Le programme économique du FN ou comment raconter des conneries en te regardant dans les yeux.

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Le Canard a passé un peu de temps sur le programme économique du FN. On entend, ici et là, que le Fn aurait changé, qu’il serait désormais fréquentable et que son programme économique tiendrait la route. Ce n’est pas l’analyse du Canard qui considère - au delà de la stupidité du programme économique et surtout des mensonges que l’on y trouve et qu’il va se faire un plaisir de développer - que le FN est autrement plus dangereux aujourd’hui qu’à l’époque du papa de La Marine.

Il est plus dangereux car, non seulement il camoufle des théories néo fascistes derrière un discours doucereux, mélange improbable de libéralisme et de léninisme, mais il permet à une majorité de béotiens d’assimiler des thèses basées sur un pseudo bon sens compréhensible par tous les gnous. Et ça, c’est de l’importation Italienne. Le MSI - ancêtre de La Ligue du Nord - a modifié son approche politique de la même manière ; en mentant  éhontément sur ses buts, son idéologie et sur ses approches. Le Canard se souvient d’un cadre de La Ligue du Nord, élu national Italien au parlement, qui conseillait de “mentir” pour être élu, d’avancer “masqué” - ce sont ses termes verbatim - et seulement, ensuite, de mettre en place son idéologie, une fois élu.

Le Fn d’hier ne voulait pas le pouvoir, mais se pensait un rassemblement de la droite extrême, du catho ultra tradi jusqu’aux nationalistes révolutionnaires bouffeurs de curés, en passant par le courant monarchiste de Jean-François Chiappe et agissait afin d'insuffler à la société un minimum de thèses issues de ses courants et dont les textes de références passeraient largement au dessus des neurones du militant FN de base d’aujourd’hui. A présent que le Fn se souhaite parti de pouvoir - ou du moins de pouvoir partagé, puisqu’une alliance avec certains UMPistes est d’actualité dans les état-majors.

Alors, à électeur mononeurone ; programme économique monocellulaire. On y trouve des perles phénoménales ; ce programme « en construction » comporte beaucoup de questions renvoyées à plus tard, ce qui ne l’empêche de montrer par ses erreurs le caractère superficiel de son approche.


Ainsi, « vouloir éviter de démanteler le salaire minimum comme notre voisin allemand l’a fait ». (p.7) : l’Allemagne n’a jamais « démantelé » (tiens, tiens, une formule sémantique empruntée à la CGT…) le salaire minimum, puisqu’elle n’a jamais institué de salaire minimum généralisé (il existe des salaires minimum dans certaines branches, telle la métallurgie).


Quant au salaire minimum généralisé, il n’y a que Die Linke (parti d’extrême-gauche issu notamment de l’ancien parti communiste de la RDA) dans l’Allemagne d’aujourd’hui pour le réclamer (le SPD étant divisé sur la question) ; ce n’est pas le seul constat de « socialisme » dans le programme du FN crû 2011…


Autre sorte de mensonge ; s’attaquer aux marges indécentes des grandes surfaces : les résultats publiés des grandes surfaces (cotées en Bourse) ne font pas ressortir de profits si extraordinaires, cela se saurait… Et si les marges brutes sur certains produits sont importantes, celles sur d’autres sont nulles. Et entre la marge brute et la marge nette, il faut payer les salariés, les bâtiments, les charges et les impôts…


Sur l’euro, en page 7, l’euro fort est critiqué parce qu’il nuit à nos exportations - dans le programme de papa Le Pen, alors que l’euro était moins fort par rapport au dollar, c’était sa faiblesse qui était critiquée… -, tout en affirmant qu’il favorise celles de l’Allemagne ! Allez comprendre.


