François Hollande : “l’offensive !”

La totalité de la conférence de presse est en fin d’article

Un an tout juste après son entrée en fonction, François Hollande tenait aujourd’hui sa deuxième grande conférence de presse, sous très forte pression . Sur la forme, le grand oral du chef de l'Etat est très similaire à celui du 13 novembre dernier : même scénographie, 400 journalistes réunis dans la salle des fêtes de l'Elysée, et même format, un propos liminaire de près d'une heure suivi du jeu des questions-réponses.

Mais après la conférence, François Hollande envisage cette fois, de rendre visite aux députés et sénateurs socialistes qui auront suivi, à huis clos, la retransmission de sa prestation à la Maison de l'Amérique latine (VIIe arrondissement).

« revenir sur ce que nous avons fait depuis un an, mais surtout tracer les prochaines étapes de [son] action »

Costume bleu nuit, cravate bleu roi, François Hollande a débuté son discours en expliquant vouloir « revenir sur ce que nous avons fait depuis un an, mais surtout tracer les prochaines étapes de [son] action » et a enchaîné par un hommage aux soldats français qui sont intervenus au Mali.

Le président a ensuite résumé en quatre priorités la première année de son quinquennat, son « an I », annonçant dans la foulée que « l’an II » serait consacré à « l’offensive ». « L’an I a été entièrement consacré à la défense de notre souveraineté, la remise en ordre de notre économie, la sauvegarde de notre modèle social et la réparation des injustices ». « L’an II, ce doit être l’offensive », a-t-il dit. Et « l’offensive, c’est d’abord de lancer une initiative européenne ».

L’ Europe

« Depuis un an les lignes ont bougé en Europe. La Grèce que l’on pensait un moment menacée a été sauvée. Les taux d’intérêt ont baissé, ceux de la France sont à leur plus bas niveau historique. Les causes de la crise financière ont été régulées et jugulées.

La Commission européenne a commencé à comprendre les risques et les menaces de la récession. C’est un bon signal. Le délai obtenu par la France n’est pas un répit mais un rebond. Une opportunité pour une reprise plus rapide en France et en Europe.

« L'Europe est la première puissance économique du monde et pourtant elle est regardée comme un continent malade. Ma responsabilité, c'est de sortir l'Europe de sa langueur et de réduire la désaffection des peuples qui ne peut que compromettre l'avenir de l'Union européenne ».

Et François Hollande de faire plusieurs propositions : 1 Un gouvernement économique qui se réunirait tous les mois autour d’un véritable président affecté à cette seule tâche ; 2 Harmoniser la fiscalité, convergence par le haut sur question sociale, fraude fiscale ; 3 Plan insertion des jeunes : mobilisons tout de suite une partie de 6 milliards d’euros déjà prévus ; 4 Une stratégie d’investissement pour les nouvelles industries ; 5 Une communauté européenne de l’énergie afin d’assurer transition énergétique ; 6 Nouvelle étape d’intégration.

« Si l’Europe n’avance pas, elle tombe ou plutôt elle s’efface de la carte du monde, elle s’efface même de l’imaginaire , des peuples. "

L’héritage de la droite

« Bien sûr, j’aurais pu vous dire que nous n’en serions pas là si nos prédécesseurs avaient fait des choix courageux, notamment sur le plan de la compétitivité ces dix dernières années, on me le fait sentir d’ailleurs quand je vais à l’étranger ». « Bien sûr que j’aurais pu vous dire que cela va plus mal ailleurs...

Et alors, je ne cherche aucune défausse, ni sur le passé, ni sur l’extérieur », a-t-il affirmé en expliquant avoir, avec Jean-Marc Ayrault, engagé depuis son arrivée à l’Elysée « des réformes essentielles » pour le pays. « La première, c’était le sérieux budgétaire. Cela va de soi ». « Et pourtant, que s’est-il passé ces dernières années, que de dérèglements et de dérives, de déséquilibres et de dettes ». « Et comment cela se prouve le sérieux ? Par un indicateur : le niveau de la dépense publique », a expliqué François Hollande en précisant son calendrier en matière de réduction des dépenses publiques.

« Quand je regarde ce qu’a été la dépense publique de l’Etat en 2012, elle a été légèrement inférieure à celle qui a été prévue. En 2013, elle sera stable et en 2014, elle reculera de un milliard et demi. Et on viendrait nous dire que l’on n’a pas fait d’économies! », a-t-il lancé.

