Immersion chez les Indignés français

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Lycéens révoltés, étudiants refusant la société de consommation : qui sont les Indignés français ? Quelles sont leurs revendications ? Pourquoi le mouvement est-il relativement peu suivi dans l’Hexagone ?

Des indignés, des résignés, et des joueurs de djembés… Ils étaient quelque trois cents, vendredi 4 novembre au soir, à occuper le parvis de La Défense, le quartier d’affaires près de Paris. Un endroit symbolique pour contester contre les grands groupes financiers, au milieu des tours EDF, Société générale, ou Areva. Revendiquant l’absence de leaders, les Indignés se sont exprimés à tour de rôle au mégaphone.

« Ce qui est important dans ce mouvement, c’est le partage, le dialogue, et les discussions sur le fond », affirme une jeune femme. En contrebas, la foule applaudit. Le mouvement des Indignés se construit comme un rassemblement populaire, sans parti politique, et sans statut juridique. Autour de 20 heures, les plus engagés ont déjà installé une vingtaine de tentes, pour passer la nuit sous la Grande Arche.

Parmi eux, un groupe de trois jeunes à dreadlocks, dont Manu étudiant en agro-développement de 21 ans. « Je suis indigné, car on fait passer le gain de l’argent avant la protection de la nature, ou l’aspect social ». Sa façon de changer le monde ? « Je mange des choses que la société de consommation rejette, je me déplace à vélo…Et j’ai le projet de vivre dans une iourte ».

« Dictature de la finance »

Plus loin, une demi-douzaine de jeunes dansent sur des bruits de tams-tams et d’accordéon. Certains écrivent sur une banderole de 10 mètres, avec leurs doigts trempés dans la peinture. La famille, la soif de connaissance : ils répondent à la question : « qu’est ce qui fait battre votre cœur ? ». Sac en bandoulière, veste en jean, et nez rouge de clown, Banche, 16 ans, lycéenne, est un peu déçue : « Il n’y a pas beaucoup de jeunes ce soir ».

« Je suis indignée, mais je ne me considère pas intégrée au mouvement des Indignés, nuance t-elle. J’attends de voir ce qu’ils proposent avant de m’engager». La plupart des indignés présents s’accordent pour dénoncer la « dictature de la finance », et l’absence de démocratie. Ils ont rejoint le mouvement de façon spontanée lors de journées d’actions.

Résignés ou indignés ?

Les convictions divergent ensuite selon les sensibilités, ou les personnalités. Cheveux blancs en bataille, l’air habité, Philipp Walace distribue des tracts. Il affirme être candidat à la présidentielle de 2012, apparenté Front de gauche. Un autre, se disant du « parti pour la décroissance », revendique avant tout un développement du sens critique: « que les gens jettent leur télévision dans la rue ! ». Echarpe autour du cou, Clément Ortega, conseiller régional d’Ile-de-France (PCF), observe le mouvement : « Aujourd’hui, il y a une résignation, mais il ne manque pas grand-chose. L’étincelle se joue ici ».

Pourtant, le mouvement des Indignés français remporte une adhésion populaire mitigée, par rapport à ces cousins grecs, espagnols, ou américains. Cela serait du à un lien social moins fragmenté en France, ou encore aux opportunités professionnelles de la jeunesse française diplômée. « Peut être que les gens deviennent résignés peu à peu », estime Michelle, 47 ans, formatrice indignée. « Peut être qu’ils croient encore à ce système. Il y a beaucoup d’illusions en France ».

Peu après 21 heures, les policiers évacuent les tentes. Quelques militants restent sur le parvis en criant des slogans : «Esclaves de l’Etat frappant le peuple ». Ils appellent à manifester les jours suivants. Sur le sol, parmi les phrases écrites à la craie, on peut lire : « Regarde ta Rolex, c’est l’heure de la révolte ».

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