Madame la présidente du collectif La Manif Pour Tous

Lettre ouverte du collectif “ Je est un Autre, mouvement citoyen” en réponses aux déclarations de la présidente de La Manif pour Tous.

Dans quelques jours nous fêterons –oui, nous fêterons– le premier anniversaire de la loi autorisant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Mais alors que l’on pensait le climat apaisé après un an de débats et manifestations, Vous écrivez cette lettre à Monsieur le Président de la République François Hollande. Puisque cette tribune est une lettre ouverte, elle engage une réponse, et celle-ci s’adresse aux membres de votre collectif, à vous-même, ainsi qu’aux autres. Ces autres, sont ceux qui ne sont pas d’accord avec vos propos, qui le pensent, le disent parfois, l’expriment rarement publiquement, non par peur mais par lassitude du dialogue de sourds que la Manif Pour Tous entretient avec ses opposants depuis le début. Votre tribune n’en est qu’un exemple de plus.

Vous commencez par dire que « pour la 1ère fois depuis la fondation de la République en 1792, un sujet de société a donné motif à envoyer plusieurs fois un million de Français dans la rue. ». D’abord, comme pour chaque manifestation, les chiffres des organisateurs et ceux des forces de l’ordre sont bien différents, rendant impossible une réelle estimation de l’ampleur de ces manifestations, mais entendons bien que pour un million, peut-être, de français dans la rue, plus de 64 millions n’y étaient pas pour vous soutenir. Croyez-vous toujours représenter la majorité ? Ajoutons à cela qu’il n’est nul besoin de se replonger longuement dans les 220 ans de l’Histoire de France depuis 1792 pour savoir que bien d’autres mouvements sociétaux ont très certainement eu bien plus d’importance que celui dont vous faîtes partie. Mais cela n’est que le début d’une longue tribune qui faute d’arguments valables pour nous convaincre, tente de nous persuader en appelant à l’empathie, si ce n’est à la pitié.

Vous invoquez pour cela de biens grands mots. « Les Français » et « les familles ». Or vous ne représentez pas les Français. Les Français ont élu des députés qui ont fait passer la loi autorisant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Les Français ont élu un président qui après un remaniement ministériel a maintenu à leur poste Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem, et ce malgré vos recommandations. Vous écrivez que les réformes sociétales engagées par le gouvernement Ayrault, et qui seront poursuivies par le gouvernement Valls, « n’ont l’aval que d’une très petite minorité de Français ». Mais qu’en savez-vous ? La réalité des français est différente de la vôtre. La Manif Pour Tous croit penser comme la majorité des Français. La Manif Pour Tous croit penser comme la majorité des familles.

Vous pointez du doigt la loi « mariage pour tous » en invoquant des fragments de la convention internationale des droits de l’enfant. Des fragments, oui, car en effet l’enfant a le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux, mais ceci « dans la mesure du possible ». Cette formule laisse donc le soin à chaque pays de prendre des mesures et d’établir des lois pour respecter au mieux cet article 7 auquel ne nuit aucunement le mariage homosexuel.

Votre conception de la famille est simple. Père, mère, enfants. Que faites-vous des familles recomposées ? Que faites-vous des familles monoparentales, des familles homoparentales déjà existantes, des enfants adoptés ? Il apparaît que la famille n’est pas une théorie, ce n’est pas un modèle immuable et figé. C’est une construction sociale. Elle évolue, change, et les textes de loi avec elle. Quoi de plus normal ?

Tout comme la famille, le genre n’est pas une théorie. Le genre est une construction sociale. Et à ce titre, il est normal que l’on prenne en compte les études menées à ce sujet, et que l’on prenne conscience du poids de la société, du poids de l’opinion, des stéréotypes sexistes. Cela pèse sur nos enfants. Autant de barrières à leur épanouissement que l’école tente de soulever, notamment à l’aide de projets tels que l’ABCD de l’égalité, dont vous semblez n’avoir pas saisi les enjeux exacts. A moins que vous ne souhaitiez pas les voir. Pourtant ce devoir de sensibilisation à l’égalité n’est pas nouveau : il était déjà inscrit dans la Loi n°89-486 du 10 juillet 1989 d'orientation sur l'éducation, Article 1 : « Les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d'enseignement supérieur […] contribuent à favoriser l'égalité entre les hommes et les femmes. » Ceci est maintenant inscrit dans l’article L-121-1 du Code de l’Education.

Il est également fait mention dans cet article d’éducation à la sexualité. Ajoutons que l’étude des moyens de contraception, contra gestation et procréation assistée est abordée dès la quatrième, et complétée au lycée par l’étude des distinctions entre sexe biologique et sexe psychologique et social, ou genre. Personne ne s’offusque de ces programmes scolaires, pourquoi alors s’indigner contre l’ABCD de l’égalité ? Il ne vise pas à nier les différences biologiques entre hommes et femmes, mais à expliquer leurs tenants et aboutissants dans notre société, à pointer du doigt les stéréotypes de genre dont on a montré qu’ils nuisent au développement de l’enfant. En ce cas, nous ne sommes pas face à du bourrage de crâne mais bien à de l’éducation, avec un programme, des objectifs et des ressources pédagogiques.

Enfin, puisque vous citez en l’article IV de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, nous pouvons nous y référer entièrement : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. » Entendons-nous bien : vous n’êtes pas la Loi, et ne faîtes pas la Loi. La Loi a tranché en faveur du mariage homosexuel, en faveur de l’élargissement de l’avortement et de l’ABCD de l’Egalité, entre autres. C’est donc qu’aucune de ces mesures ne contredit l’article IV, c’est pourquoi on ne saurait les remettre en cause malgré vos pressions.

Nous sommes alors en droit de nous poser la question suivante : la Manif Pour Tous n’est-elle pas contraire à l’article IV de la DDHC ? En effet, sous couvert de défense de la famille, vous manifestez non pas pour obtenir des droits, mais pour empêcher certaines personnes de les acquérir. Cela ne relève donc ni de la défense de la liberté ni de l’égalité, valeurs chères à la République Française.

La devise de la France est « Liberté, Egalité, Fraternité ». C’est avec des lois comme celles sus-citées que nous lui donnons du sens, non avec des manifestations incessantes et des interventions comme les vôtres qui sont des menaces qui ne disent pas leur nom.

Madame la présidente de la Manif Pour Tous, ceci n’est ni un ultimatum ni un appel du coeur. Simplement un mouvement citoyen. Pour que Liberté, Egalité, Fraternité, riment avec réalité.

Madame la présidente du collectif La Manif Pour Tous
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