Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vos visites

Publié par Le Kiosque aux Canards

Documentaire complet en fin d'article.

Sous la direction de Laurent Fabius, les diplomates du Quai d'Orsay forment le troisième réseau diplomatique mondial. Tourné en plein coeur de la crise ukrainienne, et alors que s'embrase le Proche-Orient, le documentaire s'intéresse aux diplomates et à leur ministre des Affaires étrangères.

Il se penche sur l'histoire de ces femmes et de ces hommes qui incarnent la France, sa politique, et défendent ses intérêts en temps de paix, mais aussi en temps de crise. Comment tentent-ils de peser dans les conflits qui déchirent le monde ? Comment parviennent-ils à donner toute sa place à la France, en affirmant ses valeurs et sans léser les intérêts de sa population ?

Serge Moati a suivi pendant plusieurs mois le chef de la diplomatie française et ses conseillers

"Il y aura un moment important." Dans son bureau de l'Elysée, ce 2 juin 2014, François Hollande reçoit Laurent Fabius en tête à tête. Les deux hommes préparent les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie, quatre jours plus tard. Mais l'enjeu est déjà ailleurs. "J'ai eu Porochenko et j'ai eu Poutine. Porochenko pour l'inviter, Poutine pour le prévenir que nous avions invité Porochenko", annonce simplement le Président à son ministre des Affaires étrangères, qui ne retient pas un léger rictus. Et Hollande d'euphémiser : "Je ne pense pas qu'ils voudront publiquement multiplier les poignées de main (…) On verra ce qu'on peut faire."

Ce court moment d'intimité, quoique très maitrisé par les deux anciens rivaux politiques, Serge Moati l'a filmé. Le journaliste a suivi pendant plusieurs mois le chef de la diplomatie française et ses conseillers. Son documentaire, Quai d'Orsay, les coulisses de la diplomatie, est diffusé jeudi soir sur France 3. La suite de cette séquence, on la connait. En marge des commémorations, les présidents russe et ukrainien auront un bref échange. La crise entre les deux pays connaîtra une détente, bien que provisoire. Le "format Normandie" - informel, flexible - est créé : il sera réutilisé plus tard dans le conflit.

Pas de diplomatie sans crises

Qu'il s'agisse de la guerre à l'Est de l'Ukraine, des voyages d'affaires en Chine ou de l'opération israélienne à Gaza, la caméra de Serge Moati capte quelques séquences qui auraient pu rester à jamais anonymes. Elle ne trahit pas de secrets, car le Quai révèle ici ce qu'il veut bien laisser voir. Mais elle donne quelques clés pour mieux comprendre. On y voit des entretiens - toujours très policés - avec les émissaires étrangers, des échanges avec des patrons chinois que l'on souhaite faire investir, et la lourdeur d'un protocole, qui va jusqu'à s'interroger sur la taille de maquettes d'avion à exposer.

On comprend surtout que la diplomatie, comme aime le dire Laurent Fabius, "ce n'est pas tout blanc ni tout noir, c'est plus subtil que cela". Un domaine subtil, voire très complexe, que le directeur des Affaires politiques du ministère, Jacques Audibert, résume pourtant assez simplement : "On passe notre vie dans la crise. Si les choses se passent bien, il n'y a pas besoin de diplomates. On intervient quand ça commence à nécessiter un peu de créativité…"

"Un mot de travers peut tuer"

La diplomatie, un monde complexe qui ne connait que les rapports de forces, où les compromis sur un texte se discutent au paragraphe voire "au crochet" près (en témoigne cette séquence dans une voiture avant une réunion des 28 chefs de la diplomatie de l'UE). "Un mot de travers peut tuer", résume encore Jacques Audibert. Laurent Fabius, lui, compare cela à "un jeu d'échecs". "Il faut comprendre ce que l'autre a à l'esprit et essayer petit à petit de l'amener à son point de vue", dit le ministre des Affaires étrangères.

Cela n'empêche pas les paradoxes et même parfois l'ambiguïté de la position française. Ainsi, au sujet des contrats passés avec la Chine, ce constat d'un collaborateur : "Avec la crise, on n'est moins prêt à payer le coût des droits de l'Homme." Mais il y a pire pour un diplomate : l'impuissance. Le déclenchement en juillet 2014 de l'opération israélienne Bordure protectrice sur Gaza en est une illustration frappante dans ce documentaire. "Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit, alors?" 

A bord de son avion, Laurent Fabius, les traits fatigués, apprend le début des hostilités terrestres. On l'informe que seul un agent consulaire est resté sur place. "C'est celui qui a été bombardé?", demande-t-il tranquillement. Et puis plus tard, cette séquence en Jordanie où Fabius comprend qu'une trêve n'aura pas lieu. Lui et ses collaborateurs demeurent dans le silence, presque hésitants. Car, comme le constate Serge Moati, "oui, parfois la diplomatie, hélas, atteint ses limites"

Quai d'Orsay - Les coulisses de la diplomatie

Commenter cet article