L’opus Dei : la Franc-maçonnerie Blanche

Alors que le nouveau pape, François, bouscule le Vatican et fait appel aux plus grands groupes de consulting pour des audits sur les structures financières de l’Eglise et ses services de communication. Il est intéressant de revenir sur une organisation extrémiste qui a lié durant des décennies ingérance idéologique et magouilles économiques.

Retour sur l’OPus Dei, la Franc-maçonnerie “blanche”.

L’Opus Dei : une vision politique de la religion

C’est le 2 octobre 1928, un peu plus de trois ans après son ordination, que José Maria Escriva de Blaguer, né en 1902 à Barbastro, municipalité de la comarque de Somontano de Barbastro, dans la province de Huesca, dans la communauté autonome d'Aragon en Espagne, fonde l’Opus Dei.

La création de cet ordre est totalement lié à la situation politique de l’Espagne à l’époque ; sentant que les idées républicaines et laïques prennent de plus en plus d’importance - la république sera, d’ailleurs, établie en 1931 en Espagne - l’Église catholique entend former des cadres laïcs, plus précisément «former des minorités choisies, composées d'hommes apostoliques, appartenant aux professions les plus variées sans qu'ils aient besoin de faire un voeu spécial de caractère religieux».

Pour résumer ; concevoir une élite catholique qui permettra d’infiltrer les plus hautes sphères de l’État.

“Camino” : le “Chemin”

C’est en 1935 que le créateur de l’Opus Dei donne à son mouvement un recueil de pensées ; “Camino”, le “Chemin”. Ce livre comporte 999 maximes, plus ou moins courtes. Pourquoi 999 ? Parce qu’il fait ainsi référence à la trinité ; 3x3 = 9 et trois “9” font 999.

Quelques exemples de maximes :

« L’existence de tous ceux qui ne sont pas ses disciples est stérile. Ils

laissent derrière eux une trace visqueuse et sale et ils sont impurs » (01)

«Bénie soit la douleur, sanctifiée soit la douleur, glorifiée soit la douleur »

« Il faut donner au corps un peu moins que le strict nécessaire. Sinon, il

trahit » (196)

«Si tu sais que ton corps est ton ennemi pourquoi le traites tu avec tant de

mollesse » (227)

«les trésors de l’homme sur la terre sont la faim, la soif, la chaleur, le froid,

la douleur,le déshonneur, la pauvreté, la solitude, la trahison, la calomnie, la prison » (194)

«Comment faire pénitence ? celle que te donne ton directeur, un quart d’heure de plus de silice pour les âmes du purgatoire, cinq minutes de plus pour tes parents, cinq autres pour tes frères d’apostolat, jusqu’à ce que tu ais épuisé le temps prévu par ton horaire. Une telle mortification, quelle valeur n’a-t-elle pas ! » (899)

«Le Père l’a dit, le Père le veut ...Le seul droit des membres, c’est d’accomplir son devoir » (53)

«Les femmes n'ont pas besoin d'être savantes, il leur suffit d'être prudentes !» (946)

« Obéissez comme un instrument obéit aux mains de l’artiste » (617)

« Ton obéissance doit être muette » (627)

C’est aussi en 1935 que quatre généraux conservateurs tentent un coup d’état militaire qui échoue et dégénère en guerre civile. José Maria Escriva

vit la guerre civile en Espagne comme une lutte entre catholiques et communistes en qui il voyait l’incarnation du mal. L'Église soutient la rébellion, prêtres et évêques bénissent les canons des insurgés dirigés par le général Franco. José Maria Escriva devient son directeur de conscience.

En 1939, Eugenio Pacelli est élu pape et prend le nom de Pie XII. Il félicite Franco pour la «victoire catholique» remportée en Espagne. En 1941, vient le temps des « persécutions » venues des Jésuites qui dirigent encore de puissantes congrégations et pour qui devenir « saint dans le monde profane » est pure folie.

L’Opus passe pour une secte hérétique d’autant plus perverse qu’outre les exercices de charité, de mortifications et de piété, elle prône le célibat et la chasteté. On brûle « Camino », alors qu’aujourd’hui, il est devenu best-seller mondial.

Pour échapper aux Jésuites, José Maria Escriva se cache et emprunte le nom de Balaguer.

