Des postures pathétiques qui coûteront chères à Sarkozy

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Tout est bon à droite pour gagner, même retourner sa veste

A huit jours du second tour, Nicolas Sarkozy fait feu de tout bois pour tenter de coiffer sur le fil François Hollande, grand favori de la présidentielle, en mettant au centre de la campagne des thèmes chers au coeur des électeurs du Front national, arbitres du scrutin.

Le vote du 6 mai se présente mal pour le président-candidat, devancé dimanche dernier (27,2% contre 28,6% à son adversaire socialiste) et donné par tous les instituts de sondages battu par 45 à 46% des voix contre 54 à 55% M. Hollande. Avec une participation équivalente à celle du premier tour (79,5% de votants), cela représenterait une avance de 3,5 millions de voix pour le député de Corrèze. 


Si près du vote, "on n'a jamais vu un tel rapport de force s'inverser", relève Emmanuel Rivière, de l'institut de sondages TNS Sofres. Nicolas Sarkozy table sur le face-à-face télévisé du 2 mai avec François Hollande, mais le passé montre qu'ils n'ont jamais eu d'influence déterminante, rappelle le politologue. 


Hollande juge "déplorable" l'attitude de Sarkozy et de son camp dans l'entre-deux tours

Sarkozy est en train de couler l'UMP


Une victoire de Nicolas Sarkozy constituerait donc un exploit. On n'a jamais vu réélu un président ayant gouverné pendant cinq ou sept ans avec une majorité parlementaire acquise à sa cause. En piste pour un deuxième mandat, François Mitterrand en 1988 et Jacques Chirac en 2002 sortaient d'une cohabitation. Charles de Gaulle ne fut élu qu'une fois au suffrage universel direct, en 1965.

L'équation du président sortant, qui n'a bénéficié du désistement d'aucun candidat, est d'autant plus compliquée qu'il reste très impopulaire (sa cote tourne entre 35 et 40%) et n'a pas de réserves naturelles de voix, le total des voix de la droite parlementaire étant au plus bas, à 29% seulement. A gauche, Jean-Luc Mélenchon (11,10%) et Eva Joly (2,31%) ont appelé à voter Hollande. 


Il n'y a même pas une éclaircie au plan économique puisque viennent d'être annoncés des chiffres du chômage encore mauvais et une forte baisse de la consommation en mars. 

Sur le papier pourtant, la France n'est pas à gauche: la droite, extrême-droite comprise, a totalisé 47% des suffrages le 22 avril, la gauche 43,75%, en dessous du niveau mesuré dans les sondages - une part de l'électorat populaire du FN se dit toutefois plus proche de la gauche que de la droite. 

Une fin de campagne trufée de mensonges et d'approximations UMPistes

La fin de campagne se déroule dans un climat violent, les deux camps s'accusant mutuellement de proférer "des mensonges éhontés" et chacun des candidats demandant à l'autre de "condamner" les propos de tel ou tel de leurs amis respectifs. 

Pour espérer l'emporter, Nicolas Sarkozy n'a d'autre choix que de rallier massivement derrière son nom l'électorat de Marine Le Pen, qui a réalisé au premier tour le score inattendu de 17,9%, mais aussi une bonne partie des électeurs de François Bayrou (9,1% au 1er tour), dont les valeurs sont profondément antagonistes avec celles de l'extrême droite. 

Le Front national heureux de voir ses thèses validées par Sarkozy, comme en 2007

Le candidat UMP a décidé de prendre à bras-le-corps les thèmes historiques du Front national - immigration et sécurité -, dont il a fait les axes de sa campagne de second tour, tout en se défendant de rallier les thèses de Marine Le Pen. "Pourquoi devrais-je me boucher le nez parce que c'est elle qui le dit?", s'insurge-t-il. 

Il reprend aussi des mesures préconisées par le FN comme la "présomption de légitime défense" pour les policiers et "la perpétuité réelle" pour les condamnés. 

Mais Marine Le Pen ne lui en voue aucune reconnaissance. Elle a accusé Nicolas Sarkozy de "faire les poches, pour des raisons électoralistes" de son programme, fustigeant "de la pure récupération"

François Hollande a d'autant plus beau jeu de dénoncer "une vraie fuite en avant, c'est-à-dire une espèce de course derrière les thèses et les mots du Front national", que la ligne politique de Nicolas Sarkozy irrite et inquiète centristes et gaullistes. 

Les centristes inquiets du positionnement de Sarkozy

François Bayrou a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy, l'accusant de "valider le discours du Front national". "Le courant politique que j'anime s'est toujours défini par des valeurs qui sont d'abord humanistes", a rappelé le président du MoDem. 

Dans un texte au vitriol, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin s'est déclaré "effrayé" par la campagne de Nicolas Sarkozy et ses "gages à l'extrémisme", s'élevant contre une campagne "indigne". Toutefois, "inquiet" du projet de M. Hollande, il n'a pas dit quel bulletin il glisserait dans l'urne. 

La tournure de la campagne déplaît aussi à l'aile centriste de l'UMP, qui le dit désormais tout haut. "Si j'exprimais aujourd'hui des réserves, j'affaiblirais mon camp", a déclaré Jean-Pierre Raffarin, figure de cette sensibilité. 

Selon Emmanuel Rivière, "Nicolas Sarkozy est en train de fournir les raisons pour lesquelles les électeurs de François Bayrou iront s'abstenir ou voteront blanc"

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