Tunisie : retour à la case départ

Manou Bouzid, correspondante du Kiosque aux Canards en Tunisie, nous explique pourquoi, annoncé en grande pompe, le dialogue national vient de faire un flop.

Le départ avec de mauvaises intentions

Evidemment c’était à prévoir lorsqu’on entame un dialogue avec une partie qui n’en voulait pas, il était plus que prévisible qu’il n’aboutira à rien, sinon à gagner du temps, ou en perdre selon le coté où l’on se situe.

Depuis que l’opposition a commencé à parler de ce fameux dialogue Enahda, en grand stratège et spécialiste du double langage qu’elle est, n’a eu de cesse que d’y mettre des bâtons dans les roues, et comme nous le savons tous, les bâtons empêchent les roues de tourner.

Après maintes péripéties, ce foutu dialogue fut enfin lancé.

Mais, il y a toujours un « mais », la mauvaise foi de Nahda ne se fit pas attendre, et les opportunistes non plus.

Juda invité dans les négociations

Jésus n’avait qu’un seul Juda, chez nous les Judas se multiplient au fur et à mesure que le siège suprême, la Présidence, laisse transparaitre qu’il sera bientôt vacant.

Alors qu’à la suite des élections du maudit 23/10/2011, les fous de pouvoir montrèrent leur vrais visages en vendant leur voix à Nahda. Notre nouveau Juda est encore une fois un pseudo démocrate ayant été un opposant à notre ex dictateur Zine Ben Ali.

Le sieur Ahmed Nejib Chebbi ancien militant de gauche, ancien secrétaire général de son parti, ancien opposant à Ben Ali, ancien opposant à Nahda, est le nouveau Juda tout comme son confrère à qui il envie sa place Moncef Marzouki dit communément le Tartour.

Après avoir été nommé Ministre du Développement régional et local au sein du gouvernement post révolutionnaire, il démissionna aussitôt afin de pouvoir se porter candidat aux élections de la constituante, brigand déjà le poste suprême.

Suite à la débâcle qui suivit les résultats de ce scrutin, l’opposition commença à s’organiser, chose qu’elle aurait du faire avant mais Ben Ali ne nous avait pas donné une culture politique et chacun à l’époque se croyait plus lucide et plus apte à diriger le pays que quiconque, Nejib Chebbi n’échappant pas à cette fièvre de l’or, ne fut en finalité que député à l’assemblée constituante.

Grande déception pour celui qui comme Aznavour « Se voyait déjà en haut de l'affiche, en dix fois plus gros que n'importe qui son nom s'étalait.

Il se voyait déjà adulé et riche, signant ses photos aux admirateurs qui se bousculaient », mais au lieu de cela, il se retrouva tout en bas de l’affiche et son nom n’apparut même pas dans le programme de la Troïka.

Juda continue à jouer les démocrates

Ayant fusionné après coup, avec deux autres partis, il dirigea cette formation jusqu’à ce que son ambition démesurée fit capoter le projet et ce nouveau parti qui se voulait et qui aurait put être une force de l’opposition se réduisit comme peau de chagrin, les démissions des nouveaux colocataires de cette formation se faisant en cascade, car alors que les prémisses d’un changement gouvernemental commencèrent à montrez leur nez, Le Sieur Nejib Chebbi commença à faire les yeux doux à la Nahda.

Afin de ne pas perdre toutes crédibilités, il y va en tâtonnant, un coup il critique, un coup il flatte la croupe comme il flatterait celle d’un cheval nerveux, du bout des doigts.

Il a même trouvé le projet de constitution qui bafouait les droits fondamentaux des tunisiens, comme très honorable allant jusqu’à dire que l’opposition faisait la fine bouche, trouver honorable cette constitution c’est comme comparer un simple hamburger avarié à un suprême de volailles de toute fraicheur, mais Nejib Chebbi n’est apparemment pas un fin gourmet.

Alors que le dialogue semblait bien commencer, les partis de part et d’autre cherchant la personne adéquate pour diriger un nouveau gouvernement de compétence et de technocrates, un nom sortit du fin fond des tombes apparut : Monsieur Ahmed Mestiri

Mestiri Un revenant

Ahmed Mestiri, qui a eu un parcours honorable, est un ancien militant pour la décolonisation, ancien Ministre de la justice puis des finances, du commerce et de la défense toujours sous Bourguiba, ancien représentant de la Tunisie à l’ONU, plusieurs fois ambassadeurs notamment en URSS, il participa à la rédaction de notre fameux et inégalable « statut personnel » envié par toutes les femmes du monde arabo musulman et même au-delà.

Suivent plus tard de grandes divergences avec Habib Bourguiba notamment sur la réforme des structures agricoles.

