Le Kiosque aux Canards avait déjà pondu un billet de ce type en avril dernier, sur le thème de l’angélisme. Mais force est de constater que l’angélisme continue à avoir de beaux jours devant lui dans le joyeux melting pot qu’il inspire à certaines et à certains.

Les rapaces électoralistes se rejoignent en volées, prêt à fondre sur la moindre information, le fait-divers du moment, le cas à traiter d’urgence dans les médias. Sans aucune retenue, sans aucune information fiable du dossier ; mais voilà, nos nouveaux beaufs se ramassent à la moiss’bat’ dans une info passionnée, mais jamais sourcée et peu expliquée.

L’affaire Léonarda ; un cas d’école...

Ça avait commencé par l’expulsion d’une jeune fille de quinze ans, normalement scolarisée, dont la famille attendait sagement de recevoir son accessit au statut de “réfugié politique”. Le préfet avait encore huit semaines pour statuer, dans un sens ou dans un autre. La jeune fille avait été interpellé dans un car, lors d’une sortie scolaire, devant ses camarades de classes horrifiés et ses enseignants étonnés.

Immédiatement, ce fut Valls et le gouvernement qui furent les cibles des attaques. Bien évidemment, personne ne s’est posé la question de savoir si c’était au ministre de signer, valider, encadrer une expulsion. Dans la réalité, ce dernier - tout comme le gouvernement - n’est absolument pas au courant des expulsions mises en oeuvres par des magistrats et des préfets ; dans le premier cas, ce n’est pas le pouvoir qui gère un juge, dans le second, les préfets sont autonomes s’ils assurent leurs taches dans le respects des lois.

Mais qu’importe ; le but étant bien plus de faire le buzz dans un gouvernement bashing plutôt que de se poser, d’analyser et d’attendre avant de s’exprimer.

... Et puis, ce fut le drame

On apprenait rapidement que si le préfet n’avait pas attendu les huit semaines restantes, c’est qu’il y avait un sacré “loup” dans cette affaire ; les déclarations d’entrées sur le territoire et la demande d’asile étaient basé sur de faux renseignements, rendant - tout à fait légalement - invalide ces demandes et autorisant - légalement aussi - une expulsion immédiate. Ce qui fut ordonné par le préfet.

Arrivé au domicile des parents, l’OPJ en charge en informa la famille. La mère demanda alors que sa fille soit récupérée, donna les informations nécessaires aux forces de l’ordre qui, dans la légalité encore, contactèrent le préfet pour obtenir l’autorisation.

Le préfet la donna d’autant plus facilement qu’un telex interne de la police aux frontières (PAF), rédigé bien avant que la polémique sur l'affaire Léonarda n'éclate , indique que les fonctionnaires de la PAF du Doubs état en train de récupérer la jeune fille en accord avec l'enseignante encadrant la sortie scolaire du 9 octobre mais aussi en parfait accord avec le représentant du Réseau éducation sans frontières (RESF) présent sur place, en bas du car, devant le collège Lucie Aubrac de Doubs.

«Le professeur encadrant la sortie scolaire et un membre de RESF sollicitent une prise en charge discrète de la jeune fille par les policiers», spécifie le compte-rendu de l'affaire, accessible dans les fichiers de travail de la PAF.

Un élément embarrassant pour l'association de défense des mineurs étrangers scolarisés et qui attesterait, selon les syndicats de policiers, de la «bonne foi» de leur collègues impliqués dans cette affaire.

L’important, c’est la prose

On a vraiment l’impression que l’important, c’est la prose. Que les mots des attaques ont plus de poids que la réalité d’une action politique. On sent venir la fraîche mais, pourtant, nauséabonde brise des mots qui se choquent pour, ensuite, tels des atomes, partent dans toutes les directions.

Les citoyennes et les citoyens qui gueulent, l’ouvrent, fustigent, n’ont, pour la plupart, jamais retiré le début d’une phalange de doigts de leurs culs roses pour la collectivité, mais alors ; qu’est-ce qu’ils l’ouvrent dès que l’un de leur frère - humain avant tout - commet une ce qu’ils nomment, a minima, une erreur ! Eux qui n’en commettront que peu, dans l’action politique, sociale, associative, puisque complètement étrangers à l’acte gratuit, vers les autres.

Oui, pour nos gueulards ; l’important, c’est la prose. Et rien d’autre. Ils ne connaissent le mot “démocratie” que comme un argument et certainement pas une philosophie, un engagement, voir un rêve. Leurs limites de la démocratie ? Et bien la méconnaissance de tout, sauf du marketing.