Chômage

« L'objectif d'inversion de la courbe du chômage, je m'y tiens. Tout doit être mis en œuvre pour que le chômage recule à la fin de l'année. »

« Je réédite ici devant vous, en prenant mes risques mais aussi mes responsabilités, que la courbe du chômage peut s’inverser d’ici la fin de l’année. Mais la bataille ne sera gagnée dans la durée que si la croissance revient. »

Réformes à venir

« J’ai demandé à Jean-Marc Ayrault de présenter un plan d’investissement à la fin du mois de juin [sur quatre domaines] : le numérique, la santé, la transition énergétique, les grandes infrastructures de transport.

Pour en assurer le financement, il convient de faire preuve de plus d’imagination que par le passé car nous sommes confrontés à des disciplines budgétaires. Tout ne peut pas venir de l'Etat et, donc, pour financer ces investissements d'avenir nous devrons aussi aller chercher le secteur privé, le partenariat, des capitaux extérieurs, des fonds d'investissement, parfois même de l'étranger. Chaque fois que je me déplace, un certain nombre de pays nous disent qu’ils sont prêts à investir en France. Faut-il encore que nous les orientions »

« L’assurance-vie sera réformée. Un plan d’épargne action pour les PME sera créé. L’imposition des plus-values mobilières sera révisée. »

« D’ici à la fin de quinquennat, la proportion d’élèves qui sortent sans diplôme du système scolaire sera réduite de moitié. Je demande à être jugé sur ce résultat. »

« J’ai demandé au Premier ministre d’engager un travail en profondeur sur lasimplification des règles administratives. Le volume des textes applicables a triplé en dix ans. »

« Un chômeur sur cinq reçoit une formation professionnelle. Eh bien nous allons changer ça. »

Retraite

« Il nous revient d’assurer l’avenir des retraites. Il y a aujourd’hui un déficit d’une quinzaine de milliards d’euros. Je refuse comme président de la République de reporter sur les générations à venir le fardeau du financement des retraites. » « La concertation [sur les retraites] s’ouvrira dès l’ouverture de la conférence sociale et se poursuivra jusqu’au mois de juin. »

« Est-ce que comme président de la République je peux laisser 20 milliards d’euros de déficit [des retraites] ? Je ne peux pas l’accepter. [...] Ce ne sera pas facile, mais je préfère m’adresser aux Français en leur disant : « c’est notre responsabilité de le faire ». », a-t-il aussi déclaré lors des questions des journalistes.

Mariage pour tous

« J'ai voulu un grand débat. Cette loi a été adoptée par le Parlement. Le Conseil constitutionnel va se prononcer. Dès qu'il aura fait connaître sa décision, je promulguerai le texte. Je suis convaincu que cette loi sera perçue au fur et à mesure comme un progrès pour l'égalité. Ceux qui sont contre pourront toujours attendre une alternance. »

« J’ai toujours considéré que l’accès au mariage des couples homosexuels n’était pas une réforme facile. C’est du courage de dire « on va tenir bon » alors qu’il y a eu des milliers de personnes dans la rue. Rien ne m’a plus blessé que les actes homophobes. », a-t-il dit ensuite en réponse à la question d’un journaliste.

Violence au Trocadéro, Suicide dans une école maternelle

« S’il y a un sujet qui devrait nous unir par delà les sensibilités, c’est bien celui là, l’autorité de la République. Ce qui s’est passé au Trocadéro, c’est une agression. Une agression à l'égard des biens, des personnes, mais aussi une agression contre notre conception de la vie en commun, contre l'image de la France. Cela appelle non des polémiques mais des politiques qui aillent à la racine du mal. S'il y a un sujet qui devrait nous unir par-delà les sensibilités, c'est bien l'autorité de la République et la lutte contre toutes les violences »

« Ce qui s'est produit sur le Trocadéro est inacceptable. Est-ce que c'est la première fois que cela se passe en France et à Paris ? Vais-je rappeler toutes les manifestations qui ont dégénéré ? Est-ce que l'opposition de l'époque a demandé des têtes ? » « Nous devons éviter que cela se reproduise ». Je préfère son action [de Manuel Valls] à celle de son prédécesseur [Claude Guéant]. », a dit le chef de l’Etat lors des questions aux journalistes.

« Nos écoles doivent être protégées des violences. C'est une priorité du gouvernement. »

« La France, c’est une nation singulière, c’est plus qu’une grande histoire. C’est un projet. Une société capable de se dépasser pour faire mieux vivre ses enfants, l’ambition de montrer la voie. La France n’est pas le problème [en Europe], c’est la solution. Voilà pourquoi nous devons être à l’offensive pour l’an II de ce quinquennat », a-t-il conclu avant de répondre aux questions des journalistes.

