L’UMP perd ses trois “A” et les rats quittent le navire

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Affiche de campagne UMPiste l'arbre sec

En 2007, un compteur des adhésions trônait en haut du site de l'UMP. A l'approche de 2012, on trouve seulement un compteur du coût du projet du PS. C'est qu'entre temps, le nombre d'adhérent est passé de 370.247 (au 31 décembre 2007) à 171.000 (en juin 2011).

Des chiffres que l'UMP ne peut plus justifier, à quatre mois de la présidentielle, avec l'argument du traditionnel effet post-électoral (qui veut qu’un parti perde en moyenne 20% de ses adhérents l’année suivant la présidentielle). En attendant les chiffres officiels que Jean-François Copé annoncera le 4 janvier, lors de ses voeux 2012, Mediapart se penche sur l'effondrement - bien réel celui-là - du nombre de militants au fil du quinquennat.

Jusqu'en janvier 2011, Dominique Paillé était, en tant que porte-parole de l'UMP, chargé d'annoncer ces chiffres à la presse. Aujourd'hui au côté de Jean-Louis Borloo et en froid avec le parti depuis son évincement par Jean-François Copé, il raconte comment l'UMP a «maquillé» cette «hémorragie».

«On est arrivé à la présidentielle de 2007 avec 300.000 adhérents. A ce moment-là, les chiffres étaient vrais, clean, on n'avait pas besoin de les maquiller, on actualisait le compteur au jour le jour,raconte Dominique Paillé. On avait terminé haut, le record a été battu en septembre, après il y a eu un tassement à partir de la fin 2007-début 2008. Puis ça a été la chute». Il évoque notamment un «écroulement total chez les jeunes». «Les Jeunes Pop étaient 55.000 en 2007, aujourd'hui ils sont entre 8.000 et 10.000», affirme-t-il. Des chiffres que l'UMP refuse de commenter avant le 4 janvier.

Au Campus UMP de septembre.

Si le mouvement retire, en 2009, le compteur des adhésions de son site, c'est parce que dès la première année, il perd 90.000 adhérents, chutant à 273.000. Fin décembre 2008, l'UMP ne se vante d'ailleurs pas de sa cuvée de l'année, préférant bloquer son compteur... au 31 décembre 2007. «Un manque de réactivité», justifiait à l'époque à Mediapart Dominique Paillé.

Aujourd'hui ce partisan de Borloo tient un tout autre discours: «On a trouvé tout un tas d'astuces. On a fait des "cartes 55" (adhésions pour cinq ans), on a retiré l'affichage des chiffres sur le site. En octobre, on arrêtait les demandes de renouvellement et on expliquait aux gens que s'ils adhéraient maintenant, cela comptait jusque l'année d'après. Lors des élections internes de 2010, on a incité les candidats à faire des adhésions. Mais malgré cela, ça a été l'hémorragie.»

Un an plus tard (au 31 décembre 2009), le mouvement perd à nouveau 22.000 militants (soit 8,5% de ses troupes) et tombe à 253.645 adhérents. Mais Frédéric Lefebvre, autre porte-parole du parti à l'époque, évoque une explication cocasse: «Dans ces 22.000, il y en a beaucoup qui n'ont pas renouvelé pour des raisons qui tiennent à la vie, il y en a beaucoup qui sont décédés».

Entre temps, Xavier Bertrand, patron de l'UMP de l'époque, a tenté un tour de passe-passe en se félicitant de l'arrivée de «40 000 nouveaux adhérents en 2009». Sans dire que le mouvement en avait perdu 64.000. En 2010, il annonce une «opération vérité» mais poursuit sa «petite cuisine» interne sur les chiffres, comme l'a démontré Le Monde.

L'examen des raisons de cette hémorragie s'avère intéressant. En 2009, élus et ministres UMP invoquent en "off" l'affaire de la présidence de l'Epad briguée par le fils Sarkozy (qui a «fait des ravages») et la polémique Frédéric Mitterrand («depuis cette affaire, il ne s'est pas passé une journée sans qu'un militant m'annonce qu'il ne renouvellera pas son adhésion», confiait un élu au Figaro).

Aujourd'hui, Dominique Paillé confirme que «l'affaire de l'Epad» a été «désastreuse»«une vraie rupture»«Ce sont des adhésions que nous n'avons pas réussi à reprendre». Il évoque également des «causes plus marginales»«les défaites électorales, les affaires, notamment Bettencourt, le mariage avec Carla Bruni» et «des déceptions sur l'ensemble du quinquennat».

