Pendant que la droite se paluche, la justice la rattrape sur l’affaire Karachi

Quel est le plus grave ? Un président de la république et sa vie privée ou des magouilles financières de la droite ayant tué 14 personnes, dont 11 employés français de la Direction des constructions navales ?

La Cour de justice se rapproche des délinquants de droite

Le spectre de la Cour de justice se rapproche pour Edouard Balladur et François Léotard… et s'éloigne pour Nicolas Sarkozy. Lundi 13 janvier, le procureur de Paris, François Molins, a préconisé le renvoi des deux premiers devant la Cour de justice de la République (CJR), seule juridiction habilitée à interroger puis, le cas échéant, mettre en examen et enfin juger, des membres du gouvernement pour des crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions.

Balladur et Léotard dans le même sac

Le 16 décembre, les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, en charge du volet financier de l'affaire de Karachi, avaient adressé au parquet une ordonnance succincte, dans laquelle ils demandaient au procureur de rendre un avis, voire de prendre des réquisitions, sur une éventuelle saisine de la CJR.

Les deux magistrats enquêtent sur les dessous de plusieurs contrats d'armement passés dans les années 1990 et dont la véritable finalité aurait été un financement politique occulte. Leurs investigations, d'après l'analyse du parquet, ont permis de réunir des indices laissant présumer que deux membres du gouvernement Balladur (1993-1995) auraient commis des délits, dont ils devraient répondre devant la CJR.

Il s'agit donc de l'ancien premier ministre Edouard Balladur lui-même et de son ministre de la défense de l'époque, François Léotard.

Sarkozy toujours pas inquiété... Pour l'instant

Nicolas Sarkozy, quant à lui, était à l'époque ministre du budget. Mais pour le procureur, le cas de ce dernier, dont le nom n'est même pas mentionné dans l'avis adressé aux juges lundi 13 janvier, ne relève pas de la Cour de justice de la République, aucun délit ne pouvant lui être reproché. L'analyse du parquet rejoint donc celle des magistrats instructeurs, qui semblent considérer ne pas avoir réuni d'indices graves et concordants susceptibles d'entraîner des poursuites visant l'ex-chef de l'Etat.

Messieurs Balladur et Léotard, en revanche, sont suspectés d'avoir œuvré, entre 1993 et 1995, en faveur de sulfureux hommes d'affaires dans plusieurs contrats d'armement passés par la France avec le Pakistan et l'Arabie saoudite. Poursuivis par les juges Van Ruymbeke et Le Loire, les deux principaux intermédiaires au cœur de l'enquête, Ziad Takieddine (réincarcéré le 31 décembre 2013 pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire) et Abdul Rahman El-Assir, avaient été imposés in extremisdans ces contrats par Matignon et la Défense, et ce alors que les marchés semblaient déjà conclus.

Des commissions pour financier les campagnes de la droite

Une partie des faramineuses commissions perçues par le duo auraient en fait servi à financer de manière illicite, sous forme de « rétrocommissions », la campagne présidentielle de M. Balladur, en 1995, ainsi qu'à renflouer les caisses du Parti républicain (PR) de M. Léotard. Les magistrats ont également examiné les patrimoines de MM. Balladur et Léotard, suspectant un enrichissement personnel.

Les juges d'instruction devraient maintenant saisir le parquet général de la cour d'appel de Paris qui devrait ensuite transmettre leur demande de saisine de la CJR au procureur général de la cour de cassation, ce dernier devant décider s'il y a lieu de saisir la commission des requêtes de la CJR, dernière étape avant la saisine de la commission d'instruction.

Les juges Van Ruymbeke et Le Loire restent saisis du volet « non ministériel » du dossier, même si leurs investigations sont terminées. Les différentes personnalités mises en examen (Ziad Takieddine, Thierry Gaubert, conseiller au ministère du budget de Nicolas Sarkozy dans les années 1990, Nicolas Bazire, directeur de cabinet à Matignon sous Balladur, Renaud Donnedieu de Vabres…), pour l'essentiel proches d'Edouard Balladur, restent sous la menace d'un renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris.

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