Les deux couleurs de l'électoralisme

On se croirait dans un tournoi de gladiateurs ; d’un côté, un président élu démocratiquement après plus de dix années de gestion de droite ; de l’autre, un mélange hétéroclite qui surfe sur un mécontentement en dehors de la réalité ; non, la majorité des français ne souhaitent ni un ersatz de collectivisme, ni un repli sur soi-même. Et oui ; le gouvernement bosse, avec ses moyens ; ceux que lui a laissé nos nantis de droite.

Mais voilà ; la blonde, débordante de lieux communs, pourchassée par le maire de Meaux galopant derrière elle, courent à la chasse aux voix.

Et c’est le bordel !

Le bordel de l’’ultra droite

Allez ; ne parlons plus d’extrêmes ; c’est un terme tellement dévoyé que l’on ne sait même plus ce qu’il sous-entend lorsqu’on le lit ou qu’on l’entend. Parlons plutôt d’ultra ; ça sied bien mieux à ce melting pot du Fn, engoncé dans une vieille garde qui peut citer, de mémoire, Mauras, Drieu-la-Rochelle et Brazillach - d’ailleurs, force est de constater que ces trois chantres du nationalisme furent des traitres à leur pays, paradoxe intéressant - et un nouveau ramassis de beaufs haineux de n’avoir pas réussis leurs vies et, refusant de s’en prendre à eux-mêmes, s’en vont dans une chasse à “l’autre”. “l’autre” variant en fonction des époques, des problèmes, des médias, des “on dit”...

Ah qu’il est loin le temps de la rue de Bernouilly, où les militants Frontistes allaient se réapprovisionner, en sortant des micro-réunions, au surplus “américain” à l’angle de la rue de Rome, avant d’aller se taper un demi au bar de la rue de Constantinople. Ils naviguaient entre le bureau du boss FNJ, Martial Bild- chassé comme une merde depuis - et celui de Radio Le Pen - une radio “téléphonique”, comme on en faisait à l’époque et réalisé par un vieux de la vielle qui dessoûlait à peine entre deux programmes et vous expliquait que le couscous était, en fait, un plat traditionnel breton nommé Coucicouça. Karl Lang, lui, racontait ses déboires avec les jeunes filles au pair de ses parents, en réussissant à la fois ses études de Kiné et ses soirées de boxe Thaï. Mais, au moins, à l’époque, y’avait de la neurone au centimètre carré. De nationaliste, le parti du vieux Le Pen est devenu suprémaciste dans les mains de son héritière, copiant les militants illuminés des Tea Partys américain du nord. Et les moutons, débordant d’incultures crasses, suivent.

Les candidats frontistes, issus de cette armée de moutons, sont débordant d’ingéniosité pour se faire prendre, le bras tendu dans le sac, là où, en fait, on les attend. La pauvre fille , candidate à je-ne-sais-plus-quoi, qui pose sur son profil la fameuse photo liant singe et Taubira et qui trouve cela tout à fait normal est dans la lignée des électeurs FN. D’autres se sont fait pincer avant, posant avec un casque SS. Toujours aussi “drôle” que de voir des nationalistes prendre l’habit d’une armée étrangère, occupant notre pays. Idiots et traitres à la fois ; faut le faire.

Le bordel de la droite ultra

Chez les copains de droite dite “traditionnel”, c’est le foutoir. Un Copé travaillant désespérément à son image, alternant les propositions qui se veulent “novatrices” que son parti n’a même pas été capable de mettre en place en plus de dix ans de présidence et courant derrière les tunes, armes fatales de l’électoralisme, sans lesquelles une campagne ne peut être efficiente. Après nous avoir mis la France dans une situation financière désespérée, ils ont réussi à mettre leur parti en faillite. Comme quoi, on ne fait pas de l’or avec du plomb.

C’est le grand bordel organisé à l’UMP et dans les satellites, précieux pour les finances, de ce mastodonte électoral. Les gaullistes sociaux se fritent avec la nouvelle Droite Forte des deux guignols - Guillaume Peltier et Geoffroy Didier - arrivés en premier lors des votes du dernier congrès. Faire réaliser une pâle copie du Front national par les jumeaux des frères Bogdanoff, c’était risqué mais ça a marché ; les vielles peaux, humides à l’idée de voir ressurgir des clones d’un Bénouville - dont la blonde et jolie assistante parlementaire draguait certains militants frontistes du XIIème arrondissement, les invitant à déjeuner à l’Oasis les mercredi midi - n’ont pas cogité plus loin que leurs clitoris. Les vieux beaux, eux, ont soudainement vu ressurgir la force d’une UMP qui nageait dans les mêmes eaux troubles du RPR, à l’époque du SAC.

Mais tout cela n’est pas nouveau ; on se souvient encore de ce maire UMP, lors des débats sur l’identité nationale, déclarer devant une camera pourquoi il faut “virer tous ces arabes”. On oublie souvent, qu'il y a trente ans, des passerelles existaient déjà entre la droite parlementaire et les extrêmes.

Et le lien entre ces deux familles existe toujours, depuis Sarkozy. Buisson A t’il rejoint la seconde pour faire mieux gagner la première ?

