Cahuzac et Mélenchon chez Yves Calvi ; contre toute attente, la gauche qui bosse a gagné.

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Malgré les pronostiques, Cahuzac a gagné le débat

On s’y attendait. La gauche qui gueule a ... gueulée. Ça a commencé par le fameux tweet du compte de Mélechon qui l’a ouvert contre le gus qui gère son compte tweet ; son “tous avec la vrai gauche” est tombé à l’eau. D’autant que la fameuse “vrai gauche”, c’est celle qui bosse en ce moment et qui, en dehors des bla-bla, des guignoleries et des attaques raz les burnes, se bat pour que le pouvoir d’achat augmente, que la dette baisse et que le déficit de la France soit géré dans le bon sens... Or il se trouve que c’est le cas

Et, Cahuzac ne s’est pas gêné pour le rappeler, égrainant les chiffres et les exemples pratiques quand son “adversaire” égrainait les « le malheureux », « mon pauvre ami » voire « Cahuzandréou », rappelant, in fine, à Mélenchon, que si ce dernier avait voté Maastricht, ce n’était pas son cas.

Les plus belles envolées ne pourront jamais masquer une appartenance à la gauche

Comme l’a reconnu Mélenchon, son tweet, ou plutôt “le” tweet écrit sur son compte, était l’une des ces conneries pour lesquelles le peuple rigole ; qui peut se prévaloir, aujourd’hui, d’être le seul détenteur de l’étiquette “de gôche”, alors que cette même gauche fut de tout temps multiple et variée ? C’est vraiment la méconnaissance crasse d’une histoire aussi complexe que déterminante pour expliquer pourquoi un rocadien comme Cahuzac n’a jamais cru en la lutte des classes - telle que défini par, au xixe siècle , les historiens libéraux français de la Restauration, François Guizot, l'initiateur, Augustin Thierry, Adolphe Thiers et François-Auguste Mignet, auxquels Karl Marx l'a emprunté et l’a modifié en fonction de ses besoins politiques. Faire de la politique, c’est avant tout savoir de quoi on cause.

Alors oui, Cahuzac a une fois encore raison quand il dit que “Les plus belles envolées ne pourront jamais masquer une appartenance à la gauche”

La maîtrise face à la communication

“Comme nous, nous avions prévu une constituante”... Toujours des “bidules”, des “machins” qui devraient être mis en place, si et seulement si le FdG arriverait au pouvoir. Sauf que les français attendent des résultats immédiat et certainement pas un gloubiboulga de mesures dont les éventuels résultats ne se verront qu’au bout d’un sacré moment. Et Cahuzac a la part belle sur ce coup là, puisque les résultats de son gouvernement sont, déjà, au bout de sept mois, en train d’apparaître ; baisse de la dette et recul du déficit. Alors, on peut se la raconter comme on veut ; contre des résultats, les mouvements de manche ne sont rien. Et c’est bien là le soucis : Mélenchon s’est laissé entraîner dans un débat technique. Bien trop technique pour lui.

Contre toute attente, Jérôme Cahuzac l’emporte par sa maîtrise d’une réalité compliquéeC

Ce débat marquera, non seulement parce qu'il fut le choc de deux personnalités (dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles sont dotées d'un ego plus intransigeant dès lors qu'il est mis en cause), mais aussi parce qu'il fut symbolique de la mutation des temps, de l'époque et de la gauche socialiste.

Jérôme Cahuzac a remporté la partie en deux échanges : un moment Fabius 85 et un instant Giscard 74, preuve que les classiques du débat sont indémodables.

La forme d'un débat de ce type est bien souvent le révélateur de l'affrontement psychologique qui se joue entre les deux protagonistes. De ce point de vue, c'est avec virtuosité que Jérôme Cahuzac, qui connait son Mélenchon par cœur (trente ans de PS en commun, cela aide) a joué de tous les défauts de son adversaire, les instrumentalisant pour en tirer profit.

Le ministre du Budget a définitivement pris l'avantage quand il a demandé à Mélenchon de cesser de "faire le clown" au sortir d'une tirade surjouée sur l'Europe et que ce dernier s'est indigné, emporté et énervé. Face au déchaînement, Cahuzac est resté calme, maître de lui. Ce n'était pas sans évoquer le "cessez de m'interrompre, un peu comme un roquet" lancé par Jacques Chirac face à Laurent Fabius dans le grand débat de 1985.

"La forme est inséparable du fond"

Comme le disait François Mitterrand : "La forme est inséparable du fond", et le débat de France 2, entre Mélenchon et Cahuzac vient encore à point illustrer le sens et la portée de la maxime.

Quand bien même Mélenchon s'affiche en tribun de la plèbe farouche et déterminé, vociférant et vitupérant, le monde et sa froide réalité s'imposent à lui, et les solutions qu'il promeut n'emportent pas la conviction au-delà des électeurs de la gauche de la gauche.

C'est cette faiblesse majeure, tant personnelle que psychologique, tant politique qu'économique, que le ministre du Budget de François Hollande, Jérôme Cahuzac, a mis en évidence à "Mots croisés". Les solutions et la personne de Mélenchon sont d'un autre temps, inadaptées à la mondialisation.

Cruellement et méthodiquement, le ministre a mis à jour les faiblesses de Jean-Luc Mélenchon, dernier porte-parole d'une gauche morte. Pour Cahuzac, ancien chirurgien, ce ne fut pas un débat, mais une dissection. 

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