La parabole « Serge le Lama »

Tout a commencé par une blague de potaches… Cinq compères en goguettes se piquent un soir de piquer un Lama, le bien nommé Serge, et de lui offrir une virée en tramway.

Évidemment, le wattman alerte la maréchaussée. Serge est mis au piquet, en l’occurrence attaché à un réverbère. Et les compères sont invités à dégriser en cellule. Le lama, les plaisantins, le tramway, tous sont sains et saufs. Fin de l’histoire.

Fin de l’histoire ? Que nenni, c’est là que commence vraiment l’épopée.

Où la presse s’empare de l’anecdote…

Dès le lendemain, dans Sud-Ouest, un article parait, qui relate l’aventure, non sans humour d’ailleurs. On apprend, au passage, qu’un lion en peluche ainsi qu’un trombone à coulisse ont accompagné l’équipée. Ils n’ont pas eu la gloire des manchettes. Ne voulant pas rester sur le quai, Le Figaro reprend l’information ainsi que 20 minutes, dans les jours qui suivent.

Où les réseaux sociaux s’invitent à la fête…

Au soir de ce jeudi, déjà la page Facebook de soutien au cinq kidnappeurs existe. Et les soutiens affluent des quatre coins de l’Hexagone. Pourquoi pas ? D’autant que les jeunes hommes risquent des ennuis judiciaires. La France est capable de se déchirer, de se mobiliser pour appuyer un commerçant qui a abattu un agresseur, appui qui fait fi de l’information, de l’enquête, du bon sens.

Cette page est assez drôle, du reste. Très vite, elle compte plus de « like » que celle du Président Hollande. Des montages cocasses fleurissent au fil de l’actualité. L’on prend des nouvelles de ces délinquants du rire…

Et le clip officiel voit le jour. Ah ! Le clip ! Un modèle d’absurde… Bref, cette histoire fait le tour, sinon de la planète, quoique je l’ignore, du moins de la France. Faites le test. Tapez « le meilleur de Serge Lama » sur Google et vous tombez sur… Serge Le Lama.

Le Lama Serge, devenu un pipole incontournable, donne même le coup d’envoi du match de foot « Bordeaux-Nantes ». Il s’invite aux Guignols de l’Info. Le merchandising est en route, le tee-shirt « Serge Le Lama » est à gagner dans une espèce de loterie.

Seul le Gorafi n’en fait pas sa manchette… encore que, il fait un article pour dire qu’il ne dira rien…

La Parabole de Serge Le Lama

Du fin fond de mon pigeonnier, dans mon nid sous les toits, j’observe ce joyeux délire avec délectation. Enfin quelque chose de sérieux à se mettre sous la quenotte. Car oui, je l’assume, rire c’est sérieux. C’est d’autant plus sérieux que la morosité ambiante sonne systématiquement le glas de toute velléité d’optimisme.

Certes, l’internet a permis l’ultra médiatisation de l’histoire. Au temps du journal papier et du téléphone, il y a à parier qu’elle n’aurait fait qu’un entrefilet. Mais la Toile s’est emparée du Lama. Et la Toile se bidonne.

Je dis souvent que je suis « une poussière de web »… Et moi, poussière de web, je souffre de l’information en continu, du fait qu’on n’échappe plus, ni à la télévision, ni sur les réseaux, au sordide, au sanglant, à l’ignoble. Nous vivons des morts en direct, nous vivons l’agression du bout du monde comme si elle avait eu lieu dans notre immeuble, ou chez le voisin. Qu’on en ait conscience, ou pas. Alors, on pourrait m’opposer que je participe à ma propre torture. Sans doute. Mais s’isoler de tout n’est pas non plus souhaitable. Et puis, s’isoler, comment ? Ce que nous n’apprenons pas directement, l’entourage vous le sert sur un plateau, et l’on se précipite en regagnant le nid sur son moteur de recherche préféré pour farfouiller.

Ce que Serge Le Lama me murmure à l’oreille c’est : « Oh ! La meuf ! Déride-toi ! Laisse tomber les dialogues avec les pisse-froid, ces poètes du malheur qui n’ont de cesse que d’entrainer l’humeur du jour dans le catastrophisme. Ton pays claudique ? Il trouvera une béquille. ».

Pour paraphraser un moment culte de l’histoire télévisuelle, je dirais : « La France a peur ». Oui, elle a peur d’elle-même, de se perdre, de ne pas sortir d’une crise qui s’éternise et que nos politiques ne savent plus comment tordre. Elle prête le flanc et l’ouïe aux fâcheux, aux grincheux. Ah ! Ils se repaissent ces histrions de la lutte qu’elle soit lutte des classes ou lutte contre l’étranger, l’assisté, le sans grade. Ils nous tiennent en tenaille, entre leurs pinces et nous abreuvent de mauvais, de triste et d’angoisse.

Il a tout, pourtant, ce pays, pour se reprendre. Il vit les convulsions du changement. Il en a vécu d’autres. La France est un peuple multiculturel, créatif, inventif, courageux. Il regorge de la richesse qu’est la somme de ses habitants. Notre protection qu’elle soit sociale, médicale, culturelle, … fonctionne quoiqu’en disent les mauvais. Pas forcément au mieux, mais elle fonctionne. Inventer demain, c’est arrêter de chougner.

Alors, rions ! Ne nous laissons pas sombrer dans le glauque que les dépressifs nous servent en pâture. Et Serge le Lama nous exhorte : « Ce pays nous attend, Ô Vie ! Appareillons ! ».

La parabole « Serge le Lama »
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