“La France Orange mécanique” : Lecture de comptoir

On vit une époque formidable ! Chacune et chacun peut se pavaner dans son petit univers personnel, fait de bric et de broc, adapté à son propre égo. Ainsi, entre les publications maintes fois copiées et collées sur les murs des réseaux sociaux, qui se veulent intelligentes à crédit - puisque piquées à d’autres - et les remarques militantes des nouveaux “édiles”, bien planquées derrière leurs écrans ; on en arrive à une chaîne virtuelle, sans esprit mais bourrée d’importance auto proclamée. Ainsi, sur des sujets graves ; on est blindé de réponses. Pas argumentées ni sourcées du tout - ben non : c’est trop compliqué, tu penses... -.

Les limites de l'intelligence

La dernière en date : le bouquin “La France orage mécanique”, de Laurent Obertone. Paru aux éditions Ring le 17 janvier dernier, est en passe de devenir le succès de l’année dans la catégorie essai. Le livre défend la thèse de l’ensauvagement de notre pays et de l’explosion de la criminalité, notamment du fait de l’immigration massive. Marine Le Pen en assure depuis quelques jours la promotion.

Le problème du bouquin ? Simple : pas de sources, si ce n’est le panel statistique de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, qui est constitué de 17 000 adultes sondés ! Amusant d’ailleurs d’entendre Le Pen faire de la promo sur un livre dont les stats se basent sur des sondages, elle qui les critique vertement. Autres soucis ; l’analyse que fait l’auteur : en gros, la France serait gangrénée par l’ultra-violence. Et si les tueurs de sang froid (psychopathes) ou de sang chaud (à la Bertrand Cantat) peuvent être blancs, les acteurs de l’ultra-violence, violeurs et agresseurs, seraient le plus souvent des hommes jeunes d’origine étrangère.

L’auteur décompose la "véritable addition" comme suit : "Toutes les 24 heures, 13 000 vols, 2 000 agressions, 200 viols." Pour lui, le "sentiment d'insécurité" n'est pas fantasmé. À le croire, la courbe de la violence ne cesse de grimper depuis le milieu des années 60, tout en surpassant allègrement celle de la démographie. Sauf que, en fait, il n’existe aucune statistique regroupant l’ensemble de ses crimes et délits dans ces années là dans les mêmes conditions statistiques de l’auteur ; pas compliqué de sortir des conneries...Quand on extrapole ses chiffres en fonction des enquêtes de victimisation menées - seulement - depuis 2006, sur un échantillon de quelques 17 000 adultes.

Et même si les plaintes pour viol ont augmenté : « Cet accroissement peut s’expliquer par une propension accrue des victimes à porter plainte, explique Nicolas Bourgoin, auteur de l’ouvrage Les chiffres du crime. Statistiques criminelles et contrôle social (France, 1825-2006) (L’Harmattan, 2008). Le viol est de moins en moins toléré depuis 30 ans et de plus en plus sévèrement réprimé. Pendant très longtemps, il n’était même pas traité comme un crime et était requalifié en coups et violences volontaires. Ce n’est que dans les années 1970-80, qu’on est passés de tribunaux correctionnels aux assises pour juger les viols. »

le sociologue et spécialiste de la délinquance, Laurent Mucchielli, auteur de l’«Invention de la violence», ne pouvait pas rester de marbre. «Ce livre est parfaitement scandaleux. C’est le dernier avatar du lobby sécuritaire», conteste-t-il. «C’est du marketing commercial pour faire peur aux gens car ces chiffres étaient connus depuis longtemps», réagit-il. La principale faute d’Obertone? «Il finit en conclusion par dire que la violence, c’est la faute des immigrés. Bref, du sous-journalisme au service du tout sécuritaire.»

D’autant, que même les stastitiques sur les homicides des sondages piqués par Obertone sur les rapports de l’ONDRP sont... Faux ! LaFrance compterait aujourd’hui « un millier d’homicides par an », contre « 309 homicides » en 1905.

Le premier chiffre est faux : selon l’ONDRP, seuls 665 homicides ont été recensés en 2012. Et « il y a eu moins de condamnations pour homicide en 2011 (398) qu’en 1905 (448) alors que la population a augmenté », rectifie Nicolas Bourgoin. Paradoxalement, la baisse spectaculaire des homicides depuis 1985 est presque passée sous silence dans La France Orange mécanique.

Les limites de la démocratie

Formidable avancée historique ; la démocratie se meurt dans la bêtise humaine, de tous les jours ; comment faire confiance dans le choix de vote d’un électeur qui ne prend pas le temps de cogiter sur ce dont il va voter ? Comment prendre au sérieux un quidam qui se la joue, sans avoir pris le temps d’approfondir le sujet dont il tente le développement ? Tu ne le prends pas au sérieux, parce qu'il ne le mérite pas ? Non ; tu ne le prends pas au sérieux parce qu'il est limité et que son argumentaire est à l'aune se sa connerie : immense et brouillon.

