Dans la série “évitons les fantasmes” ; la réalité de l’immigration légale en France.

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Le thème ne fait pas bander Le Canard plus que ça. Ecrire sur un sujet lié à la misère humaine, au fait que des populations ne puissent vivre paisiblement chez elle, et être obligé de se barrer “ailleurs”.

Mais voilà... Y’a des gens, des français sans doute de souche - que cette expression est débile... - qui pensent qu’un apport extérieur fout le bordel, qui croient que nos banlieues sont des repères de voyous immigrés qui ne cherchent qu’à imposer islam, cannabis, racket, niqab - vous mettez ça dans l’ordre que vous voulez... -. Et, puisqu’il faut toujours se justifier dans ses connaissances sur un sujet ; Le Canard, en ces années de jeunes adultes, donna des cours de français et d’histoire dans trois cités référencées de “non droit”, dans le cadre d’une association qu’il avait monté avec quelques copains. Il y retourne quelques fois, lorsqu’il monte dans la capitale, puisqu’il y a conservé de fortes amitiés.

N'en déplaise aux connards : la France est le pays Européen qui à les règles les plus strictes concernant les autorisations de séjour délivrées pour motif familial

On va déjà commencer par une réalité, un truc acquis, mais qui, à priori, ne semble pas avoir été intégré par beaucoup ; la France est le pays Européen qui à les règles les plus strictes concernant les autorisations de séjour délivrées pour motif familial. Les demandes issues de cette catégorie étant les deuxièmes plus nombreuses. En 2010, 203 017 autorisations de long séjour ont été accordées, contre 185 988 en 2005, selon l'Office français de l'immigration et de l'intégration  - Ofii -. 

Entre 2005 et 2010, les chiffres de l'immigration légale ont été boostés par le nombre croissant d'étudiants étrangers. Ils étaient près de 45 000 en 2005 et plus de 65 000 en 2010, soit une augmentation de 47%. A l'inverse, le nombre de réfugiés a diminué de près de 30% en cinq ans, passant de 12 000 à moins de 8500.  

En cinq ans (2005-2010), l'immigration légale pour motif familial a enregistré une baisse de 10%. Le durcissement des conditions du regroupement familial - 15 000 personnes en 2010 - explique en partie cette diminution.  

L'immigration pour motif économique, qui représente plus de 31 000 titres de séjour en 2010, doit retomber à 20 000 par an, selon le ministre de l'intérieur de l'époque, Claude Guéant. Sa consoeur à l'Economie n'est pas du même avis. "Dans le long terme, on aura besoin de main d'oeuvre, on aura besoin d'effectifs salariés formés", délarait Christine Lagarde quand elle ne dirigeait pas le FMI. "En ce qui concerne l'immigration qui est légale, évidemment, il faut qu'elle soit protégée et sécurisée", ajoutait elle.  

Quelques précisions toutefois ; avant l'apparition des moyens de locomotion mécaniques modernes - train, voiture, avion, etc. - les migrations furent essentiellement régionales, les registres paroissiaux en France démontrent que les origines des immigrés de chaque village ne dépassèrent guère un rayon de quinze kilomètres. 

Le mode de vie sédentaire impose généralement un espace de vie d'un rayon de 7 km : jusqu'au début du XIXe siècle pour une grande partie de la population, ayant pour seul mode de transport la marche, la vie se déroulait entièrement dans cet espace. Les échanges de produits se font alors de proche en proche, 90 % des produits disponibles sont produits dans un rayon de 7 km. 

Cette proximité est également à la base des premiers découpages politiques en France. À la fin du XVIIIe siècle, le découpage du territoire français en communes se fait sur la base de la distance parcourue à pied en une journée. À l'époque, on parlait même d'immigré quand une personne venait du village voisin le plus proche, les mariages inter-villages étant alors mal vus. A notre époque, avec le rapprochement des distances qu’implique l’évolution des transports, il est malheureux de se rendre compte que les mentalités n’évoluent pas aussi vite.

Le droit du sol ; historiquement le nôtre

Pendant l’Ancien Régime, le statut des personnes d’origine étrangère est marqué par la prédominance du droit du sol. Le 23 février 1515, un arrêt du Parlement de Paris autorise ainsi le « droit de succéder » à toute personne née en France de parents étrangers. 

