The Gardian du jour : comme Blair et Cameron, Sarkozy n'est pas un homme de convictions politiques profondes.

  • le kiosque aux canards
  • Société

lekiosqueauxcanards-Sarko-avion.jpeg

Les Français manquent d'un président avec un sens de l'Etat

Quelques jours avant le premier tour de l'élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy s'adressait à ses partisans lors d'un rassemblement de masse à Paris. Ses derniers mots sonnaient d’une manière désespérée : "Aidez-moi !". Le candidat conservateur avait l'air tendu et l'humeur du public était sombre. Une fréquentation record de 150.000 a été annoncé à la hâte. Les journalistes sur le terrain ont montré que pas plus de 30.000 s'étaient rassemblés sur la Place de la Concorde.

Cette défaite de plus en plus probable a été longue à venir. Alors qu'il faisait campagne en 2007, les conseillers économiques de Sarkozy avaient concocté un plan financier qui a gravement offensé le sens français de l'égalitarisme. La loi Tepa - ou "bouclier fiscal" - fait en sorte que les personnes les plus riches ne pouvaient pas payer plus de 50% de leur revenu annuel imposable. Grâce à ce bouclier fiscal pervers, Liliane Bettencourt - la française la plus riche - a reçu un remboursement de € 30m. La réputation de Nicolas Sarkozy comme un ami des riches qui bénéficie de leurs largesses n'a jamais annulé depuis.

Dans les préparatifs de l'élection 2012, le président sortant a tenté de se rebaptiser lui-même comme un "homme du peuple", un "outsider politique", même si il a dirigé la France durant les cinq dernières années. Diverses études ont établi que Sarkozy a été fidèle à son surnom populaire: "Le président des riches”. Selon le groupe de réflexion Terra Nova, le gouvernement de François Fillon a redistribué 84 milliards d’euros en réductions d'impôts depuis 2007.

De ce montant, 50 milliards € sont allés à des entreprises, et 34 milliards d'euros sont allés aux ménages les plus riches : 10% ont reçu 19 milliards alors que les 90% restants partagée 15 milliards. 84 milliards d’euros dans la redistribution fiscale vallent quatre points de PIB. Il est important de noter que, sans ces "cadeaux fiscaux" aux riches, la dette publique de la France (85% du PIB) serait aujourd'hui inférieur à celui de l'Allemagne (83,5%).

En 2007, Nicolas Sarkozy a annoncé que, sous sa présidence, les français pourraient "travailler plus pour gagner plus". Il s'agissait d'une promesse unilatérale. En fait, les gens ont travaillé plus pour gagner moins - quand ils pouvaient obtenir un emploi : le taux de chômage était de 10% en Février 2012 (contre 7,9% à son plus bas taux en Décembre 2007).

Le gouvernement conservateur a relevé l’âge minimum légal de la retraite ; une politique qui est fortement pondérée par rapport aux catégories de la classe inférieure. Sarkozy vise désormais les syndicats qui ont eu l'impudence de s'opposer aux changements. Il a proposé que les négociations de travail soient effectuées directement entre les employeurs et les employés dans une tentative de court-circuiter les syndicats, le pilier des relations de travail en France. 

Sarkozy défendait une «république irréprochable" en 2007. 

Les scandales financiers Bettencourt, Karachi et Takieddine ont compromis de proches collaborateurs politiques et certains affirment qu'il est vital pour Sarkozy d'être réélu pour échapper à des poursuites sur ces deux affaires.

En phase avec d’autres dirigeants tels que Tony Blair ou David Cameron, Sarkozy n'a pas de profondes convictions politiques. Son parcours politique est fait de triangulations infinies et de propositions contradictoires. Un jour, Sarkozy fait valoir que faire de l'argent témoigne d'une "réussite" de sa vie. Le lendemain, il lance une attaque sur les "banquiers amoraux" et leur "bonus astronomiques". Il fait l'éloge des "travailleurs ordinaires", mais stigmatise ensuite les chômeurs et les immigrés.

Les Français lui ont pardonné son style décontracté, le "bling-bling" et ne fustigent pas son manque de respect pour la pompe républicaine. Les racines du problème sont plus profondes. Les électeurs ont réalisé que le président ne dispose pas d'un «sens de l'Etat». Sarkozy n'incarne pas les institutions de l'Etat français avec rigueur et sérieux.

Le Sarkozysme peut être considéré comme un avatar du berlusconisme. 

"Sarkoberlusconisme" = tentatives d'utilisation de l'Etat comme une entreprise. Sous Sarkozy, la justice, la culture ou l'éducation sont devenus des biens économiques qui doivent être soumis à la rationalité et l'évaluation des règles du marché. À cet égard, le Sarkozysme est un américanisme ; le plus proche que la France ait obtenu à ce jour pour copier le style néo-conservatiste.

Comme Berlusconi, Sarkozy occupe en permanence les médias pour y faire des déclarations politiques quotidiennes qui ne sont jamais correctement développées ou précisées. Pour certains, cela est un signe de dé-démocratisation de la politique : les citoyens sont incapables de s'engager à l’écoute de ces discours incohérents et plutôt émotionnels.

Après le massacre de Toulouse, Nicolas Sarkozy a annoncé une minute de silence dans les écoles Françaises. Visitant une école secondaire de premier cycle à Paris, il a dit aux élèves que les enfants qui avaient été tués "étaient exactement comme vous" et l'attaque "aurait pu arriver ici". La nation était sous le choc. On peut considérer qu'il était légèrement irresponsable de déstabiliser émotionnellement les enfants au lieu de les rassurer. 

Il n'y a pas une once de gaullisme dans Nicolas Sarkozy. Qui est-il alors? Le Wall Street Journal appelait "Nicolas Le Pen", expliquant qu'il avait été pêcher les électeurs d'extrême droite. C'est là que réside le destin politique de Sarkozy : cette stratégie électorale pourrait lui permettre d’arriver à réaliser un score au premier tour de scrutin, mais son discours d’extrême droite et sa politique ultra libérale devrait lui faire perdre le second tour.

Le Kiosque aux Canards

Présidentielles 2012

Presse étrangère

The Gardian

Nicolas Sarkozy

lekiosqueauxcanards

Le KAC © 2017 -  Hébergé par Overblog