Le 9 février 1975 s'éteignait Pierre Dac

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Quarante ans jour pour jour après sa mort ; que Pierre Dac nous manque aujourd’hui ! Son humour pointu et «anti pédant» décrassait les neurones ; ses pastiches d’oeuvres classique faisaient se poêler les plus intellos.

Celui que l’on nommait «le roi des loufoques» fut aussi un combattant décoré des première et seconde guerres mondiales et l’une des «voix» de Radio Londres. Le Kiosque aux Canards ne pouvait que se souvenir de ce militant anti fasciste.

La bio

Pierre Dac est issu d'une modeste famille juive d'Alsace, originaire de Niederbronn-les-Bains et installée après la défaite de 1870 à Châlons-sur-Marne où le père est boucher. Il naît dans cette ville au 70 rue de la Marne. Mobilisé en août 1914 au lendemain de son vingt-et-unième anniversaire, il revient du front quatre ans plus tard avec deux blessures, dont une d'un obus qui lui a raccourci de douze centimètres le bras gauche.

Après la Première Guerre mondiale, Pierre Dac vit de petits métiers à Paris. Dans les années 1930, il se produit comme chansonnier dans divers cabarets, notamment la Vache Enragée, le Théâtre du Coucou, le Théâtre de 10 Francs, le Casino de Paris, les Noctambules, et La Lune rousse à Montmartre. René Sarvil lui écrit de nombreux textes pour ses spectacles. En 1935, il crée une émission humoristique de radio La Course au Trésor et en anime une autre la Société des Loufoques qui remportent un grand succès.

L’Os à moelle

En 1938, il fonde L'Os à moelle, organe officiel des loufoques, une publication humoristique hebdomadaire au nom inspiré par François Rabelais et par son père boucher (le mot loufoque vient de l'argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou).

Elle a pour collaborateurs le chansonnier Robert Rocca, les dessinateurs Jean Effel, Roland Moisan, etc. Dès son premier numéro, le journal annonce la constitution d'un « Ministère loufoque », dont les portefeuilles ont été distribués « au Poker Dice ». Ses petites annonces — dont la plupart sont rédigées par Francis Blanche, qui débute — vendent de la pâte à noircir les tunnels, des porte-monnaie étanches pour argent liquide, des trous pour planter des arbres, etc. Le monde de cette époque pratiquant un style différent de loufoquerie, l'hebdomadaire — dès l'origine très anti-hitlérien — cesse de paraître après 109 numéros, le 7 juin 1940.

L'équipe du journal est contrainte de quitter Paris alors sur le point d'être occupé. Il reparaîtra épisodiquement en 1945-1946, puis vers 1965, avec des talents nouveaux, comme René Goscinny (Les aventures du facteur Rhésus) et Jean Yanne (Les romanciers savent plus causer français en écrivant).

La guerre, la résistance et Londres

Ce n'est pas sans difficultés qu'il pourra rejoindre de Gaulle et la BBC. Avant d'atteindre ce but qu'il s'est fixé après avoir entendu l'appel du 18 juin, il connaîtra de multiples incarcérations et évasions. Son échec après la traversée des Pyrénées lui fera dire : "Si Louis XIV se les étaient farcies comme moi, il n'aurait jamais dit : il n'y a plus de Pyrénées." Au juge qui lui demande pourquoi il a voulu quitter la France il réplique ; "En France, il y avait deux personnages célèbres, le Maréchal Pétain et moi. La nation ayant choisi le premier, je n'ai plus rien à faire ici."

A radio Londres, en juin 1944, il attaque violemment Philippe Henriot… "Bagatelle pour un tombeau" reste un modèle du genre (vidéo ci-dessous). C'est une épitaphe prophétique prononcé quinze jours avant que Philippe Henriot soit abattu par la Résistance. Pierre Dac a sa part dans la victoire remportée sur la peste brune :

Revenu de retour de Londres en 1946, après un passage par les Forces Françaises Libres comme correspondant de guerre, de pierre Dac crée L'Os Libre qui n'obtient pas le succès escompté. Les temps ont changé, l'humour loufoque semble faire partie du passé...

Le Sar Rabindranath Duval

Mais en 1949, La rencontre avec Francis BLANCHE lui donne une "seconde jeunesse" sera décisive. Elle donnera naissance en 1951 au plus incroyable, au plus drôle, au plus délirant des feuilletons radiophoniques, signé Furax (1034 épisodes enregistrées entre 1956 et 1960). Ensemble, ils créent des revues qui vont triompher sur la scène des Trois Baudets, puis à l'ABC. Ils deviennent surtout les producteurs-interprètes de nombreuses émissions de radio. 

Parmi elles, Le Parti d'en rire, Faites Chauffer la colle, CQFD, Studio 22, et surtout Malheur aux Barbus et L.K.N.O.P.D.A. Les kangourous n'ont pas d'arêtes (un pastiche de "S.L.C. Salut les copains", l'émission en vogue de l'époque) : plus de 1 200 émissions diffusées sur Paris Inter, puis sur Europe n° 1, vont passionner et divertir les Français pendant cinq ans. Ils accèdent également à l'immortalité à travers un sketch, écrit par Pierre DAC, Le Sar Rabindranath Duval...

 

Un homme compliqué...

Comme beaucoup de grands comiques Pierre DAC est aussi un grand déprimé. On pense qu'il ne s'est jamais consolé de la perte de son frère aîné Marcel, mort au champ d'honneur en le 28 octobre 1915. C'est le 17 janvier 1960 que sa femme, Dinah, le découvre dans sa baignoire, les veines tailladées, gisant dans un bain de sang. En moins de deux ans, il s'agit de sa quatrième tentative de suicide. Par miracle, il échappe à la mort...

Mais à partir de 1962, Pierre DAC retrouve la santé en même temps que le moral, et fait preuve, à nouveau, d'une verve exceptionnelle : il fait reparaître L'Os à moelle (entre 1964 et 1966), écrit (avec Louis ROGNONI) un feuilleton d'espionnage délirant Bons Baisers de Partout (740 épisodes sur France Inter entre 1965 et 1974) et publie ses Pensées, qui font de lui le successeur logique et évident de Pascal. 

Malgré le succès, Pierre Dac était resté un homme timide et modeste, presque effacé. Il meurt le 9 février 1975, dans la plus grande discrétion. "La mort, avait-il dit, c'est un manque de savoir-vivre."

France 3 programmait le lundi 15 décembre en première partie de soirée «La guerre des ondes. Radio Londres 1943-1944.»

Avec Jean-Yves Lafesse (Pierre Dac), Olivier Massart (Jacques Duchesne), Jean-Luc Couchard (Maurice Van Moppes dit Momo), Natalia Dontcheva (Dinah), Didier Flamand (Philippe Henriot), Xavier Gallais (Jean-Herold Paquis), Clément Manuel (Pierre Bourdan), Laurent Gernigon (Jean Oberle), Mélanie Martinez-Llense (Geneviève Brissot).

Réalisation : Laurent Jaoui. Scénario : Carlo de Boutiny, Laurent Jaoui et Jacques Pessis. Production : CAPA DRAMA.

Le 9 février 1975 s'éteignait Pierre Dac
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