Mali : Jean-Luc Malichon

Je suis curieux. Ce matin, je suis allé voir ce qu'avait dit Jean-Luc Mélenchon sur son blog depuis son premier communiqué, juste après l'intervention au Mali. Et je suis tombé sur ce sommet du rétropédalage en deuxième partie de ce billet (lire à partir de « Si le Mali m'était conté »). Il en vient à pondre une bafouille de deux ou trois pages pour justifier chacun des mots employés tout en reconnaissant à demi-mots que l'intervention était nécessaire et qu'il n'y avait pas besoin de consulter le parlement. Il n'a pas fait un billet pour présenter ses excuses, il a mis en deuxième partie d'un billet quelque chose qui ressemble à un billet en espérant probablement qu'aucune andouille comme moi ne le verrait.

Rien que l'introduction vaut son pesant de bretzels ! « Hollande avait à peine fini de parler quand j’ai écrit mon communiqué à propos de l’intervention au Mali. On devine que j’ai pesé mes mots. On comprend aussi après ce que je viens de raconter ce que sont devenues toutes les nuances de ce que j’ai écrit : une transcription en noir et blanc. » Traduction ? De la première phrase : j'ai tiré au plus vite pour être repris par la presse.

« Qui n’est pas pour sans condition, sans réserve, sans question, sans mémoire et sans prédiction défavorable est donc contre. » Donc il n'est pas contre ? C'est qu'il est pour. Il a donc bien fait son premier communiqué dans la précipitation mais au vu des éléments qui ont été diffusés depuis il est devenu pour.

« C’est-à-dire pour laisser faire. Donc pour la prise de Bamako par les terroristes, pour la charia, les supplices publics et l’asservissement des femmes. A moins qu’étant opposé à tout cela, mais sans me mettre au garde à vous, je sois seulement un inconscient des réalités de notre temps « dans-le-monde-qui-change-et-où-il-faut-défendre-les-frontières-de-la-démocratie-et-des-droits-de-l’homme-et-surtout-ceux-des-femmes » devant chaque pick-up rempli de barbus. » Il va nous faire le coup de la victime, maintenant ! Du type : vous vous rendez compte, ma brave dame, ils m'accusent d'être pour tout ça... ?

Après cette introduction joyeuse, il dissèque et justifie son communiqué.

« La légalité internationale de l’intervention d’abord n’est pas aussi assurée que le gouvernement veut bien le dire. » Il a parfaitement raison. C'est grandiose. Si je vois une petite dame agressée dans la rue et que je frappe l'agresseur, mon action est illégale.

J'adore le « n'est pas aussi assurée »...

« Pour finir, mon communiqué condamnait une décision prise par le seul Chef de l’Etat sans consultation préalable du Parlement et sans réunion du Gouvernement. » Dans la fin du paragraphe, il explique que le Parlement devrait être informé (pas consulté) au minimum 3 jours après. Et le Secrétaire d'Etat à la Taxe sur la Bière n'a pas nécessairement les compétences de M. Ayrault, Fabius et Le Drian, aidés de leurs états-majors respectifs, plus celui de l'armée qui travaille sur ce sujet depuis des années...

Je vais donc tenter de résumer son billet ainsi : « Vous comprendrez que j'ai fait un communiqué avec mes premières impressions parce qu'il fallait le faire et que j'ai bien réfléchi. » suivi de « Je ne suis évidement pas pour la prise de Bamako par les terroristes et l'intervention en urgence était indispensable et il était impossible de consulter le parlement avant. Par contre, il faudra faire attention à ne pas s'enliser là-bas et à ne pas refaire les conneries qu'on a faites ailleurs. ».

On est d'accord !

Mais pourquoi Jean-Luc Mélenchon passe-t-il tant de temps à justifier ses propos tout en tapant sur François Hollande plutôt que de nous parler du fond : il fallait intervenir en urgence ?

Suis-je bête ! Il en parlait avant. Longuement même, à base de souvenirs personnels, la nostalgie, Mitterrand et tout ça.

« Stopper une colonne de pick up est une chose. Reconquérir le nord du pays une tout autre affaire. » Il s'agissait bien de stopper une colonne de pick up (remplis de terroristes armés jusqu'aux dents qui voulaient conquérir le pays). « Le reconquérir contre qui ? Les islamistes ou les Touaregs ? Et pour rendre le terrain repris à qui ? Les putschistes au pouvoir ? Des élus ? Donc nous allons organiser les élections ? La définition des buts de guerre est un commencement indispensable » Les réponses sont dans la résolution 2085 de l'ONU.

Pourquoi ne pas le dire aux lecteurs ? Pour ne pas dire que le Front de Gauche n'est pas le seul à penser ? Pourquoi ne pas dire que c'est une armée Africaine qui ira faire le ménage ? Pourquoi ne pas dire que la reconquête n'est pas contre les Touaregs ? Pourquoi ne pas dire que le résolution 2085 prévoit le rétablissement de la démocratie, la négociation avec tout le monde ?

La Lettre de Jaurès

PS : Le Kiosque aux Canards se permet de rajouter à ce billet une brève réflexion.

Les dernières interrogations du rédacteur de ce texte font penser aux mêmes interrogations dans l’affaire de la militante Aurore Martin, pour laquelle Jean-Luc Mélenchon se demandait “Mais d’où vient qu’un mandat d’arrêt européen permette la déportation d’une citoyenne française qui n’est sous le coup d’aucun acte illégal dans son pays ni d’aucune activité que son pays condamne ?” alors qu’il lui suffisait de se souvenir que ministre du gouvernement Jospin il avait validé les débats du Conseil de Tampere, précurseur de la mise en place de la légalité de cet arrêt européen...

 

Mali : Jean-Luc Malichon
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