Les discussions sur le traité européen sont des cas d’école : à part les grands mots des deux extrêmes ; à part les blabla maintes fois sortis et copiés : que dalle ! Pas un argument pointé et fléché ; pas une phrase ou un paragraphe sorti du traité analysé et contredit : mais du “oui dire” : des tas, des tonnes, des masses.

La bêtise à l’état de militantisme. La discussion de comptoir au service du nouveau trafiquants d’idées simples de base. Nos grands anciens du début du XXème siècle, ceux qui pensaient que de l’éducation et de la culture venaient, obligatoirement, la lumière, doivent se retourner dans leur cercueil.

La démocratie a donné des molusques neuronaux, qui, entendant un tribun fatigué ou une blondasse énervée sur leur tévé, boivent et acceptent sans prendre le temps d’ouvrir un bouquin, une page web, un site, une réalité ; que n’entendons nous pas des “si le traité est accepté ; la France deviendra la Grèce” ; et ton analyse, pauvre beauf ; elle deviendra quoi ? Rien d’autre que ce qu’elle est, déjà.

Ces dernières semaines, une énorme bêtise encore ; un responsable politique qui se posait la question, dans un article, juste pour faire plaisir à ses troupes. Un cas d'école de la démagogie à bon compte, puisque peu de ses militants ont une culture politique suffisante pour se souvenir de l'histoire.

"...D’où vient qu’un mandat d’arrêt européen permette la déportation d’une citoyenne française qui n’est sous le coup d’aucun acte illégal dans son pays ni d’aucune activité que son pays condamne ?...". Demandait ainsi Jean-Luc Mélenchon dans une chronique pour se plaindre de l'extradition d'Aurore Martin. Ben c’est simple, Jean-Luc : c'est le gouvernement dont tu fus ministre qui adopta, au nom de la France, le mandat d'arrêt européen dans le cadre du conseil de Tampere.

Autre exemple qui date aussi de quelques semaines et qui s’adresse, cette fois-ci, à l’autre extrême ; le soi-disant remplacement de “Marché de Noël” par “Marché d’hiver” de la ville d’Amiens pour ne plus “choquer” les “musulmans”. Pathétique de connerie, puisque depuis 2008, la municipalité d’Amiens nomme ses marchés de Noël “Parfums d’Hiver, le Marché de Noël d’Amiens”.

Et il suffisait à ces “intellos” de regarder l’affiche de cette manifestation - trouvable en deux secondes sur le net - pour voir que “Marchés de Noël” se trouve bien indiqué, dessus.

Mais comme cela confirme leurs nombreux fantasmes - du style une piscine de Lille dont certains horaires sont réservés aux femmes musulmanes, ce qui ne fut jamais le cas - et que, dans la réalité, rien ne peut confirmer leurs propositions politiques puisque basées sur de fausses bases, de fausses informations, de faux chiffres ; ils inventent. Et ça fait bander tous ces connards qui ne prennent pas le temps de s’informer, de se cultiver, pour... Voter en toute connaissance de cause.

C'est pas de la démagogie qui se base sur l'inculture de celles et ceux qui liront ? Ben si...

Les limites de l’acceptable

Alors, des fois, quand on en arrive à se demander si la connerie est contagieuse ; ben on décide que les limites de l’acceptable sont franchies. On en arrive à comprendre que les grands capitaines d’industries se paluchent en rigolant à voir et à entendre tant de “bons” citoyens qui, complaisant à leur propre incapacité à gérer leurs vies, se planquent derrière celles des autres et s’éclatent à décimer les réseaux sociaux de leurs intelligences virtuelles. Tant qu'ils l'ouvrent sur les réseaux ; celui qui agit dans la vrai vie est peinard ; il ne risque rien.

Les limites de l’acceptable sont franchies quand ils ont le début d’un pouvoir. Mais, heureusement, la majorité d’entre eux n’en ont aucun et suivent le sens d’un vent mauvais, que d’autres, plus impliqués dans l’action, auront à gérer dans la vie de tous les jours. Les décideurs se marrent de plus en plus puisqu’ils ont réussi à mettre en place ce qu’ils n’imaginaient même pas : des moutons qui se pâment sur les réseaux sociaux sans agir dans la vrai vie ; le top, pour eux, quoi...

Les limites de la démocratie sont franchies quand ce sont des incultes qui votent. Et ça ; nos anciens, celles et ceux qui pensaient que l’éducation changerait tout, n’y avaient pas cogités. Ils n’avaient pas vu venir l’ersatz d’éducation ; la copie de l’intelligence ; la bêtise crasse de celles et ceux qui ont tout mais qui demandent, en plus, qu’on pâlie à leur fainéantise de se retirer les doigts du cul et de se bouger, eux-même. La bêtise n’a, désormais, aucune limite. Si, une seule : la réalité.

Laurent Obertone chez Laurent Ruquier

“La France Orange mécanique” : Lecture de comptoir
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