Plus nostalgique - et incantatoire -, tu meurs ! Tout y est, du planisme d’X-Crise - finissant à Vichy - à la référence à Colbert en passant par l’appui pris sur les « ingénieurs », clin d’œil à feu-Staline… Mais ce n’est pas tout… Il faut C4 / Un Etat fort garant des services publics (p. 17) - mais oui…- La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) consiste depuis 2007 à une réduction massive des capacités de l’Etat, dans tous les domaines …Pour un coût social très élevé… Cette voie est absurde. Il faut en sortir, en cessant le non-remplacement systématique des fonctionnaires d’Etat. (p.34)


D’ailleurs Les gouvernements UMP et PS ont largement privatisé les services publics. (Ibid.) Les vilains…


L’Etat stratège aura vocation à redevenir actionnaire majoritaire ou exclusif des grandes entreprises stratégiques de service public, dans les domaines des transports et de l’énergie notamment. (Ibid.) Le secteur bancaire sera régulé autour d’un pôle public bancaire sous contrôle de l’Etat. Ce qui, il est vrai, ne changera pas grand chose, mais, la… GOSBANK, il fallait oser…


Toutes les recettes éculées de l’étatisme sont au rendez-vous :


Ateliers nationaux : rebâtir une industrie efficace et compétitive, sous l’impulsion de l’Etat stratège (p. 14)


Tarifs extérieurs : reconstitution de filières technologiques sous l’égide de l’Etat stratège et sous la protection des tarifs extérieurs rétablis. (p. 15),


Contrôle des prix : une politique de contrôle transitoire des prix pouvant être nécessaire pour limiter les effets à court terme des mesures tarifaires sur les produits ne pouvant pas être produits localement (p. 15)


Le « projet » ne s’appesantit pas – et pour cause – sur les sources de financement de ce retour arrière.


Mais attendez-vous à des lendemains fiscaux qui déchantent. En voici un aperçu.


Impôt progressif… fruit de la fusion entre la taxe foncière et l’ISF, sur des bases rénovées assurant la justice fiscale (p. 26)


Ainsi nous avons pour objectif d’instaurer la progressivité de l’impôt partout (p. 24) - l’impôt lourd progressif du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx - 1848 - quel modernisme échevelé ! - La justice fiscale suppose aussi de rééquilibrer la taxation du capital et du travail : les revenus du travail doivent être moins taxés, mais le capital et les revenus du capital davantage. (Ibid.)


 Et pour la dette, la solution est trouvée : En ce sens, l’épargne massive des Français - 17% du revenu disponible - est, dans la crise actuelle, un des atouts majeurs de notre pays. Elle peut nous permettre de rebondir, à condition de la sécuriser et de l’utiliser à bon escient en fonction des besoins du pays. L’objectif est de canaliser une partie de cette épargne vers le financement de notre dette, dans l’intérêt des épargnants et de la Nation. (p. 37).


Sécuriser l’épargne des Français, mais qui la menace ? L’utiliser à bon escient, parce que les épargnants ne savent pas ? La canaliser par quel moyen ? Que de termes galants pour annoncer une simple razzia !



D’ailleurs l’arme de l’impôt - c’est le terme employé ! - est omniprésente : le Front National propose d’utiliser l’arme de l’impôt sur les sociétés. Son taux doit être modulé en fonction de l’utilisation qui est faite des bénéfices. Plus les bénéfices vont vers les actionnaires, plus l’impôt sur les sociétés est lourd. Plus ils vont vers la participation, les salaires, l’emploi et l’investissement productif, permettant une relocalisation des activités, plus l’impôt sur les sociétés baisse. Il y a là une fonction incitative de l’impôt que nous devons utiliser. - pp. 22-23, aussi p. 25, c’est un thème récurrent…- Et comment empêchera-t-on ces actionnaires de chercher ailleurs un meilleur placement de leur argent ? Mais en fermant les frontières, voyons ! Et, comment on fait pour les fermer à de l'argent virtuel ? Ben on sait pas...



Le contrôle des changes et des mouvements financiers est implicitement prévu : contribution exceptionnelle prélevée sur les avoirs extérieurs en euros et en autres devises des institutions financières françaises (p. 10) Où commence et où finit une institution financière ? Au nom de quoi les avoirs des seules institutions financières et non ceux des entreprises ou des ménages à l’étranger, qui, libellés en euros, bénéficieraient également de la dévaluation, ne seraient-ils pas taxés ?


Et tout cela nécessitera, naturellement, un appesantissement de la répression.



Exemple : Il faudra en particulier … condamner très fermement les employeurs ayant recours au travail au noir. (p.35) Il ne s’agit pas du "travail clandestin" des immigrés, critiqué dans le programme de papa Le Pen, mais bien du "travail au noir" des gaulois qui prive la vertueuse URSSAF de 10 à 15 milliards d’euros par an - étude d’une commission parlementaire présidée par l’UMP, évoquée, sans la citer, dans le projet -.



