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C'est une figure emblématique du féminisme. Nommée ministre de la Santé en 1974, Simone Veil fait adopter le projet de loi sur l'Interruption volontaire de grossesse (IVG). Désormais, l'avortement n'est plus un crime. Ce 26 novembre, cela fera précisément 40 ans qu'elle a prononcé un discours fort, empreint d'humanité, devant l'Assemblée nationale.

Des débats particulièrement houleux

Le 26 novembre 1974, le discours de Simone Veil, ministre de la Santé, devant une Assemblée nationale essentiellement masculine (voir ci-dessous le graphique éloquent), ouvre trois jours de débats qui se révèleront particulièrement houleux.

Même face à des propos antisémites, la rescapée du camp d’extermination d’Auschwitz tiendra tête. Après plusieurs mois de concertation, elle soumet son projet de loi aux parlementaires. Au cœur de son discours, il y a "la détresse" de ces femmes "que la loi rejette dans l'opprobre, la honte et la solitude".

Pendant trois jours et deux nuits, elle va affronter 74 orateurs, va endurer les diatribes les plus enflammées, va subir jusqu’aux accusations de racisme nazi ou d’eugénisme. [Revoir le documentaire de France 2 "Simone Veil, l'instinct de vie", diffusé le 28 octobre, dans le cadre de l'émission "Un jour, un destin"]

"Une situation de désordre et d'injustice"

Selon la ministre, il est essentiel de "mettre fin à une situation de désordre et d'injustice". Une situation de désordre, car la loi extrêmement répressive de 1920 (1) est ouvertement bafouée.

Chaque année, des dizaines de milliers de femmes sont contraintes d'avorter dans la clandestinité et dans des conditions sanitaires qui peuvent mettre leur vie en danger. Car c'est encore l'époque des "faiseuses d'anges" et de leurs aiguilles. Une situation d'injustice, car ce sont précisément les plus démunies qui n'ont pas connaissance des "réseaux" qui pourraient leur permettre de se faire avorter par de "vrais" médecins - qui s'inscrivent dans le cadre d'un mouvement de désobéissance civile (2) - ou de gagner l'Angleterre et les Pays-Bas. "Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu'elle est déplorable et dramatique", souligne Simone Veil. Mais dans son discours, la ministre prévient : "L'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue".

Une loi qui devient définitive en 1979

Au petit matin du 29 novembre 1974, après 25 heures de débats et de tumultes, la loi sur l’IVG est votée par 284 voix pour et 189 contre, mettant fin à des décennies d’hypocrisie. Mais elle n'est votée que pour une période de cinq ans. Elle ne deviendra définitive qu'en 1979.

Ces cinq ans auront permis à certains détracteurs initiaux du projet d'évoluer, à l'image de l'Ordre national des médecins, comme on peut le lire dans "Le Télégramme" du 9 octobre 1979 : selon son président, le Pr Lortat-Jacob, "la loi Veil a apporté une amélioration sanitaire considérable, puisqu'elle a permis la quasi-disparition des accidents septicémiques graves dus à l'avortement clandestin de jadis".

La "personnalité âgée préférée" des Français

Sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing, président de la République à l'époque, Simone Veil a donc fait bouger les lignes. Aujourd'hui, à 87 ans, elle reste extrêmement populaire : fin septembre, un sondage l'a ainsi placée en tête des "personnalités âgées préférées" des Français. Et le projet de loi qu'elle avait dit défendre avec "la plus grande conviction" a fait évoluer les mentalités. Début 2014, un sondage Ifop révélait que 75 % des Français se disaient favorables à une IVG sans restriction, contre 48 % en 1974.

Le combat de Simone Veil a quarante ans
Tag(s) : #actualité, #anniversaire, #Simone Veil, #IVG, #médecine, #droit des femmes

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