La démocratie c’est quoi, déjà ?

Le plus simple est de reprendre sa définition. Regardons donc comment la développe l’Encyclopédie Larousse du XXe siècle : « La démocratie consiste dans l’exercice, soit direct, soit indirect, du pouvoir par le peuple. Cette organisation politique implique un état social caractérisé par le fait que tous sont égaux devant la loi, que tous possèdent les mêmes droits.

Les fonctions sont accessibles à tous, (...) les citoyens devant être appelés à la vie intellectuelle et morale, et de plus en plus mis en état d’exercer, d’une façon efficace et raisonnée, la part de pouvoir qui leur est attribuée, l’Etat démocratique a l’obligation d’instituer des œuvres d’instruction et d’éducation, et des œuvres de solidarité. Le régime démocratique a pour instrument le suffrage universel et pour cadre plus particulièrement approprié la forme républicaine ».

La démocratie n’est pas un sens unique ; les citoyens sont aussi responsables de leurs choix

Intéressant, non : “... les citoyens devant être appelés à la vie intellectuelle et morale, et de plus en plus mis en état d’exercer, d’une façon efficace et raisonnée, la part de pouvoir qui leur est attribuée...” et, pour cela ; “ l’Etat démocratique a l’obligation d’instituer des œuvres d’instruction et d’éducation, et des œuvres de solidarité...” ainsi, la démocratie n’est pas seulement et exclusivement le fait de pouvoir élire ses représentants, d’une manière directe ou indirecte ; c’est, pour toute citoyenne et pour tout citoyen, se mettre en situation d’en avoir la - les - capacité.

Depuis le temps que l’écrit Le Kiosque aux Canards... L’élitisme républicain existe ; cela se nomme l’éducation. Et sans éducation, sans connaissance, sans se bouger le fion pour chercher la substantifique moelle à un discours politique ; on ne pratique plus la démocratie. Mais un simple ersatz. Et les politiques le savent bien ; il est tellement facile de gérer un peuple qui ne prend pas la peine de s’éduquer. Par contre, gueuler et l’ouvrir ; tout le monde sait le faire.

L’extrême droite et l’extrême gauche dans le même panier du “des voix à tout prix”

“Des paroles, des paroles, des paroles”... Pourrait être le gimmick de ralliement des deux extrêmes. On cause, on parle, on discute ; mais on agit jamais. Dans le cadre de l’extrême-droite, il suffit de voir dans quel état les élus FN ont rendu les villes où ils eurent un premier magistrat pour comprendre, s’il fallait des preuves, de l’incompétence de ces derniers. Dans le cas de l’extrême-gauche ; les références à des régimes aussi démocrate que Louis XIV parlent d’eux-mêmes. Un politique qui valide le régime cubain , le régime vénézuélien - plaque tournante du trafic de drogue , entre autre - peut se targuer d’une démocratie aussi étrange que décalée. Mais, sans doute, celles et ceux qui le suivent ont du fréquenter les geôles cubaines, remplies d’opposants politiques. Angélisme on vous dit...

Alors, on a un déchaînement de vertus durant les élections. Tout cela barre dans tous les sens, de tous les côtés, jusqu’à une sorte de feu d’artifice médiatique ; d’un côté on se paye un jeune journaliste stagiaire pour faire bander son électorat à moindre coût et à moindre danger ; de l’autre, on fustige tout azimut, quitte à sortir des conneries grosses comme le président d’honneur du FN, la beaufitude incarnée. Par exemple ; les aides sociales plus importantes qu’auraient les étrangers face aux “français de souche”. Et, fort de leurs certitudes ; les deux se parent de l’étiquette “démocrate”.

Pourquoi ? Seulement parce qu’ils passent par le système électif ? Dans ce cas ; revoir la définition de “démocratie”... Les limites de la démocratie ; la méconnaissance. Parce que l'on ne peut se targuer d'un choix si l'on ne connaît pas la réalité des axiomes qui le composent.

L’affaire Léonarda : quand l’angélisme maltraite la démocratie ; avec sa copine : la douce sodomie de coléoptère.

Mise à jour du 19 octobre : L'enquête administrative sur le cas Léonarda conclut que l'expulsion était conforme au droit

L’affaire Léonarda : quand l’angélisme maltraite la démocratie
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