Delphine Battho veut mettre en place un label français “sans farine animale”

Suite à la réintroduction des farines animales dans l’alimentation des poissons par Bruxelles, Delphine Batho propose que la filière piscicole française s'organise "pour qu'il y ait un label 'sans farine animale' qui puisse faire son apparition sur les étalages pour dire aux consommateurs français: le poisson que vous achetez n'a pas été nourri avec de la viande."

Une décision européenne autorise de nouveau les farines animales dans la nourriture des poissons

Dès le 1er juin 2013, il sera de nouveau possible pour les professionnels de nourrir les poissons d’élevage avec de la farine animale ; Bruxelles vient de l’autoriser avant hier. Avec le développement de l'élevage hors-sol, ces farines, riches en protéines, ont longtemps été utilisées par les fabricants d'aliments pour bétail en substitution totale ou partielle des protéines d'origine végétale (tourteaux de soja, colza...). Depuis les années 1990 et les problèmes sanitaires causés par l'encéphalite spongiforme (ou « maladie de la vache folle »), le secteur est très réglementé, et la réputation de ces farines est mauvaise.

En France, bien que certains groupes de pressions de producteurs soient favorables à leur réintroduction, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation s'y oppose toujours en 2011. Mais le Conseil national de l'alimentation (CNA) a donné son aval le vendredi 2 décembre 2011 à une réintroduction partielle des farines animales en France, 15 ans après leur interdiction dans l'Union européenne à la suite de la crise de la « vache folle ». L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) a rendu le 16 novembre un avis défavorable à la proposition de la Commission européenne, qui suggère d'autoriser un nouveau type de farines.

86,7% des français sont opposés à cette réintroduction

Selon une enquête réalisée en 2011 par Familles Rurales, 86,7% des français sont hostiles à la réintroduction des farines animales, même en l’absence de risque sanitaire et environnemental. Alors pourquoi la Commission européenne veut-elle les réintroduire ? En réalité, si Bruxelles prend cette décision, c’est pour soulager un secteur en tension : l’aquaculture se retrouve prise entre une demande croissante et un manque cruel de nourriture pour ces poissons d’élevage toujours plus nombreux.

Aujourd’hui, ces derniers sont nourris avec des farines de poisson fabriquées à partir d’espèces spécialement pêchées pour cela, mais soumises à des quotas. Sans compter que ces farines de poisson sont l’un des produits protéiques les plus chers du marché, leurs prix pouvant atteindre jusqu’à 1 800 euros la tonne. Selon la Commission européenne, la farine animale “améliorera la durabilité à long terme du secteur de l’aquaculture, car ces PAT pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare”.

Des réactions immédiates en France

Pour le ministre français délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, cette annonce “tombe mal”. Il appelle les industriels du secteur de l’aquaculture à la “responsabilité”, insistant sur le fait que la disposition de Bruxelles ne rend “heureusement” pas obligatoire l’utilisation des farines animales. D’autres politiques se montrent en revanche plus virulents. Dans un communiqué, la députée européenne Isabelle Thomas (PS) s’interroge :“Faut-il avoir le sens politique d’une huître pour abîmer ainsi la perception que se font de l’Europe les citoyens ? Nous demandons à la Commission de revenir immédiatement sur cette décision.”

Pour sa part, La ministre française de l'Ecologie, Delphine Batho, pense "le plus grand mal" de cette annonce. "Je n'avais pas vu cette décision qui datait du mois de janvier et qui a été rendue publique la semaine dernière par la Commission Européenne et j'en pense le plus grand mal", a déclaré dimanche Delphine Batho sur la radio RCJ.

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, s'était prononcé contre le retour des farines lors du processus de discussion interne à l'Union Européenne, a-t-elle souligné.

"C'est vrai que ce ne sont pas exactement les mêmes farines animales que dans le passé, là ce sont des farines animales faites avec des morceaux propres à la consommation (...) mais ce n'est pas dans le logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons", a-t-elle ajouté.

Pour Delphine Batho, il s'agit de "la même logique d'absurdité financière" que pour la viande de cheval.

Elle propose en conséquence que la filière piscicole française s'organise "pour qu'il y ait un label 'sans farine animale' qui puisse faire son apparition sur les étalages pour dire aux consommateurs français: le poisson que vous achetez n'a pas été nourri avec de la viande."

Delphine Battho veut mettre en place un label français “sans farine animale”
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