Florange, la fin des hauts-fourneaux aujourd'hui 11 avril.

Un comité central d'entreprise doit entériner ce jeudi la mort des hauts de fourneaux de l'usine ArcelorMittal. Une mort programmée qui intervient après une série de rebondissements. A l'automne le gouvernement avait notamment évoqué une nationalisation temporaire, puis un possible repreneur, avant de faire marche arrière. Aujourd'hui, les métallos de Florange sont désabusés, ils ne croient plus en la parole des politiques.

Cet arrêt définitif des hauts fourneaux n'a rien d'une surprise pour les salariés de Florange. C'est ce qui était prévu dans l'accord signé le 30 novembre dernier entre le gouvernement et ArcelorMittal. Malgré prés de deux ans de lutte et de mobilisation pour la sauvegarde des derniers hauts fourneaux de Lorraine.

Aujourd'hui, les salariés font part de leur amertume. Ils se sentent trahis. "Et même plus que trahis", s'énerve un ancien des hauts fourneaux. Un autre renchérit : "ça me fait mal toutes ses promesses non tenues par un gouvernement de gauche, enfin qui se dit de gauche". Un troisième conclut : "à droite comme à gauche, les politiques, c'est tous des menteurs".

Hier comme un hommage : "La promesse de Florange" en avant-première à La Passerelle de Florange

Hier, plus de 300 spectateurs ont assisté à l'avant-première du dernier documentaire réalisé sur le combat des salariés d'Arcelor Mittal, à Florange. Le film, signé par Anne Ginztburger pour France 5, retrace le parcours des métallos, de l'élection de François Hollande à la terrible nuit du 30 novembre 2012.

Immergée dans l'acier pendant près d'un an, de la victoire de François Hollande le 6 mai 2012, jusqu'à la nuit du 30 novembre où le premier ministre Jean-Marc Ayrault écarte la possibilité d'une nationalisation du site, Anne Gintzburger dresse le portrait d'une Lorraine qui souffre mais qui refuse de baisser les bras.Voir synopsis.

Bernard Lavilliers de retour à Florange

Soutien de la première heure des métallos, c'est "sans guitare" que le chanteur est arrivé à Florange. Fils de sidérurgiste, ancien sidérurgiste lui-même, Bernard Lavilliers "mène la lutte depuis plus de 30 ans" pour la sauvegarde de l'acier. Touché par le film, il y voit surtout une note et un message d'espoir. Un message adressé aux ouvriers mosellans, mais aussi à ceux de toute la France. Persuadé, aussi, que "l'acier continuera de couler en Lorraine". "Que ce n'est qu'une question de choix". De choix politiques.

Au coeur du conflit, Edouard Martin

Il est logiquement au cœur du documentaire. Cependant, plus qu'un portrait de "l'espagnol", c'est l'histoire d'un collectif qu'Anne Gintzburger souhaite mettre en lumière. Un souhait partagé par le leader syndical de la CFDT et par l'ensemble des ouvriers.

Édouard Martin est le pourfendeur des illusions perdues. Embauché à 18 ans à Florange, "pendant trois ans, je suis un robot. Je fais mon job, je ne l'ouvre pas", il observe. Après, il est élu délégué à la coulée continue et commence à être le porte-parole de ceux qui restent dans l'ombre, de l'ouvrier à l'ingénieur. "Pour être syndicaliste, il faut être irréprochable" (et pour être ministre ?).

Il a maintenant 48 ans. Il ne cessera pas le combat, il y a consacré sa vie. Quarante cigarettes par jour et cinq heures de sommeil par nuit. Les métallurgistes ne baissent pas les bras, ils espèrent toujours sauver leur usine, qui fait vivre trois mille familles. "Rien n'est encore perdu à Florange. François Hollande peut se souvenir des promesses qu'il a faites. J'ai la faiblesse de croire qu'il est honnête. Mais certains élus ont peur d'exercer le pouvoir qu'ils détiennent. Nous avons fait des grèves, des blocages, des marches, mais rien n'a fait peur aux élus. On nous dit : l'acier, c'est fini, l'industrie, c'est ringard. Mais tout le monde a un frigo, un lave-vaisselle. Tout cela, c'est made in Florange. Est-ce que l'Europe veut être dépendante de son acier ? Va-t-on accepter que Mittal aille produire en Inde, en Chine, pour ensuite vendre son acier à l'Europe ?"

Ses vœux de lutte pour 2013 portaient un appel aux citoyens à se battre contre un système qui s'autodétruit. Avec Ne lâchons rien, il devient le symbole de la résistance au saccage social par la finance internationale.

Synopsis : la promesse de Florange

Florange, la fin des hauts-fourneaux aujourd'hui 11 avril.
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