Tous les ingrédients d’un projet économique néofasciste sont présents. Y compris les incantations socialisantes et les invectives polémiques.


Comme souvent dans les écrits du Fn, les incantations sans preuve, sans source, sans chiffrage, se substituent aux démonstrations :sur la « dévaluation compétitive » (p. 10) : Il est même probable que les acteurs économiques récompenseront la France d’avoir le courage de se redonner les moyens de sa prospérité.


Sur les - nombreuses - dépenses prévues sans aucune indication sur les moyens de les financer : la vraie réponse, structurelle, se situe au niveau de la ré-industrialisation de notre pays, et de la croissance retrouvée. (p. 30).


On croirait lire Lénine dans ses explications piteuses sur la motivation dans l’économie « socialiste ».


Entre propositions démagogiques et stigmatisation des autres, le « projet économique » adopte tous les caractères du genre. Illustration :


le Front National rétablira l’échelle mobile des salaires, c’est-à-dire l’indexation automatique des salaires sur la hausse des prix, qui existe dans un certain nombre de pays (la Belgique par exemple) (p. 20), Ce qui est faux.

Les 35 heures seront conservées (p. 29), même le Parti socialiste n’en est plus sûr…


La sémantique est martiale : Etat stratège, arme de l’impôt… Les mots ne sont pas neutres.



Les superprofits des grands groupes du CAC 40 (p. 22) sont une injustice sociale effroyable (Ibid.), reprise en main du secteur de l’énergie par l’Etat stratège, aux dépens des directives européennes ultralibérales - lutte contre la spéculation internationale sur les produits de base via une négociation internationale et une régulation des contrats à terme. (p. 22) patrons voyous (p. 23) il faut enfin éradiquer les paradis fiscaux qui servent à loger des profits qui échappent à l’impôt (p. 23).



Superprofits, injustice sociale effroyable, ultralibéral, spéculation, régulation, patrons voyous, paradis fiscaux, profits qui échappent à l’impôt…Un florilège.



Le Front National est-il en train de doubler Monsieur Mélanchon par la gauche ?


Que nenni !


On est dans une posture typiquement néofasciste où la vacuité de la réflexion économique appliquant en miroir les théories socialo-communistes, non contradictoires avec une nostalgie corporatiste, conduit naturellement à camoufler cette vacuité derrière des propositions creuses adornées de coups de cymbales polémiques.

Alors, prenons au mot ce programme sur deux points assez compréhensibles pour tous : et d'abord au plan pratique : pour passer du franc à l’euro, il a fallu que 2 300 ouvriers travaillent pendant 10 ans pour produire plus de deux milliards de billets et sept milliards et demi de pièces. Un délai de six mois – comme l'affirme le FN – ne permettrait tout simplement pas de passer, pour les besoins de la vie quotidienne des ménages et des entreprises, d'un système monétaire à un autre.

Au plan économique et financier, le slogan "sortons de l'euro" n'est pas rassurant. Marine Le Pen promet une dévaluation du "nouveau franc" de 20 % pour relancer les exportations. 

La réalité, c'est que le défaut de paiement – autrement dit la faillite – menacerait rapidement la France. D'une part, notre dette – libellée en euros, à maturité courte et détenue à plus de 60 % par des créanciers non-résidents – subirait immédiatement une hausse de 20 % : elle sera déjà à 90 % du PIB à la fin du mandat du NanoPrésident, voilà qu'elle dépasserait les 110 % ! 

Quant aux épargnants, soucieux de la valeur de leur patrimoine, ils placeraient illico leurs euros à l'étranger. Les banques relèveraient leurs taux d'intérêt, renchérissant l'argent pour les particuliers et les entreprises. Dans le même temps, les pays voisins ou plus lointains mettraient en place des mesures de rétorsion sur des produits comme les carburants, le cacao, le café, les bananes, la téléphonie, les écrans plasma. 

Ces produits verraient leurs prix augmenter dans des proportions substantielles pendant que les marchés extérieurs nous deviendraient inaccessibles ou interdits. Et qui serait touché en priorité ? Les classes moyennes et les catégories populaires, ainsi que les PME, les artisans, les agriculteurs.

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