Renouveau de l’ordre en 1943 où, 1943 voit la fondation de « la Société sacerdotale de la sainte croix », qui permettra l’ordination des prêtres de l’Opus Dei. Tout comme Pie XII, José Maria Escriva de Balaguer minimise ensuite l’horreur du nazisme et même la gravité de l’holocauste y voyant un rempart providentiel contre le communisme. Le monde diplomatique cite une de ses paroles : « Le christianisme a été sauvé du communisme par la prise de pouvoir du général Franco avec l’appui du chancelier Hitler, ce dernier, étant contre les slaves, était contre le communisme ».

L’opus Dei aidera d’anciens collaborateurs, à la fin de la guerre, a se cacher ou à se dédouaner de leurs participations aux idées du gouvernement de Vichy.

Dans une lettre aux membres de l’œuvre intitulée « Dei Amore »José Maria Escriva de Balaguera clairement exposé une impressionnante théorie des trois taches qui salissent selon lui le monde.

La première : « Tache rouge qui démolit tout» le matérialisme et l’athéisme marxistes.

La seconde « la libération des femmes » dans une sensualité débridée qui amène les hommes à se conduire comme des animaux.

La troisième plus dangereuse qui s’insinue le plus sournoisement dans les sociétés sans montrer sa couleur, c’est « la laïcité ».

L’internationale fasciste

Hier secte du diable, l'Opus Dei a désormais pignon sur rue à Barcelone,

comme à Madrid, à Valence, à Valladolid, à Séville. Dans un pays où le souvenir de Franco est aussi lointain que celui d'Alphonse XIII, la plupart des responsables et des partis, y compris la gauche et les nationalistes, le courtisent.

En 1971, en Espagne où l’œuvre est bien implantée, on lui compte 18

banques, dont la puissante Banco Popular de Espana, 14 sociétés d’édition et de publications, 14 journaux, 22 sociétés de constructions immobilières, 4 sociétés commerciales, 8 sociétés cinématographiques, 7 sociétés de publicité et de tourisme, et 4 sociétés de produits chimiques. Plusieurs fondations sont créées en Allemagne et en Amérique Latine, avec l’appui de banques espagnoles.

Très vite va graviter une nébuleuse de sociétés, de banques et de fondations, dirigées anonymement par des membres de l’Opus Dei.

En 1973, après le coup d’état de Augusto Pinochet au Chili, José Maria Escriva de Balaguer se rend à Santiago, célébrer une action de grâce pour son fils spirituel, également l’un des plus hauts dignitaires de l’ordre souverain de Malte. Là encore, il choisit son camp

C’est à tort que l’on a cru que l’Opus Dei allait disparaître après le décès de Franco et de Escriva de Balaguer, en 1975. L’essor reprit trois ans plus tard. L’Opus Dei réussit à convaincre les cardinaux d’élire l’un de ses prédicateurs comme pape, l’archevêque de Cracovie : Karol Wojtyla.

En 1982, Jean-Paul II fait accéder cette association au rang de« prélature personnelle ». De ce fait, elle ne reçoit plus les ordres de l’évêché du lieu d’implantation de la structure, mais directement du pape, par l’intermédiaire de son Prélat que le Saint Siège ordonne évêque. Ce qui est le plus important à retenir, c'est que le Prélat qui dirige l'Opus possède une immunité parfaite, il est sous le seul contrôle du Pape, ce qui lui donne tous les droits.

C’est d’ailleurs en 1992, soit 17 ans après sa mort, Jean-Paul II engagea un procès canonique de l'abbé José Maria Escriva de Balaguer et proclama sa béatification le jour de son propre anniversaire, le 17 mai. Cette mascarade souleva de vives polémiques dans l'Eglise romaine.

Jean-Paul II constitua presque exclusivement son cabinet d'opusiens et s'employa à casser toute résistance au sein de l'Eglise. Fidèle au fondateur de l’Opus Dei face aux jésuites, il fit isoler - "pour raison de santé" - le supérieur des jésuites, Pedro Aruppe, et nommer un administrateur provisoire de leur ordre en la personne d'un Opusien, le père Dezza. Mais il n'osa pas dissoudre la compagnie de Jésus.

L’Opus Dei se modernise dans ses actions

Fort de son recrutement dans les facultés afin de créer une élite catholique dans toutes les sphères de la société, l’Opus Dei modernise ses pôles d’intérêts.

