Quand l’UMP invente des propositions PS

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C’est un peu la version écrite de la convention UMP sur le chiffrage du programme socialiste... avec à peu près le même niveau de rigueur. Depuis ce lundi, le parti majoritaire diffuse massivement (3 millions d’exemplaires) un tract de quatre pages, «Rejoignez le parti des droits et des devoirs». Où il est question, en six chapitres, des “actions” de l’UMP comparées aux promesses du PS. Avec une tendance, comme lors de la convention du parti le 18 octobre, à enjoliver le bilan Sarkozy et à inventer des morceaux de programme socialiste. Décryptage de plusieurs paragraphes enrichis en à-peu-près.

Sécurité, l’UMP invente des propositions PS

«Le PS veut dépénaliser le cannabis.»
«Le PS veut supprimer 20 000 places de prison.»

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Le 18 octobre, lors de la convention UMP dédiée au projet socialiste, Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP à l’emploi des forces de l’ordre de sécurité, avait mis en garde contre le projet du PS de «légaliser les stupéfiants». Un mois plus tard, il n’est plus question que de «dépénaliser le cannabis». C’est moins excessif, mais cela reste faux.

La primaire socialiste avait permis de mesurer la diversité des opinions sur le sujet. Parmi les six postulants, deux (Montebourg et Valls) étaient contre tout assouplissement. Un (Jean-Michel Baylet, non socialiste) voulait légaliser le cannabis. Martine Aubry, elle, voulait dépénaliser l’usage pour les petits consommateurs. Sans être suivie par François Hollande qui déclarait à l'occasion d'un des toris débats télévisés :  «Notre législation est-elle adaptée ? Non. Faudra-t-il en changer ? Oui. Faudra-t-il maintenir l’interdit ? Je l’affirme. Est-ce qu’il faudra envoyer en prison ceux qui fument du cannabis? Personne ne peut l’imaginer. Il faut les soigner, les accompagner, les punir. L’interdit, cela existe. Il ne faut pas laisser s’installer l’idée que tout est permis.»

Concernant le projet du PS de supprimer 20000 places de prison, c’est désormais un grand classique de la rhétorique de l’UMP. Jean-François Copé (en mars), Eric Ciotti (député UMP des Alpes-Maritimes) quelques mois plus tard, et Claude Guéant il y a quinze jours ont déjà, tour à tour, mis en garde contre la volonté du PS de réduire drastiquement le nombre de places de prison. Lors de la convention du 18 octobre, l’argument avait aussi été utilisé. On le retrouve donc sans surprise dans le tract de l’UMP. Pour autant, c’est faux.

Le projet du PS ne mentionne rien de tel. Dans sa plateforme, le PS  préconise le développement de «sanctions diversifiées» pour que l’emprisonnement «soit la peine ultime et non la règle». Le chiffre de 20000 places vient de l’ex-garde des Sceaux Marylise Lebranchu, proche de Martine Aubry qui avait déclaré lors d’un colloque en mars qu’il faudrait fixer à 43000 le nombre maximum de places de prison. Une proposition qui, soit dit en passant, ne reviendrait pas à diminuer le nombre de places de de 20 000 mais de 13 000. Mais surtout une proposition qui n’a été reprise nulle part dans le projet, et par aucun des candidats.

Allocations familiales, l’UMP contre le plan Fillon ?

« Nous protégeons la famille en indexant les allocations familiales sur l'inflation, [...] en supprimant les droits de succession pour 95% des Français.»
« Le PS veut rétablir les droits de succession.»
« Le PS veut mettre les allocations familiales sous condition de ressources.»

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Sur les allocations familiales, l’UMP réalise un très joli enchaînement entre un mensonge sur son propre bilan et un bobard sur le programme socialiste. Dans la première partie, il assure indexer les allocations sur l'inflation, ce qui était le cas... jusqu’à la semaine dernière. Les prestations familiales étaient jusqu’ici réévaluées au 1er janvier sur la base d'une estimation de l'inflation à venir et du rattrapage de l'inflation passée.

Une seule fois la base mensuelle des allocations familiales a été gelée : c’était en 1996, en application du plan Juppé. Pas du fait des socialistes donc. Mais là où cette affirmation de l'UMP est particulièrement remarquable, c'est que le gouvernement vient justement d’annoncer...

la désindexation des allocations familiales de l’inflation. Dans le « plan de retour à l'équilibre des finances publiques » annoncé le 7 novembre par le Premier ministre, il est en effet prévu que « les prestations sociales (prestations familiales et aides au logement) seront revalorisées de 1% de manière forfaitaire, c’est-à-dire le niveau de la croissance prévue. » Pour une économie attendue de 0,5 milliard d’euros. Adieu le lien à l’inflation, c’est désormais la croissance qui sert de référence. Et cette revalorisation étant forfaitaire, elle touchera tous les bénéficiaires, quels que soient leurs revenus.

L'UMP assure ensuite que le PS veut mettre les allocations familiales sous conditions de ressources. Soyons honnêtes : cette vieille idée traîne à droite comme à gauche depuis longtemps. Alain Juppé, Premier ministre l'avait tenté en 1995 avant de reculer.  Le gouvernement Jospin a lui brièvement mise en place une condition de ressources, de mars à décembre 1998, avant de l’abandonner. Plus près de nous, la mesure figurait dans le rapport Attali sur la « Libération de la croissance », commandé par Nicolas Sarkozy et rendu début 2008.

En septembre, c’est la fiscalisation des allocations familiales qui était évoquée par... Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture et chargé de réfléchir au projet présidentiel.  L’UMP avait plutôt mal accueilli la proposition. Quant au PS,  son programme ne dit rien d’une réforme des prestations familiales. Le seul à avoir défendu clairement une mise sous condition de ressources  était le radical Jean-Michel Baylet.

