La France est active sur tous les fronts anti-islamistes

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Pour celles et ceux qui pensent que depuis les attentats, la France n’a pas été à la hauteur ; l’ex ambassadeur d’Israël en France, Élie Barnavi, rappelle la réalité de la lutte française anti-islamiste et, surtout, son implication comme premier pays européen dans la lutte contre les terroristes et du rapport entre l'homophobie et l'extrémisme religieux.

Surtout depuis que la présidence française est assumée par François Hollande, officier de réserve, et bien plus offensif dans ses décisions que tous les guignols qui le condamnent.

Mais bon, il est malheureusement d'usage que ce soient celles et ceux qui en font le moins pour leur pays, qui ouvrent le plus leur bouche.

Pourquoi la France semble-t-elle être particulièrement visée ?

Pour trois raisons principales. D’abord, parce que sa démographie la rend très vulnérable. Quelque 8 à 9% des habitants sont musulmans, dont l’immense majorité arabes de rite sunnite. Bien entendu, la plupart d’entre eux ne soutiennent pas les fous de Dieu – on estime d’ailleurs à 20% le nombre des convertis parmi les candidats au départ pour les champs de bataille de Syrie – mais une telle masse favorise l’éclosion de nids extrémistes.

Ensuite, parce que, du Mali à la Syrie, la France est active sur tous les fronts anti-islamistes. Elle est devenue en fait le meilleur allié militaire des Américains. Enfin, parce que la France républicaine et laïque est l’exact contraire idéologique de Da’esh. Paris n’est-il pas, comme le proclame le manifeste des tueurs, "la capitale de l’abomination et de la perversion"?

L’Occident en général et la France en particulier vont-ils enfin prendre la mesure du danger ?

C’est une question que posent en Israël la plupart des observateurs. En fait, partout en Europe, cela fait longtemps que plus personne de sérieux, dans l’appareil sécuritaire, au sein de la classe politique et parmi les observateurs, ne songe à minimiser ce danger. La France fait l’expérience du terrorisme islamiste depuis les années 1980. Au fil des ans, l’étude des réseaux islamistes, de leurs méthodes de recrutement, de leur idéologique, a fait d’incessants progrès grâce à une phalange remarquable de spécialistes universitaires, la législation antiterroriste a été durcie, les moyens de dépistage se sont affinés, les différents services ont appris à travailler ensemble, et, sauf dans les marges idéologiques de la gauche extrême, l’opinion publique a fait preuve de maturité. Tout cela s’avère d’ailleurs dans tous les pays de l’Union européenne, surtout ceux qui ont subi des attaques terroristes de grande ampleur, comme l’Espagne et la Grande-Bretagne.

Pourquoi alors éprouve-t-on tant de peine à éviter les actes terroristes à l’intérieur et à venir à bout de l’Etat islamique à l’extérieur ?

Il faut garder à l’esprit que les services de sécurité déjouent sans cesse des tentatives terroristes, dont seule une partie parvient à la connaissance du public. Cela dit, des dysfonctionnements subsistent que les terroristes, agissants en réseaux, souvent aguerris et connaissant les codes de la société dont ils sont membres, sont habiles à exploiter. Une société ouverte, soucieuse des libertés des personnes et de la protection de la vie privée, est par définition mal armée pour se défendre contre ses ennemis intérieurs.

Par ailleurs, la nature de l’endoctrinement et du recrutement des terroristes évolue au fur et à mesure des réactions répressives, selon une dialectique du projectile et de la cuirasse que les historiens de la guerre connaissent bien. Les mosquées sont-elles davantage surveillées ? Qu’à cela ne tienne, endoctrinement et recrutement passeront surtout par Internet.

Enfin, la distinction même entre intérieur et extérieur a largement perdu de sa pertinence. Non seulement en raison de l’inexistence de frontières en Europe, mais également à cause de l’imbrication de théâtres extérieurs sur lesquels les gouvernements occidentaux ont peu de prise. L’effondrement de l’ordre séculaire consécutif à la décomposition de l’Empire ottoman a fait de l’ensemble de la région un désert politique violent ouvert à tous vents. Da'esh est né de l’anarchie provoquée en Irak par l’invasion américaine. Cependant si, comme sa sœur aînée Al-Qaïda, Da’esh est une affaire récente, il a des racines longues.

C’est un produit de l’idéologie wahhabite saoudienne qui empoisonne depuis des décennies le monde sunnite. Ainsi, la maison de Saoud, par ailleurs la meilleure alliée de l’Occident dans la région, a engendré le golem qu’elle tente aujourd’hui d’étrangler. Officiellement du moins, puisque des fondations pieuses et de riches particuliers saoudiens le financent toujours en sous-main. Et si la Turquie est innocente de la naissance du monstre, elle ne l’est pas de ses progrès, puisque ce pilier de l’OTAN l’a laissé proliférer à travers sa frontière avec la Syrie pour s’en servir contre ce qu’elle considère son principal ennemi, les Kurdes.

Or, jusqu’à maintenant, il semblait que, contrairement à Al-Qaïda, la stratégie territorialiste du califat autoproclamé d’Abou Bakr el-Bagdadi le confinait au Proche et au Moyen-Orient. L’attentat contre l’avion russe dans le Sinaï, et, surtout, le massacre de Paris, sonnent le glas de cette distinction. Mis sous la pression sur le terrain, où il recule, Da’esh porte le fer en Europe. C’est désormais un défi global, qui appelle une réponse globale.

De quoi cette réponse sera-t-elle faite ?

Au niveau national, il faut s’attendre à une série de mesures législatives et sécuritaires – renforcement de la surveillance des sites sensibles, présence accrue de forces armées dans l’espace public, contrôle plus étroit des lieux d’endoctrinement physiques et virtuels. Au prix d’une certaine altération de l’équilibre délicat entre sécurité collective et liberté individuelle.

Dans l’arène internationale, d’énormes pressions vont s’exercer sur la Russie et la Turquie afin qu’elles sortent de l’ambiguïté où elles se complaisent. Dans cette nouvelle configuration Poutine a plus à gagner qu’Erdogan. Poutine et son protégé Assad, auquel les tueurs de Paris ont offert un cadeau inespéré.

Au total, l’offensive de la France et de ses alliés contre Da’esh va s’amplifier, peut-être aussi avec des moyens terrestres qu’on s’interdisait jusqu’ici à déployer. Après tout, le président Hollande a évoqué l’état de guerre. La bonne nouvelle est que l’organisation terroriste ne peut pas gagner cette guerre ; il n’y aura pas de « califat » français. La mauvaise est qu’elle sera longue, meurtrière et éprouvante pour notre civilisation partagée.

Elie Barnavi est historien et essayiste, Professeur émérite d'histoire moderne à l'Université de Tel-Aviv, et ancien ambassadeur d'Israël en France.

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