Patrick Buisson ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et spin doctor de l’UMP

«To spin, en anglais, signifie « faire tourner ». Spin fait donc allusion à l’« effet », comme celui que l’on donne à une balle de tennis ou à la façon de faire tourner une toupie». En imprimant une torsion aux faits ou aux informations pour les présenter sous un angle favorable, les spin doctors dirigent donc l’opinion en lui fournissant slogans, révélations et images susceptibles de l’influencer, en mettant en scène les événements qui la réorientent dans le sens souhaité. En ce sens, leurs techniques d'influence, proches du marketing commercial, renouvellent les techniques de propagande classiques.

C’est dans ces conditions que Patrick Buisson est devenu le conseiller spécial du président Sarkozy. Même si son poulain est, en fait, tout ce qu’il hait en politique ; un gaulliste, d’une droite ayant abandonné l’Algérie aux algériens, héritier du “traitre” de Gaulle que sa famille politique nomme “le colonel”, n’acceptant pas sa promotion au grade de général qu’elle considère comme “provisoire”.

Buisson est à l’opposé d’un Henri Guaino ; le scribe étiqueté “Gaulliste social” et ancien chargé de mission auprès de Philippe Seguin. Mais ce dualisme politique de Sarkozy explique, en parti, sa victoire ; un grand écart idéologique afin de dragouiller la droite sociale aussi bien que les beaufs fachos. Et ça a fonctionné. Jusqu’à un certain point puisqu’il était impossible que ce grand écart trouve une réalité dans l’action. Et ce fut bien le problème : Sarkozy a bien causé - aidé de ses conseillers - mais n’a pas pu agir ; 40% seulement de ses propositions ont été réalisé, dans la réalité du pouvoir.

Buisson est un “vrai de vrai”, qui a copié les techniques trotskistes de l’entrisme

Surprenant ? Non ; l’extrême-droite a assimilé les techniques d’AGitProp - 'acronyme de отдел агитации и пропаганды (otdel agitatsii i propagandy), c'est-à-dire Département pour l'agitation et la propagande - du Marxisme-léninisme depuis la guerre d’Indochine. Nombre des officiers traditionnellement cathos d’extrême-droite ont, à cette époque, analysé la défaite française dans ce manque de politisation des conflits : pour se battre, désormais, il faut une détermination politique et/ou morale.

Ils ont, pour la première fois, appliqué leur nouvelle “trouvaille” lors de la guerre d’Algérie, allant même jusqu’à, ensuite, conseiller l’armée américaine et certaines dictatures sud-américaines. L’extrême droite s’appropriait ainsi les techniques révolutionnaires. C’est ce que Patrick Buisson fait en conseillant Sarkozy et, aujourd’hui l’UMP et Copé : de l’entrisme politique et révolutionnaire. Et vu où en est l’UMP aujourd’hui ; ça fonctionne.

Patrick Buisson : nationaliste d’extrême-droite

Son père lui avait ouvert - partiellement - le chemin ; ingénieur d’EDF il avait fait ses classes politiques à l’Action française, le mouvement monarchiste de Maurras avant de s’engager auprès du général de Gaulle au sein de son parti, le RPF. Patrick Buisson fait ses études d’histoire et de lettres, rédigeant son mémoire de maîtrise sur le mouvement de l’Algérie française. Qui peut encore croire qu’aujourd’hui il est réellement retourné sa veste en intégrant l’idéologie UMPiste ?

Il se tourne ensuite vers le journalisme ; Minutes, puis Le Crapouillot ; il termine en dirigeant Valeurs actuelles pendant six ans avant d’intégrer LCI. toutefois, en 1984, il publie avec Pascal Gauchon, ex-rédacteur en chef de Défense de l'Occident et ancien secrétaire général du Parti des forces nouvelles, le livre OAS, Histoire de la résistance française en Algérie, préfacé par Pierre Sergent, l'un des dirigeants de l'organisation. La même année, il publie un Album Le Pen, album photographique sur Jean-Marie Le Pen, co-écrit avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national et contributeur du journal Militant, ainsi que Le Guide de l'opposition, dans lequel il recense les partis et clubs de droite et d'extrême droite des villes de France.

Puis, il décide de faire du pognon ; après quinze ans de presse écrite, il s'oriente vers le conseil aux hommes politiques. Il devient conseiller de Jimmy Goldsmith et de Philippe de Villiers dont il dirige la campagne pour les élections européennes de 1994 et la campagne présidentielle de 1995, en axant les discours vers l'aile droite du RPR par l'affirmation du souverainisme. À la tête de sa société Publifact, il vend ses services à Alain Madelin et François Bayrou. Le gérant de cette société au chiffre d'affaires de 1,357 million d'euros (en 2008, résultat net : 0,602 million d'euros) est Jean-Pierre Buisson.

Décoré par le président de la République au titre de chevalier de la Légion d'honneur, le 24 septembre 2007, il dirige la chaîne Histoire (détenue à 100 % par le groupe TF1) depuis octobre 2007. Selon Le Monde, c'est sa proximité avec le président de la République qui aurait permis à la chaîne Histoire de recevoir, entre 2008 et 2009, 270 000 euros de la part du ministère de la Culture.

Le 21 janvier 2012, il est promu, dans la salle ducale du palais du Vatican, commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.

Alors, oui ; les deux couleurs de l'’électoralisme nous font chier. Car elles n'augurent rien de bon, rien de tranquille, aucun calme mais une rebondissante nouvelle entrée dans une guerre sourde et politique entre les citoyennes et les citoyens. Notre cohésion est en jeux, avec ces deux partis jouant sur les deux couleurs de l'électoralisme.

Les deux couleurs de l'électoralisme
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