Sur les droits de succession, la présentation de l’UMP, qui se targue d’avoir protégé les familles en exonérant de droits de succession 95% des Français, est  également trompeuse. S’il y a consensus sur le fait que 95% des successions sont aujourd’hui libres de droits, plus de trois quarts des successions l’étaient déjà avant l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. De fait, avant la réforme de 2007 (qui a exonéré de droits de succession les conjoints de défunt et porté à 150 000 euros l’abattement pour les enfants), le cadre en vigueur mettait déjà à l’abri du fisc les transmissions de patrimoines petits et moyens. Les mesures prises dans le cadre de la loi TEPA ont donc profité aux familles.. les plus fortunées.

De manière symétrique, l’UMP frise le mensonge en suggérant que le PS entend rétablir la totalité des droits de succession, quand le PS entend seulement revenir sur ce que Nicolas Sarkozy a mis en place. Ainsi, la commission des Finances du Sénat vient d’adopter un amendement revenant sur les majorations des abattements de droits de successions et de donations adoptées en 2007, à l'exception de celles en faveur des conjoints. Selon les calculs de la commission, cela reviendrait à revenir à une exonération de 75% des successions, contre 95% aujourd’hui.

Ecologie, l’UMP tacle une mesure... prônée par Sarkozy

«Le PS est pour une sortie du nucléaire qui [...] coûterait 750 milliards à terme.»
«Le PS est pour une TVA éco-modulable qui pèsera sur le pouvoir d'achat des ménages.»

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«Le PS veut une écologie punitive et décroissante», écrit l’UMP qui prend deux exemples : la sortie du nucléaire qui coûterait «près de 750 milliards à terme» et «une TVA éco-modulable».


Sur la sortie du nucléaire, rappelons d’abord que François Hollande, qui a remporté la primaire socialiste, n’est pas pour une sortie mais une réduction de la part du nucléaire (de 75 à 50%). Et que ce chiffre de 750 milliards, publié par le Figaro sur la base d'une règle de trois à partir du cas allemand, est très contesté.

L’Union française de l'électricité, qui réunit les industriels du secteur et donc pas peuplée d'antinucléaire, estime elle le scénario Hollande à 60 milliards d’euros supplémentaires (par rapport à un maintien de la filière actuelle... évalué à 322 milliards). Bref, dans l’attente de l’audit commandé à la Cour des comptes, qui devrait être rendu début 2012, tout chiffrage précis est  pratiquement impossible, tout comme  l’impact sur l’emploi.


Quant à la TVA éco-modulable, elle figure bien dans le programme du Parti socialiste... mais pas seulement. Car c’est bien Nicolas Sarkozy qui déclarait lors de son discours du Grenelle de l’environnement (octobre 2007) : «Lorsqu'un produit propre existe, il doit être moins cher qu'un produit polluant. Je demande, José Manuel [Barroso], la création d'une TVA à taux réduit sur tous les produits écologiques qui respectent le climat et la biodiversité. Je me battrai pour cela.»

Le président de la République prit même une initiative en ce sens, avec le Premier ministre anglaise d’alors Gordon Brown, dans un courrier écrit à la commission en mars 2008 et projetait de mettre en place cette mesure lors de la présidence française de l’Union. Une piste finalement abandonnée, la France préférant finalement négocier la baisse de la TVA dans la restauration.


Licenciements, banques, prix... ce que le PS ne propose pas

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«Le PS est pour le retour à l'autorisation administrative de licenciement, le blocage des prix et la nationalisation des banques.»

Ne manque que la collectivisation des terres à cette réécriture du programme socialiste. Rappelons juste ce que l’on trouve dans le programme PS. Sur les licenciements, il ne s’agit que de lutter contre les «licenciements boursiers» : «Le coût des licenciements sera plus cher pour les entreprises qui versent des dividendes ou qui rachètent leurs propres actions.» Sur le blocage des prix, mesure défendue par Ségolène Royal (à propos de 50 produits de première nécessité), ni le programme du PS, ni le candidat Hollande n’en ont parlé.


Quant aux banques, le PS et les candidats à la primaire ont défendu l’idée d’une séparation des activités des banques de dépôt et des banques d’affaire. Seuls Arnaud Montebourg et Ségolène Royal souhaitaient de leur côté, que l’Etat mette sous tutelle les établissements financiers en entrant dans leur capital pour ensuite encadrer leurs pratiques. Ce qui n’est pas synonyme de nationalisation.

De la grandeur de la France, du 14 juillet, et de la Libye

«Le PS avec ses alliés verts évoque le possibilité de supprimer les défilés du 14 juillet.»

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Mi-juillet,  Eva Joly, candidate d'Europe-Ecologie-Les Verts déclare ceci  : «J’ai rêvé que nous puissions remplacer ce défilé (militaire) par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d’être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent».

Une suggestion qui suscite immédiatement un pataquès et un grand nombre de critiques, y compris dans les rangs de la gauche, et du PS. Ségolène Royal estime que c’est là «une très mauvaise idée», Laurent Fabius se dit «attaché au défilé militaire», Manuel Valls juge que la proposition est «à côté de la plaque» mais aussi « une expression de mauvais goût». François Hollande réagit en affirmant : «Je ne partage pas le point de vue d'Eva Joly sur le défilé du 14 juillet, mais elle a parfaitement le droit de défendre cette position sans qu'il soit besoin de mettre en cause sa culture des valeurs de la France.»  Si l’on peut donc dire qu’un allié potentiel du PS a évoqué cette idée, il est tout à fait mensonger d’affirmer comme le tract de l'UMP que le PS l’a évoquée avec ses alliés. 

En conclusion, on rappellera à l’UMP que dans Libye, le i est avant le y. Contrairement à la Syrie.

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