constituante, le parlement chargé de rédiger la nouvelle Constitution italienne. Son mentor était Alcide De Gasperi, le fondateur de la DC, dont Andreotti était depuis 1945 un proche collaborateur. En 1948, il parvint à se faire élire à la nouvelle Chambre des députés, représentant la circonscription de Rome-Latina-Viterbo-Frosinone, qui resta son bastion politique jusque dans les années 1990.

Une fin de carrière compliquée

En avril 1992, à la fin de la législature, Andreotti démissionne de sa fonction de président du Conseil. L’année précédente, le président de la République Cossiga l’avait nommé sénateur à vie.

Andreotti était l’un des candidats les mieux placés pour succéder au président Cossiga en 1992. Avec les membres de son courant, il avait adopté une stratégie visant à ne lancer sa candidature seulement après avoir paralysé ou étouffé celle des autres candidats, dont celle du secrétaire de son parti Arnaldo Forlani. Cependant, cette stratégie a été contrariée par l’assassinat à l’explosif spectaculaire du juge antimafia Giovanni Falcone près de Palerme, qui suivait l’assassinat, deux mois plus tôt, de Salvo Lima, un politicien sicilien étroitement lié à Andreotti.

Le choc national et le rejet qui en a résulté vis-à-vis des principaux dirigeants politiques a conduit à l’élection, par les parlementaires, d’Oscar Luigi Scalfaro à la fonction de président de la République, une figure politique nationale de moindre importance, soutenu notamment par la gauche. Andreotti n'a recueilli que deux voix. Ses manœuvres pour se faire élire président seront la cause de l'éclatement de sa courant politique : le très influent Vittorio Sbardella abandonnera le navire, et avec lui plusieurs deuxièmes couteaux de son parti. De surcroît, lors de la formation du nouveau gouvernement Amato en juin 1992 la DC fera recors à un escamotage pour en écarter Andreotti. Fait unique dans son histoire, ce parti exigera que les ministres issus de ses rangs démissionnent de leur mandat parlementaire : puisque Giulio Andreotti, sénateur à vie depuis 1991, ne peut pas quitter la haute assemblée, il devra donc renoncer à redevenir ministre.

Andreotti n’a pas été inquiété par les premières évolutions de l’enquête sur Tangentopoli, qui avait commencé à toucher le PSI milanais et Bettino Craxi. Mais en avril 1993, après avoir été cité dans les témoignages de plusieurs pentiti (repentis mafieux collaborant avec la justice), une enquête a été ouverte sur les liens supposés d’Andreotti avec la Mafia. Le 13 mai, les sénateurs lèvent l'immunité parlementaire de l'ancien président du Conseil, ce qui l'obligera à passer en jugement devant le tribunal de Palerme.

En 1994, accablé par le scandale et la succession d’arrestation d’hommes politiques corrompus, Démocratie Chrétienne disparait de la scène politique italienne. Andreotti rejoint alors le Partito Popolare Italiano (Parti populaire italien), fondé par Mino Martinazzoli, qui se fondra dans un nouveau parti de centre-droit, La Margherita, en 2001.

En 2006, Giulio Andreotti, candidat à la présidence du Sénat, obtient 156 voix, contre 165 pour Franco Marini. En janvier 2008, il s’abstient lors d’un vote de confiance au Sénat perdu par le gouvernement Prodi, qui sera à l’origine d’élections générales anticipées et du retour au pouvoir de Silvio Berlusconi.

Les liens avec la Mafia

Andreotti a été la cible d’une enquête sur son rôle dans l’assassinat, en 1979, de Mino Pecorelli, un journaliste qui avait publié des allégations selon lesquelles Andreotti était lié à la Mafia et à l’enlèvement d’Aldo Moro. Un tribunal l’a acquitté le 24 septembre 1999 après un procès qui a duré trois ans, mais le jugement a été infirmé par la cour d’appel de Pérouse en novembre 2002 et il a été condamné à 24 ans d’emprisonnement. Andreotti est laissé en liberté du fait de son immunité parlementaire. Un jugement de la Cour de cassation annule finalement les charges et l’acquitte, le 30 octobre 2003.

La même année, le tribunal de Palerme l’acquitte des charges pesant sur lui quant à ses liens avec la Mafia, mais uniquement parce que les faits qui lui sont reprochés sont prescrits.

Le tribunal établit en effet que Andreotti entretenait des liens importants avec la Mafia au moins jusqu’en 1980, et les a utilisés pour poursuivre sa carrière politique jusqu’au point d’être soupçonné d’être lui-même un membre de la Mafia. Un jugement en première instance, le 23 octobre 1999 l’avait acquitté pour insuffisance de preuves mais la sentence en appel, rendue le 2 mai 2003, a séparé le jugement des faits antérieurs à 1980 de ceux successifs, et a établi qu’Andreotti avait « commis » le « délit de participation à l’association de malfaiteurs » (Cosa Nostra), « concrètement reconnaissable jusqu’au printemps 1980 », qui cependant est « éteint pour prescription ».

Pour les faits postérieurs au printemps 1980, Andreotti a été acquitté. Ce jugement a été confirmé par la Cour de cassation e 15 octobre 2004. Dans la motivation, on peut lire en page 211 : « Donc la sentence saisie, au-delà de ses affirmations théoriques, a reconnu la participation au délit d’association non dans les termes réducteurs d’une simple disponibilité, mais dans ceux plus vastes et juridiquement significatifs d’une concrète collaboration. » Si la sentence définitive était arrivée avant le 20 décembre 2002 (terme de la prescription), Andreotti aurait été condamné sur la base de l’article 416, c’est-à-dire association « simple », car l’association qualifiée de type mafieux (416 bis) ne fut introduite dans le code pénal qu’en 1982, avec la loi Rognoni-La Torre.

Andreotti s’est défendu en disant qu’il avait pris de sévères mesures antimafia quand il était au gouvernement. Au cours de son septième gouvernement (1991-1992), Andreotti a pris une série de dispositions décisives contre la Mafia, grâce au travail du juge antimafia Giovanni Falcone. « Quand il dit qu’il a pris des mesures extrêmement sévères contre la Mafia, il ne ment pas », a écrit Eugenio Scalfari, rédacteur en chef du journal La Repubblica. « Je pense qu’à un certain moment, à la fin des années 1980, il a réalisé que la Mafia ne pourrait pas être contrôlée. Il s’est réveillé de cet égarement persistant... et la Mafia, qui a réalisé qu’elle ne pouvait plus compter sur sa protection ou sa tolérance, a assassiné son homme en Sicile. » Son homme à Palerme était Salvo Lima, qui a été assassiné par la Mafia en mars 1992.

L’assassinat de Lima est un tournant dans les relations entre la Mafia et ses associés politiques. La Mafia s’est sentie trahie par Lima et Andreotti, qui avaient, selon ses chefs, échoué à bloquer la confirmation, en janvier 1992 par la Cour de cassation des sentences du Maxi-Procès de 1986, qui avait envoyé un grand nombre de mafiosi en prison.

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