Benoit XVI : continuateur plutôt que générateur

On l’oublie souvent, ou on l’omet sciemment ; le Cardinal Joseph Ratzinger a débuté son action de dirigeant de l’Eglise catholique auprès du pape Jean-Paul II. C’est en effet à la demande express de celui-ci qu’il a pris, dès 1981, la fonction de préfet pour la congrégation de la doctrine de la foi. Cette institution vaticane est aussi connue sous le nom de Saint-Office et est la plus ancienne des neufs congrégations de la Curie romaine.

Un cardinal dans l’entourage immédiat de Jean-Paul II

Son but premier, celui pour lequel elle fut fondée par le pape Paul III, dans la bulle Licet ab initio, le 21 juillet 1542, était de lutter contre les hérésies. Jean-Paul II, en nommant le cardinal Ratzinger à sa tête, en a détaillé les fonctions par la constitution apostolique Pastor Bonus : « La tâche propre de la Congrégation pour la doctrine de la foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence». En gros, “sa compétence” est doctrinale, disciplinaire et matrimoniale.

Des textes forts du pontificat de Jean-Paul II écrit par le cardinal Ratzinger

D’autant plus fort que les deux hommes se connaissaient depuis fort longtemps, lorsque l’un était archevêque de Munich, l’autre de Cracovie, à la fin des années 70. Depuis 1981, il a donc suivi le règne de son prédécesseur, accompagnant un certain nombre de textes extrêmement importants qu'il a parfois d'ailleurs rédigés lui-même : la Condamnation des théologies de la libération dans les années 1984-1986 ; Evangelium vitae en 1995 au sujet de la doctrine de l'Eglise sur les questions de la vie ; ou encore Splendor veritatis, texte fondamental rédigé à quatre main avec Wojtyla, dans lequel le cardinal Ratzinger essayait de réaffirmer, contre le subjectivisme moderne, une philosophie chrétienne qui serait liée à une axiomatique de l'objectivité, axiomatique de la norme morale, contre le prima de la souveraineté individuelle.

Il y a donc une continuité lourde, à la fois sur le terrain philosophique, mais aussi sur le terrain de la réconciliation, qui s'est traduite d'ailleurs durant cette période d'avant Benoît XVI par la volonté, de la part du futur pape, de réconcilier le corps de l'Eglise avec les traditionalistes.

Benoit XV prend des - quelques - aises avec son prédécesseur

Le principal est plutôt une posture qu’une conviction. Autant sous Jean-Paul II, la médiatisation des affaires de pédophilie dans l’Eglise n’avaient jamais eu un tel retentissement - entre autre grâce à internet - que depuis les huit dernières années. Benoit XVI a ainsi été débordé par les médias et a du prendre non seulement conscience de l’impact négatif sur l’Eglise de ces débordements inqualifiables, mais aussi d’accepter la pression politique international. Ainsi, lui qui suivait depuis 1981 la position assez frileuse de Jean-Paul II a du agir rapidement.

Le dialogue interreligieux fut sa principale avancée, sa marque. Principalement vers le judaïsme et bien moins avec les protestants qui lui semblaient trop marqués par le subjectivisme. D’ailleurs, c’est paradoxale quand on sait qu’il fut le premier pape à renouer avec la branche traditionaliste et intégriste de l’Eglise, d’ailleurs, l'affirmation qu'on ne peut pas penser la nouveauté sans un ancrage dans la tradition est pour lui une préoccupation constante. Ce qui l'amène à reprendre des éléments du Concile Vatican II sans rejeter pour autant certains points de tradition auxquels il est extrêmement attaché.

La tradition, les traditionalistes et les intégristes

Ainsi, Benoît XVI a voulu ramener les brebis égarées, l'intégrisme de Monseigneur Lefebvre et de sa société, la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, avec des textes quisemblent importants. Notamment le Motu proprio sumorum pontificum de juillet 2007, qui ouvre la possibilité de revenir au missel d'avant Vatican II. C'est un point tout à fait sensible. D'ailleurs, on le voit dans ses textes, la Fraternité Saint Pie X a su témoigner de sa gratitude à un pape qui a réussi, sur ce terrain, renouer avec la tradition.

A l'inverse, il s’est laissé totalement dépasser par l’opacité de l’administration curiale. Si Jean-Paul II palliait cette opacité par une forte communication et une action politique en direction de l’ancien bloc des pays de l’Est, Benoit XVI, même s’il prenait la mesure des difficultés internes, n’a pas bougé.

Le préservatif, ou la fausse bonne nouvelle

Dans un livre-entretien*, le pape Benoît XVI admet, pour la première fois, l'utilisation du préservatif "dans certains cas", "pour réduire les risques de contamination" par le virus du sida. Un virage pour certains, une évolution pour d'autres. Mais que dit - vraiment - le souverain pontife dans ces écrits ?

À la question "l'Église catholique n'est-elle pas fondamentalement contre l'utilisation de préservatifs ?" le souverain pontife répond, selon la version originale allemande : "Dans certains cas, quand l'intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement."

Pour illustrer son propos, le pape donne un seul exemple, celui d'un "homme prostitué", selon le texte original allemand et ses versions anglaise et française, tandis qu'un extrait en italien cité par le quotidien du Vatican évoque une prostituée. Il considère, dans ce cas précis, que cela peut être "un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut". Précisant : "Ce n'est pas la façon à proprement parler de venir à bout du mal de l'infection du VIH. La bonne réponse réside forcément dans l'humanisation de la sexualité."

Bien évidemment, aucune réalité doctrinale ne fut donnée à cette interview qui ne changea en rien la position officielle de l’Eglise sur les moyens de contraception et leur interdiction formelle.

Le cardinal Joseph Ratzinger en continuité avec l'esprit de Jean-Paul II

Le cardinal Joseph Ratzinger en continuité avec l'esprit de Jean-Paul II

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