Comme l'a révélé Bluetouff, dans le cadre du comité européen de normalisation (CEN), un groupe d'experts planchait dés 2009 sur le sujet du filtrage d’accès sur internet - protection parentale -, histoire de préparer des spécifications techniques.

Ce seront de grandes orientations, que les éditeurs de logiciels pourront suivre, ou pas... avec le risque qu'un jour la Commission européenne les rende obligatoires. Le comité technique en charge du projet le CEN PC 365- viennait, toujours en 2009, de se doter d'un nouveau « Chairman » en la personne de José Maria Gomez Hidalgo, à la ville directeur de la recherche et du développement de la société Optenet. Il remplaçait Paolo Chioetto, lui aussi salarié d'Optenet jusqu'à il y a peu.

Or, il est de notoriété publique depuis des années qu'Optenet, leader dans le domaine du filtrage de contenus pour les mineurs, est proche de l'Opus Dei . La crainte d'un filtrage motivé par des raisons religieuses et politiques refait surface.

L'agence française de normalisation (AFNOR), qui a déjà adopté une norme nationale dans ce domaine en 2009, a bien commenté le projet européen, mais n'y participe plus, faute de financement par des entreprises ou par le gouvernement français.

L'AFNOR prend le soin de se démarquer clairement : « La norme européenne ne s'inspire pas de la norme française. Les normes française et européenne ont été élaborées complètement indépendamment l'une de l'autre ». Le point de discorde tient au fait que dans la norme française, les logiciels s'installent sur le poste de l'utilisateur, tandis que dans le projet européen, le filtrage se fait à distance, directement chez le fournisseur d'accès. Du coup, plus personne n'a de contrôle sur le filtrant, surtout pas l'utilisateur.

En outre, le filtrage au niveau des fournisseurs d'accès et le périmètre beaucoup plus large du projet européen (tous publics et non pas simplement les enfants) ouvrent la voie à un contrôle a priori des contenus consultables par l'ensemble des utilisateurs.

Ceci rejoint le débat du « Deep Packet Inspection » (DPI), de l'HADOPI et de la LOPSI 2, c'est-à-dire la possibilité d'une surveillance très fine des contenus et leur interdiction éventuelle. D'ailleurs, ça tombe bien, Optenet dispose d'une offre qui répond exactement à ce besoin.

Des listes non publiques dressées par les États

Ce texte prévoit notamment le filtrage chez les FAI des sites liés à la pédo-pornographie sur la base d'une liste non publique dressée par l'Etat. A première vue, cette action peut sembler légitime. Elle ne l'est pas. C'est un coin dans les libertés publiques. Dieu sait ce qui figurera dans ces listes d'ici 5 ou 10 ans. Le gouvernement interrogeait, à l’époque, tous azimuts sur la faisabilité technique et juridique d'un filtrage de Wikileaks.

On comprend aisément que la tentation serait grande de l'inclure en douce dans la liste des sites pédo-pornographiques... En outre, les images pédo-pornographiques ne sont pas sur le Web. Quant aux pédophiles, ils auront tout le loisir de contourner ces filtrages inefficaces avec un simple proxy ou un VPN. Enfin, poser un mouchoir sur un vrai problème ne le résout pas. Hors de ma vue ! Pouf !, la pédo-pornographie n'existe plus...

Le sujet de la norme européenne semble suffisamment sensible pour qu'en utilisant les méandres de la procédure CEN, le projet de norme européenne soit gardé comme un secret d'Etat, tout comme la liste des participants au comité technique. Le processus de nomination de José Maria Gomez Hidalgo a cependant visiblement irrité au sein du groupe de travail et son nom a filtré. De même que le projet du groupe européen, puisque le Canard Enchaîné se l'est procuré.

Orange et Optenet

Les internautes français qui disposent d'un outil de filtrage de ce type « font de l'Optenet sans le savoir », comme dirait M. Jourdain. Par exemple, depuis toujours, Securitoo, le produit proposé par Orange repose sur les technologies commercialisées par Optenet et sur la liste noire des sites devant être inaccessibles selon Optenet.

Elle comprendrait des milliers de sites pornographiques, violents, évoquant les drogues, les comportements à risque, etc. Précision utile : cette liste n'est connue que d'Optenet et d'Orange. Les parents n'ont donc aucun moyen de la consulter.