Il continuera sa carrière avec des hauts et des bas jusqu’en 1978 ou il passe à l’opposition en créant son propre parti et la fracture avec Bourguiba fut définitive. Il se retire définitivement de la vie politique en 1989.

Mestiri Proposé malgré lui

En soit Ahmed Mestiri n’est pas un mauvais candidat.

Mais il possède deux handicaps, le premier ne tiens pas vraiment à son âge quoiqu’en dise les sceptiques, Béji Caid Essbsi est de la même génération mais alors que celui ci tient une forme magistrale aussi bien physique que mental, Ahmed Mestiri n’est pas du tout en forme et cela comporte toutes les formes mentales et physiques.

La charge de chef de gouvernement de cette transition est si ardue que le pauvre monsieur ne tiendrai pas le coup et pourrait être manipulé aussi facilement qu’un yoyo, d’autant plus que tout comme Nejib Chebbi, il ne porte pas Caid Essebis dans son cœur lui enviant peut être un peu de sa lucidité et depuis le contentieux de l’époque Bourguiba.

Des parrains douteux

Mais son second handicap et pas des moindres vient surtout de ses parrains à ce poste.

Iznogoud qui veut être khalife à la place du khalife à savoir Nejib Chebbi, Mestiri étant l’oncle de sa femme, pense ainsi qu’il pourrait être en première loge en cas de changement de président car il sait très bien qu’au suffrage universel il ne passera jamais.

Le second parrain est une marraine, Sihem Ben Sedrine la « grande journaliste » elle aussi une parente à Ahmed Mestiri.

Comme notre Iznogoud, elle aussi n’aime pas Beji Caid Essbsi et n’aime pas est encore en dessous de la réalité, comme notre Iznogoud elle aussi fut une grande militante des droits de l’homme et comme notre Iznogoud elle aussi est devenue plus Juda que Juda lui-même n’hésitant pas à flirter à outrance avec la Nahda.

Etthakatol parti anciennement démocrate de gauche et l’un des deux partis qui a vendu ses voix à Nahda, tient beaucoup à Ahmed Mestiri qui est le fondateur en 1978 du parti dont le poisson (sigle d’Ettakhatol) est issu, en bon opportuniste Ettakhatol se dit qu’il y aura toujours quelque chose à tirer de cette nomination.

Mestiri bouc émissaire malgré lui

Nahda ne tenait pas vraiment à Ahmed Mestiri soutenu surtout par le parti Ettakathol son humble serviteur, mais voyant que l’opposition le refusait catégoriquement elle voulut s’en servir comme monnaie d’échange.

Nahda accepte d’annuler sa candidature en échange des ministères régaliens, l’Intérieur, la Justice et la Défense nationale, en bref tout le système sécuritaire de la Tunisie, pratique quand on veut continuer à diriger même en seconde main.

La seule alternative que propose Nahda est de passer cette candidature au vote au sein de l’assemblée, chose complètement inutile vu qu’à l’assemblée elle et ses acolytes mangeurs d’hamburgers avariés ont la majorité.

Pour l’opposition comme pour le peuple il est impossible de céder à ces exigences qui rendraient caduques toutes les demandes des tunisiens.

Ahmed Mestiri lui-même ne tient pas à ce poste car il sait qu’il n’a pas la force nécessaire pour mener à bien cette mission périlleuse, vu son état général. Il se retire mais sur l’insistance d’Iznogoud et l’assurance d’une aide incontestable de Nahda il se remet en lisse.

Ahmed Mestiri n’est finalement à son insu, que l’homme par qui chacun cherche à atteindre son but, pour Nahda garder le pouvoir, pour Ettakhatol bénéficier des largesses de Mestiri et de Nahda et pour Chebbi la possibilité de résider au Palais de Carthage.

Sans être cancanière, on ne peut pas dire que pour tout ce petit monde, leur première priorité soit le bien de la Tunisie.

Conclusions

Les négociations interrompues suite à ses grandes divergences sont en stand by et devraient reprendre le 7 ou le 8 sauf contre indication de notre cours des miracles.

Ce qui arrange notre premier sinistre Ali Le Large et qui soulage notre Tartour qui continue de profiter du luxe du Palais de Carthage, sans oublier les députés de l’ANC qui continuent à profiter de la manne d’un salaire confortable.

Finalement les seuls à souffrir de cette situation et pour ne pas déroger à la règle c’est encore et toujours le peuple qui subit l’insécurité, une inflation galopante et un mal être qui pourrait donner du travail à tous les psychiatres de la planète.

En attendant la reprise de ce dialogue voué d’avance à l’échec, je reprendrais une phrase de Coluche « montrez moi un politicien honnête, je vous montrerai une pute vierge ».

Tunisie : retour à la case départ
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