Le «mensonge permanent» de Copé

Ces raisons de fond, Mediapart les a racontées dans ses quatre enquêtes sur la base de l'UMP réalisées tout au long du quinquennat : un parti en manque de leadership et de pluralisme, l'exaspération du président bling-bling, l'impatience par rapport au pouvoir d'achat, l'envie de voir les réformes «avancer plus fort, plus vite». Puis l'ouverture, le parti unique fourre-tout, «l'autisme» de l'Elysée, le débat sur l'identité nationale et les parachutages sur les listes pour les élections. Et enfin de réelles «déceptions» par rapport au bilan de Sarkozy, «une machine UMP endormie» et un «projet inexistant».

L'ancien porte-parole de l'UMP assure qu'aux «non renouvellements "traditionnels"» se sont greffés de vrais mécontents, «des renvois de cartes découpées, des insultes». Deux autres explications justifient cet effondrement: «des partis qui avaient la double appartenance sont quitté l'UMP» (comme le parti radical de Jean-Louis Borloo, ou le parti chrétien démocrate de Christine Boutin) et «l'absence d'enjeu»«Dès lors qu'il n'y a pas de débat car le candidat est le président sortant, les gens se disent que ça ne vaut pas le coup de prendre leur carte. Au PS, les primaires ont créé une vraie dynamique», explique-t-il.

Et en 2011? Les derniers chiffres officiels datent du 21 juin et s'élèvent à seulement 171.000 adhérents. Jean-François Copé, l'actuel patron de l'UMP, les qualifiait de «tout à fait encourageant(s)» à seulement «la moitié de l'année». Début décembre, il a assuré que «le rythme des adhésions s'est envolé ces deux derniers mois pour atteindre entre 800 et 1.000 par jour». A l'UMP, on ne communique aucun chiffre avant les voeux de Copé:«On vous donnera tout le 4 janvier» explique l'attaché de presse de l'UMP qui promet «une transparence absolue» et assure que «le compteur continue de tourner, on a plein d'adhésions».

Dominique Paillé, lui dénonce «une arnaque réelle» et un «mensonge pemanent»«Jean-François Copé ne parle pas des non renouvellements. A partir d'octobre, ils ont expliqué à tous les adhérents que s'ils adhéraient maintenant, ils seraient adhérents jusque fin 2012. Et chaque année, ils comptabilisent à nouveau les cartes pour cinq ans» (qu'il estime entre «20.000 et 30.000 cartes»).

A quatre mois de l'élection présidentielle, le mouvement a en tout cas mis les bouchées doubles pour faire remonter le compteur. L'UMP propose une adhésion à 10 euros pour les jeunes et les précaires, des adhésions 2011-2012. «On a un pannel d'offres, oui, c'est du archi-classique», minimise-t-on à l'UMP. Selon Libération, le mouvement a aussi envoyé à son fichier de 400.000 adhérents et anciens adhérents les propositions du projet pour les inciter à s'inscrire et participer au vote de 14 et 26 janvier.

Mi-décembre, un cadre du parti expliquait au Figaro que le chiffre atteindrait «200.000 à la fin de l'année, 220.000 dans le meilleur des cas». Un autre pense qu'ils seront «250.000». Si l'on prend Jean-François Copé au mot avec ses «800 à 1.000 adhésions par jour» depuis octobre (soit une hausse entre 72.000 et 90.000 en trois mois), on arrive, au maximum, à un total de 261.000 à la fin décembre. Des chiffres qui restent loin du record de 370.000 en 2007 ou encore de l'objectif de 500.000 que s'était fixé Xavier Bertrand lorsqu'il était à la tête du mouvement.

Loin aussi du chiffre de pré-campagne de la fin 2006: 338.554 adhérents. «Il y a toujours un pic d'adhésions avant une présidentielle», expliquait, en 2010, Damien Meslot, le secrétaire en charge des fédérations de Xavier Bertrand. Visiblement pas en 2011. Longtemps devant le PS en termes d'adhérents, l'UMP va-t-elle repasser derrière? A Solférino, on refuse aussi de communiquer les chiffres, qui s'élevaient à 160.000 adhérents avant la primaire socialiste.

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