Sommet européen : de plus en plus de pays soutiennent les propositions de la France

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Le sommet européen informel qui a lieu, ce mercredi soir à Bruxelles, verra les Européens discuter de la création d’Eurobonds, pour la première fois depuis le début de la crise. La question avait été effleurée précédemment. Aujourd’hui, les 27 rentrent dans le vif du sujet. Sans espoir d’aboutir tout de suite. L’objectif est plutôt de pouvoir sceller – dans l’hypothèse optimiste - un accord d’ici la fin juin, au prochain sommet européen.


Pour mémoire, mettre en place des Eurobonds (*) consiste à mettre en commun des dettes des différents États membres en permettant la levée sur les marchés financiers d’emprunts, garantis en commun. Une petite révolution ! Et les États membres sont encore forts divisés.


POUR les Eurobonds


Plusieurs pays soutiennent ce projet, la France, l’Italie, le Luxembourg… Le petit cercle d’aficionados grandit…


Luxembourg. Jean-Claude Juncker a été un des premiers à prôner la solution des Euro-obligations. En novembre 2010, le Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, appelait à créer une garantie européenne sur une partie des dettes à risques des pays de la zone euro. « Plutôt que de faire fuir les banquiers en leur promettant qu’ils paieront les pots cassés, nous ferions mieux de chercher une solution européenne qui rassure les investisseurs comme les contribuables », disait-il alors dans une interview publiée simultanément dans Le Figaro, et Süddeutsche Zeitung.

Italie. Mario Monti, le président du conseil italien, est un supporter de la première heure des eurobonds. Un sentiment assez partagé en Italie car l’ancien ministre des Finances de Berlusconi, Giulio Tremonti a le même avis. Mais attention, avertit Mario Monti, « il professore », ancien commissaire européen à la Concurrence et au Marché intérieur. « Les eurobonds ne doivent pas être un instrument pour contourner la discipline budgétaire ».

Royaume-Uni. Cela peut paraître paradoxal. Mais les Britanniques qui ne sont pas dans la zone Euro soutiennent la création d’Eurobonds. Le Premier ministre David Cameron (conservateur) a ainsi profité de sa première rencontre avec le président Hollande à Washington pour lui exprimer son soutien. Mais sur ce point uniquement. Londres reste toujours aussi rétif à l’idée de mettre en place une taxe sur la transaction financière (ou Taxe Tobbin). « On ne fera pas venir la croissance en Europe ou en Grande-Bretagne en introduisant de nouvelles taxes »a-t-il justifié.

Autriche. « Je soutiens totalement François Hollande quand il veut soulever (cette) question lors de la réunion de l’UE », a déclaré récemment le chancelier autrichien Werner Fayman (social-démocrate), qui souhaite également la mise en place d’un « véritable pacte de croissance ». Son gouvernement, de coalition, n’est cependant pas unanime sur la question. Ainsi sa ministre des Finances, Maria Fekter, qui appartient au parti conservateur, souligne combien : « les arguments de Hollande sont des absurdités. […] La croissance financée par la dette, c’est une recette du passé (d’avant-hier) ».


Irlande. « C’est bien que cette proposition soit aujourd’hui sur la table » du Conseil européen a estimé Michael Noonan, le ministre irlandais des Finances, rappelant que l’Irlande avait proposé la mise en place « d’eurobonds depuis longtemps ». Son Premier ministre, Eamon Gilmore reste prudent cependant quant à savoir « si des progrès pourraient être réalisés. Les pourparlers sont en "un stade précoce ». Pour l’Irlande, en fait, la priorité est de pouvoir retourner sur les marchés obligataires internationaux à la fin de l’actuel programme de restructuration mené sous l’égide de l’Union européenne et du FMI.


Slovaquie. Le Premier ministre slovaque Robert Fico veut lui aussi se ranger aux côtés de la France en faveur des eurobonds. Membre du SMER, le parti social-démocrate slovaque,


CONTRE


Les pays qui bénéficient d’une bonne notation par les agences avec un triple AAA comme l’Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas sont opposés à la création des Eurobonds.

Allemagne. « Tant qu’un pays mène sa propre politique budgétaire, il est exclu de mettre en commun la garantie pour les obligations »,estime ainsi le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Mais au sein de la coalition gouvernementale, le sujet fait débat. Il « ne faut pas s’opposer par principe aux euro-obligations », souligne Günther Oettinger, l’ancien dirigeant du Land, devenu aujourd’hui commissaire européen à l’Energie. La mise en place d’un tel instrument « est une question d’agenda » explique-t-il.

Pays-Bas. Le Premier ministre Mark Rutte (Libéral) soutient la position allemande. « Il existe des différences en Europe beaucoup trop grandes entre les pays ayant des taux d’intérêt très bas et les taux d’intérêt élevés », souligne-t-il. Mais le gouvernement est démissionnaire. Et cette position pourrait être revue après les élections qui se déroulent en septembre ?

Finlande. « Chaque pays est responsable de sa propre dette aujourd’hui et demain », souligne le ministre finlandais des Finances Jutta Urpilainen


Banque centrale européenne. Pour Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, il « n’est pas possible de transformer la zone euro en une union de transfert dans laquelle un ou deux pays payent tandis que les autres dépensent l’argent et que le tout est financé par des euro-obligations »


MITIGÉ

Espagne. Le pays est a priori pour le développement des Eurobonds. Mais le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a montré récemment son scepticisme. « À ce stade, les priorités de (mon) gouvernement sont "la discipline budgétaire, les réformes structurelles et la stabilité financière" - et non euro-obligations » a-t-il déclaré lundi. Une mesure destinée essentiellement à rassurer les marchés et à coller à la position allemande. Rajoy préférerait plutôt que la Banque centrale européenne prenne à nouveau des mesures d’achat des obligations des pays les plus faibles. Une telle action qui « permettrait de réduire le taux de ces pays », explique-t-il.

Portugal. Pedro Passos Coelho, le Premier ministre portugais se montre également mitigé pour les mêmes raisons que son collègue espagnol. C’est une « idée intéressante ». Mais l’urgence est ailleurs. « Je ne pense pas que ce soit la solution au problème d’aujourd’hui. Le niveau de changement exigé est si complexe, que si nous devons attendre ces investissements, l’Europe aura coulé avant », souligne-t-il.


Pologne. Le pays qui n’est pas encore membre de la zone Euro mais aspire à l’être dans quelques années a plutôt bien tiré son épingle du jeu. Il ne veut pas être aspiré dans une spirale de récession. Mais le Premier ministre Donald Tusk a donné des signes d’évolution de cette position. Une réunion bilatérale avec François Hollande pourrait sceller une évolution de la position polonaise… si les Français évoluent sur le budget européen. Donnant, donnant !


(*) Il faut bien distinguer les Eurobonds des « Project-bonds », qui sont plutôt des emprunts lancés en commun pour financer des grands travaux. Un accord est intervenu, lundi, sur ce dossier entre les représentants des États membres, la Commission européenne et le Parlement européen. Il permettra de débloquer une première tranche de 230 millions d’euros sur le budget communautaire. Ces 230 millions vont permettre à la Banque européenne d’investissement de lever des fonds sur les marchés internationaux. Environ 4 à 5 milliards d’euros seraient ainsi disponibles pour financer des projets nationaux ou européens dans des domaines clés (transports, énergie, technologies de l’information…).

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