Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a assuré lundi 11 novembre qu'il n'y avait "pas d'enterrement de l'écotaxe", sans pour autant préciser la date à laquelle cette taxe sur les poids-lourds serait appliquée.

Retour sur des manifestations qui cachent l'agriculture et l'élevage intensifs.

Pas d'enterrement de l'écotaxe

"Il n'y a pas d'enterrement de l'écotaxe" a déclaré le ministre sur RTL, en rappelant la volonté du gouvernement de mettre en place une "modalité de financement des infrastructures (...) intelligente, acceptable et soutenable". "Il y a des inquiétudes, des détresses sur le territoire, il faut y répondre", a poursuivi Frédéric Cuvillier.

Prévue pour être appliquée le 1er janvier, elle a été suspendue. Aucune date n'a été décidée, expliquait ce week-end l'Elysée, démentant la date du 1er juillet 2014 évoqué par Le Monde samedi.

L’écotaxe "marche là où elle est en place"

Le ministre délégué au Développement Pascal Canfin a assuré dimanche que l'écotaxe serait bien appliquée. "Je le dis en tant qu'écologiste et en tant que membre du gouvernement: l'écotaxe sera appliquée", a déclaré sur RTL celui qui est avec Cécile Duflot l'un des deux ministres EELV de l'exécutif.

"Le gouvernement s'est engagé - et il a bien fait - à reconstituer les conditions du dialogue (...) mais en mettant clairement sur la table le fait que ce n'était pas le principe de l'écotaxe qui était à discuter mais les modalités d'application", a-t-il insisté.

L'écotaxe "marche là où elle est en place", a assuré Pascal Canfin, citant l'Allemagne et la Suisse, "donc il n'y a aucune raison que ça ne marche pas en France".

"Je rappelle que cette écotaxe n'est pas un impôt supplémentaire, ça revient simplement à faire payer aux poids lourds, à ceux qui utilisent massivement les routes et de fait les dégradent, les investissements dans les transports, au lieu que soit le contribuable lambda", a-t-il dit.

En Bretagne, l'agriculture et l'élevage intensifs sont rois

Omettre cette dimension, ce serait oublier qu'avant l'émotion suscitée par le sort des employés de l'abattoir Gad -et derrière eux l'ensemble des ouvriers de l'agroalimentaire breton en révolte contre l'écotaxe et menacés par la misère sociale- il y eut celle provoquée par la pollution aux algues vertes, mais aussi le "dopage" des animaux aux antibiotiques ou encore les nombreuses alertes aux pesticides dans les nappes phréatiques.

"Je ne voudrais pas que l’on prenne l’écotaxe comme bouc-émissaire de ce qui se passe depuis des années en Bretagne", lançait lundi soir Pascal Durand sur BFMTV. "On a détruit l’emploi notamment à cause de l’agriculture intensive", continuait le Secrétaire national d’EELV.

À bien des égards, l'environnement breton a lui aussi souffert des modes de production agroalimentaire locaux. Et si l'opinion considère qu'il faut sauver la Bretagne et ses emplois (les ouvriers ne sont pas responsables des logiques industrielles adoptées ici), elle semble pourtant rejeter le modèle d'agriculture proposé par la région.

Au mois de février, 7 Français sur 10 déclaraient prêter attention aux conditions d'élevages des animaux, ce qui ne devrait pas leur rendre la filière porcine particulièrement sympathique. Un autre sondage nous apprend qu'ils seraient autant à être capables de payer plus cher pour manger un poulet élevé en plein air plutôt qu'un de ces animaux élevés en batterie qui sont légions... en Bretagne.

Des manifestations manipulées

"Droit dans le mur", les faits ne donnent pas tort à l'eurodéputé. À l'image de l'ensemble de la filière viande, la crise du porc breton est structurelle.

Baisse annuelle de la production, demande en chute, surcoût du cochon français par rapport à ses concurrents allemands, belges ou néerlandais, nécessité de s'adapter aux normes européennes, notamment en matière de bien-être des animaux de plus en plus cher aux consommateurs, depuis une décennie la France vit au rythme des cahots d'un système de production qui apparaît toujours davantage à bout de souffle.

 

Aujourd'hui le cochon, hier les œufs, le lait ou les bovins, entre la pression de la grande distribution, la fluctuation des matières premières et la concurrence européenne, les crises se suivent et se ressemblent.

L’écotaxe marche là où elle est en place
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