Le droit du sang s’y ajoute toutefois afin de permettre à un enfant né dans un pays étranger d’un père français de venir s’installer en France. Le XIXe siècle développe la conception juridique et politique du terme « étranger » à mesure que s'affirme celle de la « nationalité ». Le Premier Empire restreint le droit du sol et fait dépendre la nationalité de la personne et non du lieu de résidence. Toutefois le droit du sol est rétabli en plusieurs étapes : une loi de 1851 déclare Français l’enfant né en France d’un étranger lui-même né en France, tandis que, sous la Troisième République, la loi du 26 juin 1889 assure la nationalité française à tous les étrangers nés en France et parvenus à leur majorité. Cette conception du droit de sol restera un fondement du droit de l’immigration en France jusqu’aux dernières années du xxe siècle - loi du 22 juillet 1993 -.

À partir du XVIIIe siècle, la croissance démographique de la France ralentit. La Belgique et la Suisse fournissent alors les plus gros contingents d'immigrants en tant que « travailleurs étrangers », mais au XIXe siècle, leur croissance démographique commence à rejoindre celle de la France. C'est alors que l'immigration italienne, pays à forte croissance démographique, prend le relais, le statut de Nice et de la Savoie - annexés en 1860 par Napoléon III - favorisant les mouvements transfrontaliers.

L'immigration fait parti de l'histoire de France, bien plus que les baltringues nationalistes


À partir de 1851, l'État intègre dans le recensement des données concernant la nationalité et le lieu de naissance, fournissant ainsi une base pour estimer le nombre et la proportion des étrangers en France. L'administration recense alors 380 000 étrangers, dont 63 000 Italiens. Les Italiens sont plus de 100 000 à la fin du Second Empire ; 163 000 en 1876 ; 240 000 en 1881 et 330 000 au tournant du siècle. 

En 1911, ils deviennent le premier groupe d'immigrants en France, dépassant les Belges : les Italiens constituent alors 36 % des immigrants en France et 1 % de la population totale. Ces chiffres, de plus, n'incluent pas les migrations saisonnières, qui représentent la plus grosse partie des mouvements transalpins. Venus de l'Italie septentrionale - Piémont, Lombardie, Émilie-Romagne, Val d'Aoste -, les migrants s'installent davantage dans la zone frontalière : Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Corse, mais aussi dans le Rhône, en Savoie, et en Isère. Le département de la Seine, qui compte 24 000 Italiens en 1896, est le troisième pôle d'émigration pour les Italiens. Un quart de la population niçoise est italienne en 1896.

Marseille, carrefour culturel depuis l'Antiquité, est un autre grand pôle d'accueil. La ville s'industrialise rapidement à partir des années 1870, avec le développement du secteur portuaire. Entre 1872 et 1911, la ville accueille plus de 250 000 personnes. À la veille de la Première Guerre mondiale, elle compte une population de 550 000 habitants, dont un peu plus de 100 000 étrangers : essentiellement des Italiens - 75 % des étrangers et à peu près un cinquième de la population marseillaise -, mais aussi des Espagnols - Picasso s'installe à Paris en 1905 -, des Arméniens,... Louis Massignon souligne aussi la présence d'une centaine de commerçants et colporteurs Kabyles à Marseille dans les années 1830.

La lutte contre l'immigration en France : le combat des simples d'esprit

Dès le XIXe siècle, l'immigration venant des colonies commence également. Les immigrés d'Afrique du Nord sont quelques centaines vers 1895 - tel l'arrière grand-père marocain de la chanteuse Edith Piaf -. C'est toutefois avec la première guerre mondiale que se déclenche vraiment l'immigration maghrébine en France.

Parallèlement à cet afflux migratoire, favorisé en outre par la politique du droit d'asile, la France jouant le rôle, au xixe siècle, des Pays-Bas aux XVIIe et XVIIIe siècles, la société française connaît des élans nationalistes - affaire Dreyfus, crise boulangiste et développement des ligues d'extrême-droite telles que la Ligue de la patrie française ou la Ligue des patriotes, antisémite et xénophobe -.

Peu de temps avant que n'éclate l'affaire Dreyfus, un pogrom contre des ouvriers italiens, travaillant dans les salins de Peccais, a lieu à Aigues-Mortes, les 16 et 17 août 1893 - huit morts et quarante-neuf blessés -. Déjà, en 1881, après la signature du traité du Bardo faisant passer la Tunisie sous l'influence de la France, un pogrom contre les Italiens avait eu lieu à Marseille : les Vêpres marseillaises font alors trois morts et vingt-et-un blessés.

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