Flinguer ceux qui flinguent les tontons ?

Le dimanche, c'est "culture".

Vidéo en fin d'article.

Georges Lautner nous a quitté il y a un an. Il était le fils d’un joailler également pilote de chasse, et de l’actrice Renée Saint-Cyr. Il a laissé, avec son pote Audiard, quelques-unes des plus belles répliques du cinéma français. Répliques reprises en boucle çà et là, dont les plus jeunes ignorent parfois l’origine.

Quand meurt un artiste, parce que le rire est un art, fleurissent, notamment sur les réseaux sociaux et autres blogs, toutes les gammes d’hommages, des plus lyriques aux plus saugrenus. Évidemment : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait ».

Au pays des crétins

Je me balade au fil des mots. Je ne dirai pas où j’ai lu les théories les plus fumeuses, mais ces théories « commencent à me les briser menu », dirait un homme de la pampa. Le pire étant une psychologisation des personnages du désormais cultissime « Tontons flingueurs ». À croire que Lautner et Audiard ont consulté Françoise Dolto pour écrire le scénario. Sauf qu’aucun des deux n’est désormais là pour répondre à ces interrogations qui tripatouillent l’intention première du film : distraire.

J’ai découvert avec un amusement certain que Monsieur Fernand (joué par Lino Ventura) est malmené par un conflit intérieur à la dimension kantienne, mais que cette théorie (du scripteur de l’analyse) aurait pu être infirmée par Jacques Lacan. Pfiou ! J’en suis restée coite. J’ai presque eu envie d’écrire le commentaire suivant : « Le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. » (Réplique du film Le Pacha, du même Lautner).

Aux frères Volfoni (Blier et Lefebvre), j’ai lu que l’on attribuait le rôle de métaphore d’une catharsis paroxystique, qui aboutit à l’élimination du nazi Théo (en relation avec la fin de la seconde guerre mondiale, qui était encore proche en novembre 1963). 50 ans après la sortie du film, on interprète allègrement une comédie en acte militant.

Si le fantôme de Blier lit par le plus grand des hasards, ce qu’on dit de ce film, et de l’œuvre du tandem Audiard/Lautner, je gage qu’il va nous ressortir l’une de ses répliques les plus connues : « Moi, les dingues, j'les soigne, j'm'en vais lui faire une ordonnance, et une sévère, j'vais lui montrer qui c'est Raoul. Aux quatre coins d'Paris qu'on va l'retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle... Moi, quand on m'en fait trop, j'correctionne plus, j'dynamite, j'disperse, j'ventile. ».

Un peu d’humour, que diable !

Et si les films de Monsieur Lautner n’étaient que ce qu’ils sont, à savoir des comédies, des polards, l’expression d’un artiste qui aimait tant son public qu’il n’avait de cesse de lui ménager deux heures de pur bonheur ? Lautner, avec ou sans Audiard a fait des films intelligents, drôles la plupart du temps, et dont la qualité des dialogues est soignée. Ça suffit à mon contentement… Mais notre époque est de celles qui veulent absolument trouver des motivations profondes et inconscientes à tout. C’est d’un pénible !

Puisqu’on en est à l’analyse et à la réécriture de l’intention… je vous en livre une qui vaut ce qu’elle vaut.

Dans le film de 1972, que Lautner a écrit avec Jean-Marie Poiré, « Quelques messieurs trop tranquilles », Robert Dalban, qui joue le commissaire, prononce ces mots : « Vous vous appelez Cahuzac. Vous êtes paysan et fossoyeur... ». Peut-on en conclure que le réalisateur avait, par une inspiration prémonitoire de génie, anticipé cette affaire du nom d’un ministre qui a occupé tout le début du quinquennat Hollande ? Parce qu’au point où certains en sont avec la sodomisation du coléoptère, on peut se le demander.

Une bonne blague !

Je me dois, à 24 heures de la rédaction du début de ce billet, d’avouer que je me suis fait piéger par un artiste de la plume qui s’est amusé à pondre une note insipide sur ce film. Il fallait lire son texte comme de l’humour. Donc, chapeau l’artiste, ça a marché, j’ai vraiment cru à une théorie fumeuse sur l’intentionnalité, malgré eux, des auteurs.

La nième rediffusion des Tontons, hier sur France 2. Et ce fut toujours la même surprise, la redécouverte du détail qui tue. Ces moments d’anthologie où les tontons se risquent sur le bizarre, et où Maitre Folace, notaire policé joué par Francis Blanche, se fend d’un agressif et inattendu « Touche pas au grisbi, salope ! ».

Flinguer ceux qui flinguent les tontons ?
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