L'utilisation de Securitoo révèle quelques surprises. Impossible pour un adolescent de consulter le site du planning familial, un site de renseignements sur l'IVG, celui des Chiennes de Garde, d'associations homosexuelles, de Ni putes ni Soumises, de lire en ligne le roman Lolita de Nabokov ou encore d'accéder au site d'un grand fabriquant de capotes. Ce qui montre qu'Optenet est en retard d'une bulle papale...

Par ailleurs, Securitoo ne semble pas parler anglais. Si le terme « sodomie » est bien bloqué lors d'une requête dans Google, « sodomy » passe sans souci. Vite une quête pour acheter un dico aux développeurs de Securitoo !

Optenet, un faux nez de l'Opus Dei ?

Dans les années 2000, un procès oppose Orange et Optenet à une société concurrente, Xooloo. Libération et d'autres, comme Transfert, s'intéressent alors à Optenet et découvrent les liens étroits entre le créateur de cette entreprise et l'Opus Dei. « En France, Optenet Center compte parmi ses membres fondateurs Alberto Navarro Mas, gérant de la SARL. Il pilote le bureau d'Optenet à Paris.

C'est aussi le gérant des éditions Le Laurier, spécialisées dans les publications de l'Opus Dei, et sise au 19, rue Jean-Nicot, à Paris. Cette ruelle du VIIe arrondissement abrite au numéro 6 le centre Garnelles, le plus fréquenté des treize lieux de rencontre gérés par l'Opus Dei à Paris. C'est à cette adresse qu'est domicilié professionnellement Alberto Navarro Mas. C'est là aussi qu'est domiciliée l'Acut (Association de culture universitaire et technique), considérée comme un des satellites de l'Opus Dei. », écrivait Libération.

Les Editions Le Laurier sont d'ailleurs référencées sur le site à la gloire du fondateur de l'Opus Dei, Josémaria Escriva de Balaguer, canonisé par Jean-Paul II.

Les liens avec l'Opus Dei ne concernent pas que le fondateur. Le gérant d'Optenet, José Martin Abreu a oeuvré au sein de l'Université de Navarre, fondée par l'Opus Dei.

Déjà, un combat contre l'homosexualité

Par ailleurs, avant de prendre le nom d'Optenet, la société s'appelait Edunet. Sur son site Web de l'époque, dont on retrouve trace encore aujourd'hui sur Internet, on pouvait lire quelques prises de position pour le moins troublantes et quelque peu éloignées de son activité. On y trouve en effet tout un tas de théories marrantes et progressistes sur l'homosexualité (qui est, c'est bien connu, est une maladie biologique ou psychologique antinaturelle), l'amour (qui n'implique pas le sexe et qui doit être cantonné à la procréation), ou encore l'Opus Dei, une chouette organisation ?

Organisation qui, comme le confirme à Kitetoa.com une ancienne membre, impose à ses ouailles de porter autour de la cuisse le cilice, une sorte de ceinture en métal hérissée de pointes, histoire de faire pénitence.

Les liens entre Optenet et l'Opus Dei n'inquiètent aucun des acteurs impliqués. Orange, indique que c'est un « parcours personnel » qui n'impacte pas la solution de filtrage, régulièrement auditée. Une explication martelée également par Optenet. Le CEN ne commente pas ce point. Pas plus que l'Association des fournisseurs d'accès français (AFA). L'AENOR (l'équivalent espagnole de l'AFNOR), très en pointe dans le groupe CEN PC 365 et qui a lourdement pesé dans le choix de José Maria Gomez Hidalgo, se mure dans le silence. Tout comme l'ANEC, une association de consommateurs européenne participant au groupe de travail. Au ministère de l'Education nationale qui fait également appel à Optenet pour filtrer les contenus affichés par les élèves, on est catégorique : nous ne travaillons pas avec Optenet. C'est sans doute pourquoi Optenet affichait fièrement, dans les années Sarkozy, le logo de l'Education Nationale sur son site et pointe gaiement vers l'accord cadre qui la lie avec le ministère ?

Pour conclure, il serait intéressant de voir si, après l’accession au trône de Saint Pierre du pape François, Jésuite, l’Opus Dei risque de voir son influence réduite, dans la continuité de l’opposition jésuites/opusiens...

L’opus Dei : la Franc-maçonnerie Blanche
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