Les réponses aux journalistes

Sa ligne, sa popularité

« Qui je suis ? C’est une question terrible ». « Je suis socialiste. Ai-je besoin de dire social-démocrate ? Est-ce que ce serait mieux d’être social démocrate ? Il se trouve que j’ai dirigé pendant des années le Parti socialiste, je ne l’ai pas appelé « parti social démocrate » ! C’est parce que je crois à certaines valeurs ». « Je suis un socialiste qui veut faire réussir la France ».

« On ne cherche pas à être impopulaire. Donc ce n’était pas un objectif que je m’étais fixé. Je ne demande pas être jugé sur des sondages. Je demande à être jugé le jour venu, au terme des cinq ans, sur ce que j’aurais fait pour la France. »

« Je n’ai cessé de décider depuis que je suis là. De ce point de vue-là, j’ai appris ce que c’est que d’être président : c’est décider, je ne cesse de décider ». « La différence, peut-être, est que je ne prétends pas décider à la place des autres ». « Je n’ai pas remplacé le Premier ministre (...) ni les ministres, même si on me demande d’en écarter certains ». « Décider oui, à tout moment, mais je ne proclame pas à la place des responsables, je ne me substitue pas ni au gouvernement, ni au Parlement, ni aux partenaires sociaux parce que je considère que le dialogue, le respect, c’est très important pour la décision ».

Remaniement

« Jean-Marc Ayrault est un Premier ministre courageux, dans une période difficile. Il est un Premier ministre loyal. C'est un Premier ministre désintéressé. Y aurait-il trop de ministres à Bercy ? Aujourd'hui, il y a beaucoup de compétences économiques. Mais il ne doit y avoir qu'une seule ligne au sein du gouvernement. »

« Est-ce qu'il y aura un jour un remaniement ? C'est possible mais ce n'est pas aujourd'hui. »

« Y aurait-il trop de ministres à Bercy? ». « Aujourd’hui, il y a beaucoup de compétences économiques, qui vont du commerce intérieur jusqu’au commerce extérieur ». « Je n’oublie pas l’économie sociale et solidaire » et « nous avons créé un ministère du Redressement productif ».

« Au-delà des personnes et au-delà du nombre, ce qui m’importe c’est la ligne. Ce qui m’importe c’est la ligne justement. « Il ne doit y avoir qu’une seule ligne au sein du gouvernement. Tous les ministres sont liés les uns aux autres par un pacte qui va de soit : faire réussir la politique que j’ai décidé pour le pays. »

« Quand je regarde dans les gouvernement précédents, c’était à peu près la même chose, avec les mêmes dualités et quelquefois antagonismes ».

Réforme constitutionnelle

« Un texte sur l’indépendance de la justice sera présenté prochainement en Parlement - il va être en discussion - et je souhaite qu’il puisse être adopté à Versailles - puisque c’est à Versailles que se réunit le Parlement pour une adoption à la majorité des trois-cinquièmes. Si on peut y agréger d’autres textes, j’y suis favorable »,

Droit de vote des étrangers

« Sur le droit de vote des étrangers, je n'ai pas présenté ce texte car je ne voulais pas entretenir un malentendu avant les élections municipales [de 2014]. Mais il sera présenté après. »

Amnistie sociale

« Il n’y a aucun conflit qui justifie qu’on détruise. » « Il est exact que Jean-Luc Mélechon était venu me présenter un certain nombre de situations que nous pourrons regarder, pas nécessairement dans une loi d’amnistie d’ailleurs ».

Affaire Cahuzac

« Le mensonge déshonore la politique. Jérôme Cahuzac ne devrait pas se présenter à quelque élection qu’il soit ».

Ouverture

« Chaque fois que l'opposition fera de bonnes propositions, nous les examinerons. » « Est-ce qu’on va recomposer aujourd’hui la majorité, je ne vois pas de groupe qui s’y prépare. Comme il n’y aura pas de remaniement, il n’y aura pas d’ouverture. »

La présidentielle de 2017

« Je suis là depuis un an avec une popularité qui est au Zénith. Donc je ne me préoccupe vraiment pas de 2017... »

Politique familiale

« Soyez sûr que je veillerai à améliorer la politique familiale. Parce que c’est une force de la France. »

Conférence de presse du président de la république, via Le Kiosque aux Canards

François Hollande : “l’offensive !”
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